Trémolat, le cingle de la Dordogne

Le village dans la boucle : un méandre classé avec belvédère, une église-forteresse dotée de chambres de défense, le décor du Boucher de Chabrol et l'un des plus anciens Relais & Châteaux de France. Tout comprendre avant de venir, à ~2h15 de Bordeaux.

5,0 · 40 avis Google~151 km · 2h15 de Bordeaux26 min de lecture
En bref

Trémolat en bref

  • Trémolat compte 624 habitants (données 2023, Insee, consultées en juillet 2026). Le village est celui du cingle : une double boucle de la Dordogne longue d'une dizaine de kilomètres, site classé depuis 1985 (DREAL Nouvelle-Aquitaine, consultée en juillet 2026), avec belvédère panoramique.
  • Son église Saint-Nicolas a été édifiée entre 1125 et 1160, puis restaurée de 2000 à 2010, selon la présentation patrimoniale de la commune de Trémolat (consultée en juillet 2026).
  • Le prieuré, rattaché à l'abbaye Saint-Cybard d'Angoulême, est documenté dès 852 et attesté en 982 ; la légende veut que Charlemagne ait offert au trésor… la chemise de l'Enfant Jésus.
  • Claude Chabrol a tourné Le Boucher dans le village en 1969 — les habitants jouaient les figurants, et le maire actuel y apparaît enfant.
  • Le Vieux Logis, ancien prieuré tenu cinq siècles par la même famille, est membre Relais & Châteaux depuis 1955, avec une table étoilée Michelin dans l'ancien séchoir à tabac.
  • La retenue du barrage de Mauzac fait du cingle un plan d'eau calme de 250 hectares : ski nautique dès 3 ans, paddle, baignade surveillée.
  • Des TER directs peuvent desservir la halte de Trémolat sur la ligne Bordeaux–Bergerac–Sarlat, avec une offre variable selon le jour et les travaux. Consultez les départs de la gare de Trémolat et l'information trafic (SNCF TER Nouvelle-Aquitaine, consultés en juillet 2026) pour l'aller comme pour le retour.
  • Depuis Bordeaux par la route : ~151 km, environ 2h15 — dès 263 € en chauffeur privé, porte-à-porte.

Avant de partir

Avant de partir : ce que Trémolat est vraiment

19 h, au belvédère de Rocamadou. Sous vos pieds, la Dordogne déroule sa double boucle presque parfaite — deux méandres symétriques reliés par un troisième inversé, une mosaïque de champs qui change de couleur à chaque saison. Le patois appelait ce promontoire le « rocher de l'amour ». En contrebas, un clocher-donjon dépasse des toits : c'est là, sur cette place, que Claude Chabrol a posé sa caméra en 1969. Vous redescendez dîner au village — au bistrot qui fait face à l'école du Boucher.

Trémolat est un village-paysage : 624 habitants enclavés dans un méandre que la Dordogne a mis deux millions d'années à creuser, un bourg aux volets qui a séduit le cinéma, une église démesurée pour sa taille, et l'un des plus anciens Relais & Châteaux de France. C'est aussi un village qui se vide et se remplit au rythme des saisons — plus d'un logement sur trois est une résidence secondaire, et la moitié des habitants a 60 ans ou plus.

Ce guide démêle le vérifié du légendaire : l'étymologie qui divise les savants (trembles ou tombeau ?), le prieuré carolingien et son faux diplôme de Charlemagne, l'église fortifiée et ses chambres de défense, la géologie exacte du cingle, le tournage du Boucher raconté par ses figurants, et le Vieux Logis d'Henry Miller. Avec tous les chiffres 2026 et les distances routières réelles.

Des TER directs peuvent desservir la halte de Trémolat sur la ligne Bordeaux–Bergerac–Sarlat, avec une offre variable selon le jour et les travaux. Consultez la fiche horaire TER Nouvelle-Aquitaine et l'information trafic pour l'aller comme pour le retour. Pour rayonner — belvédère, Limeuil, Sainte-Alvère —, un chauffeur privé depuis Bordeaux reste l'option confort (~2h15).


La commune

Un village dans une boucle : géographie et démographie

Trémolat occupe la rive droite de la Dordogne, à la charnière exacte du Bergeracois et du Périgord noir, sur 14 km² dont la rivière borde une dizaine de kilomètres. Le sous-sol est un plateau de calcaires du Campanien (Crétacé supérieur) — une alternance de marnes à glauconie et de calcaires crayo-marneux jaunâtres, décrite par la carte géologique du BRGM. Depuis 2012, toute la commune fait partie de la réserve de biosphère UNESCO du bassin de la Dordogne.

DonnéeValeur
StatutCommune de l'arrondissement de Bergerac, canton du Périgord central
Population624 habitants (2023) — les Trémolacois
Superficie14,03 km² (densité 44 hab/km²)
Altitude41 m à 186 m
Rivièrela Dordogne, sur ~10 km — le cingle (site classé 1985)
Résidences secondaires38,3 % des logements (2022)
IntercommunalitéCC des Bastides Dordogne-Périgord (siège à Lalinde)
Distance de Bordeaux≈ 151 km (~2h15 par l'A89 et Bergerac)

De 1 055 habitants à 624 : l'exode, puis les résidences secondaires

La courbe démographique raconte le Périgord rural en accéléré. Au maximum de 1 055 habitants en 1876, la commune tombe à 508 en 1975 — moitié de sa population perdue en un siècle d'exode rural. Depuis, elle oscille entre 570 et 650, avec un léger recul (-4,29 % entre 2017 et 2023). Le profil actuel est net : la moitié des habitants a 60 ans ou plus, et les visiteurs d'été viennent surtout des Pays-Bas, d'Angleterre et d'Allemagne — le commerce-hébergement-restauration pèse un tiers des établissements de la commune, contre 28 % en moyenne départementale.

Le grand marqueur sociologique reste le parc de logements : 38,3 % de résidences secondaires (2022) — plus d'un logement sur trois n'est habité qu'une partie de l'année. Le chiffre, en baisse d'ailleurs (43,3 % en 2011), dit à la fois l'attrait patrimonial du village et le défi de la vie à l'année ; le bourg garde pourtant boulangerie, épicerie, café, agence postale et une école en regroupement pédagogique avec trois villages voisins.

L'occupation du site, elle, ne date pas d'hier : l'abri de Rochebécude (fouillé dès 1893) et la caverne de Lestruque (découverte en 1929) ont livré du matériel solutréen et magdalénien, et une villa gallo-romaine est répertoriée au lieu-dit Saint-Hilaire — exactement là où s'élèvera la première église paroissiale. Panthéon local : le général révolutionnaire Pierre Morand du Puch (1739-1819), né et mort au village, et une Félibrée — la grande fête occitane du Périgord — accueillie en 1983.


Le nom

Trembles ou tombeau ? Le nom de Trémolat et la légende de saint Cybard

Une étymologie qui divise

L'explication locale, reprise par les guides, fait venir « Trémolat » de l'occitan tremol : le peuplier tremble, arbre des berges — « le lieu planté de trembles ». Mais les toponymistes (Dauzat ; Tanet & Hordé, Dictionnaire des noms de lieux du Périgord) font remarquer un détail troublant : les formes anciennes n'ont pas de « r ». La plus vieille attestation, Tomolatum super fluvium Domoniam (769), puis Temolatensis (fin Xᵉ), Temoulat (XIIIᵉ)… orientent plutôt vers le latin tumulus : « le lieu du tombeau ». Le « r » n'apparaît qu'au XVIIᵉ siècle, sur l'atlas de Blaeu. Un village nommé « tombeau » devenu décor d'un des grands films criminels français — le hasard fait bien les choses.

Saint Cybard, l'enfant du pays (selon la tradition)

Quel tombeau ? La tradition répond : celui du souvenir de saint Cybard (Eparchius, ~504-581), l'ermite le plus célèbre de l'Aquitaine mérovingienne. Sa maison natale aurait jouxté l'église Saint-Nicolas — mais l'honnêteté oblige : Grégoire de Tours, source contemporaine, le dit « natif de la ville de Périgueux ». Ce qui est solidement documenté : reclus 44 ans dans une grotte sous les remparts d'Angoulême (Grégoire de Tours encore), consacrant or et argent « à la rédemption des captifs » — la tradition lui prête le rachat de 175 esclaves d'un coup en 558 —, mort le 1ᵉʳ juillet 581, devenu saint patron du diocèse d'Angoulême. Ses reliques furent brûlées par les huguenots en 1568.

Vraie ou embellie, la tradition a eu des effets bien réels : c'est elle qui explique pourquoi des moines d'Angoulême — de l'abbaye Saint-Cybard précisément — sont venus s'installer à 200 km de chez eux, dans ce méandre de la Dordogne. Elle attribue aussi à Cybard la fondation de l'abbaye voisine de Paunat, où ses parents seraient enterrés. Son nom a essaimé sur toute la carte de l'ancienne Aquitaine : Saint-Cybard, Saint-Cibard, Saint-Ybard, Saint-Cybardeaux…


Le prieuré

Le prieuré : onze siècles d'archives, un faux de Charlemagne et Turenne

852-982 : les actes fondateurs

Le rattachement de Trémolat à l'abbaye Saint-Cybard d'Angoulême est documenté dès le 6 septembre 852, par un diplôme de Charles le Chauve confirmant les possessions de l'abbaye. Détail savoureux d'archiviste : le cartulaire présente aussi un « diplôme de Charlemagne » daté de 769… qui est en réalité un remaniement médiéval du diplôme de 852 — un faux pieux, comme les monastères savaient en produire. La légende dorée va plus loin : Charlemagne aurait fait reconstruire le prieuré et enrichi son trésor de « la chemise de l'Enfant Jésus » ; des chaînes encore visibles dans l'église retenaient jadis le reliquaire qui, dit-on, la renfermait.

L'attestation formelle date de 982 : l'évêque d'Angoulême Grimoard de Mussidan donne le monastère et son église… à son frère laïc Aymeric — d'après la chronique d'Adémar de Chabannes. Le monastère restauré comptait douze moines selon le dictionnaire de Gourgues. Dès le XIIᵉ siècle, l'établissement est connu comme « prévôté », dirigée par un prévôt dont la liste est conservée de 1123 jusqu'à la Révolution — une continuité documentaire rare. Pas de château seigneurial à Trémolat : c'est ce prieuré qui a structuré la vie du village pendant des siècles.

Guerres et refuges : Turenne au village, du 17 au 21 novembre 1587

La prévôté « fut maintes fois attaquée pendant les guerres anglaises, puis pendant celles de Religion, lesquelles décapitèrent plusieurs coupoles » (Jean Secret). L'épisode le mieux daté est chirurgical : d'après les chroniques de Jean Tarde, les troupes protestantes du vicomte de Turenne occupent Trémolat du 17 au 21 novembre 1587. Un « terrier » de 1470, étudié par les historiens, documente de son côté la reconstruction du village au sortir de la guerre de Cent Ans.

Ce qu'il en reste — et la bascule de 1801

Accolé à l'église, l'Îlot Saint-Nicolas conserve l'ancien cloître : salle capitulaire, jardin, puits construit sur une dérivation de la Rèze — la galerie, elle, aurait disparu pendant la guerre de Cent Ans. À la Révolution, la prévôté s'éteint avec l'abbaye-mère d'Angoulême, vendue comme bien national. En 1801, l'église monastique devient paroissiale et prend le vocable Saint-Nicolas ; l'ancienne paroissiale Saint-Hilaire — car Trémolat a deux églises du XIIᵉ siècle — est désaffectée. Elle existe toujours, au milieu de son cimetière, sur le site d'une villa gallo-romaine : porche roman sous clocher-mur, vitraux contemporains de Paul Becker, inscrite aux monuments historiques en 2010. Deux églises, deux publics : les moines à Saint-Nicolas, les villageois — baptêmes, mariages, enterrements — à Saint-Hilaire, pendant sept siècles.


L'église

Saint-Nicolas : la forteresse qui tirait vers l'intérieur

Vue de la place, l'église Saint-Nicolas ressemble moins à une église qu'à un donjon posé sur une nef. Les chiffres confirment l'impression : 46 mètres de long pour une nef de 6,50 m de large seulement — l'étroitesse s'explique : la nef romane reprendrait la largeur de l'église carolingienne antérieure, dont deux piles subsisteraient aux angles du transept. Clocher-porche de 25,70 m, coupoles à 11,30 m, croisée à 17 m sous clé.

Église fortifiée Saint-Nicolas de Trémolat et son clocher-donjon
Un donjon sur une nef : Saint-Nicolas, classée monument historique dès le 4 septembre 1913. (Illustration.)

Sept siècles de chantier

L'édifice s'est bâti par strates : nef charpentée du milieu du XIᵉ siècle, coiffée un siècle plus tard de trois coupoles dans le pur style roman périgourdin ; transept, chœur et clocher-porche avant la fin du XIIᵉ ; portail classique et fronton ajoutés au XVIIIᵉ par le prieur commendataire Guillaume d'Alesme. La famille architecturale est prestigieuse : c'est celle des églises à coupoles du Périgord, étudiée dès 1851 par Félix de Verneilh — qui consacrait déjà un chapitre commun à « Paunat et Trémolac », les deux sœurs à 8 minutes de route l'une de l'autre.

Des chambres fortes — et des meurtrières tournées vers la nef

La singularité défensive est ailleurs : au-dessus des voûtes, tout l'extrados forme une vaste chambre forte — « ce qui permet d'y recevoir non seulement les religieux, mais encore toute la population du village » (Jean Secret, Périgord roman). Le clocher est un vrai donjon à chambres de défense superposées. Et le détail qui glace : des meurtrières percées dans la calotte des coupoles permettaient de tirer… vers l'intérieur de l'église, sur un ennemi déjà entré dans la nef. L'édifice était conçu pour rester défendable même envahi.

Nef étroite et haute coiffée de coupoles sur pendentifs en pierre dorée, style roman périgourdin, atmosphère austère
La file de coupoles sur la nef étroite — au-dessus, invisible, la chambre forte. (Illustration.)

Ruinée, rabaissée, sauvée

L'église revient de loin. La visite canonique du 12 octobre 1688 décrit une nef aux voûtes « à demy rompues et menacent ruine, n'estant couverte, pavée, vitrée » — séquelle des guerres ; l'année précédente, on avait même envisagé de supprimer la nef. En 1820, les habitants financent une toiture par souscription, mais il faut rabaisser les coupoles, réparées en briques : celles d'aujourd'hui sont plus basses qu'au Moyen Âge. Après les campagnes de 1920, 1938 et 2000-2010, la dernière surprise date de 1979 : la dépose des boiseries du chœur a révélé des peintures murales médiévales (fin XIIIᵉ-début XIVᵉ, restaurées en 2007) — partage du manteau de saint Martin, baiser de Judas. À l'intérieur, encore, les autels de bois doré du début du XVIIIᵉ (dont un classé au titre objet en 1976) et le confessionnal offert par le prévôt d'Alesme. Entrée libre ; à comparer avec les deux autres forteresses de Dieu du Périgord, Saint-Amand-de-Coly et Paunat.


Le cingle

Le cingle : anatomie d'un méandre — et son plan d'eau

« Cingle » viendrait du latin cingulum, la ceinture — le mot périgourdin pour ces méandres serrés que dessinent la Dordogne et la Vézère. Celui de Trémolat est en réalité une double boucle : deux courbes presque symétriques d'environ 4 km chacune, reliées par une troisième inversée, l'ensemble s'étirant sur une dizaine de kilomètres entre Le Buisson et Lalinde.

Deux millions d'années de travail

La mécanique est celle du méandre encaissé : la plate-forme aquitaine se soulève lors de la collision des plaques africaine et européenne (~60 millions d'années), le réseau hydrographique se met en place au Quaternaire (~2 millions d'années), puis la rivière incise — elle arrache le calcaire campanien sur la rive concave et dépose ses alluvions sur la rive convexe. D'où la dissymétrie classique : à l'intérieur de la boucle, une plaine agricole plate et fertile ; à l'extérieur, un front calcaire quasi vertical de 70 mètres au-dessus de l'eau (jusqu'à une centaine de mètres de paroi), si bien exposé plein sud qu'il abrite une flore de type méditerranéen et deux espèces de rhinolophes protégées.

Dordogne dans le cingle de Trémolat près de la base nautique
L'eau-miroir du cingle : la retenue du barrage de Mauzac transforme le méandre en plan d'eau de 250 hectares. (Illustration.)

Le belvédère de Rocamadou

Le point de vue signature est le belvédère de Rocamadou (l'orthographe « Racamadou » court dans les guides — le patois y voyait le « rocher de l'amour »), à 2,6 km du bourg par la route en corniche de la D31. Table d'orientation, panorama à 180° sur la double boucle. Rejoignez uniquement les points de vue accessibles par l'itinéraire balisé sur place, respectez les fermetures et restez derrière les dispositifs de protection. Vérifiez l'accès actuel auprès de la mairie de Trémolat avant la visite. Le site est protégé de longue date : inscrit dès 1965, classé depuis 1985.

Ski nautique dès 3 ans : le bassin du cingle

Dernier paradoxe : cette rivière ici ne coule presque plus. Le barrage de Mauzac, en aval, forme une retenue calme de 250 hectares — et Trémolat en a fait un « haut lieu des sports nautiques en Périgord » : un bassin nautique de niveau international avec école de ski nautique (baby-ski dès 3 ans, wakeboard, handisport), paddle, pédalo, baignade surveillée l'été, piscine et tennis. Le seul club de voile de Dordogne est à Mauzac, 4 km en aval. Les amateurs de calme préféreront le GR 6, qui traverse le bourg et longe le canal de Lalinde.


Le Boucher

1969 : quand Chabrol a fait de Trémolat un décor de cinéma

Claude Chabrol cherchait un village du Sarladais « aux volets rouges » — il ne le trouvait pas. C'est son directeur de production, Patrick Delauneux, qui lui fait découvrir Trémolat ; le cinéaste, gourmand notoire, tranche… en déjeunant au Vieux Logis. Verdict : « Cette Dordogne c'est magnifique et ça a été très très rarement exploité. » Le Boucher se tourne de septembre à octobre 1969, avec Stéphane Audran (l'institutrice Hélène) et Jean Yanne (Popaul, le boucher) — sortie en salles le 27 février 1970.

Place du village de Trémolat devant l'église Saint-Nicolas
La place du tournage : l'école d'Hélène, le bistrot, le clocher-donjon — le huis clos rural rêvé de Chabrol. (Illustration.)

Le tournage est resté dans la mémoire collective, et pour cause : les villageois jouaient leur propre rôle — boulanger, paysans, écoliers —, et l'actuel maire, Éric Chassagne, y figure enfant. La salle du conseil municipal fut transformée en appartement-décor (le conseil siégea dans le décor, et un mariage y était programmé le samedi suivant) ; le jour de la scène d'enterrement, faute de pluie, les pompiers arrosèrent la place à la lance. La dictée d'Hélène aux écoliers ? Un extrait de La Femme de trente ans de Balzac. Et le cadreur s'appelait Claude Zidi — futur réalisateur des Ripoux. Les scènes de grotte, elles, furent tournées aux grottes de Cougnac (Lot), plus une au gouffre de Proumeyssac.

Le film — 1 148 554 entrées, « chef-d'œuvre » pour Henry Chapier dans Combat, ressorti en salles en 2001 — vaut à Stéphane Audran le prix d'interprétation au festival de San Sebastián 1970, et à Trémolat une notoriété durable. Le village la cultive avec légèreté : un Festival Chabrol en plein air est né en juin 2021, en présence des enfants du cinéaste — où Thomas Chabrol raconta qu'enfant, sur cette place, il avait commandé un Coca… et reçu un Cacolac. Un reportage d'époque du tournage (octobre 1969) se regarde sur ina.fr.


Le Vieux Logis

Le Vieux Logis : cinq siècles de maison, une étoile dans le séchoir à tabac

Au cœur du bourg, le Vieux Logis est l'institution du village — et un morceau d'histoire hôtelière française. Ancien prieuré des XVIᵉ-XVIIᵉ siècles devenu ferme (polyculture et tabac), la maison est restée environ cinq siècles dans la famille Giraudel, qui la transforme en hôtel en 1952 — et rejoint Relais & Châteaux dès 1955, un an après la fondation du réseau : l'une des maisons historiques du label.

Le Vieux Logis de Trémolat et ses jardins
Vieille maison, jardins dessinés, galerie de bois : l'esprit du Vieux Logis, Relais & Châteaux depuis 1955. (Illustration.)

La table gastronomique — 1 étoile Michelin — occupe l'ancien séchoir à tabac ; aux fourneaux depuis 2000, le chef Vincent Arnould, Meilleur Ouvrier de France 2007. Sur la place, l'annexe joue la carte bistrot : Le Bistrot de la Place (ex-« Bistrot d'en Face »), face à l'école du Boucher — la même maison, en plus abordable. Les jardins aux tilleuls centenaires ont vu passer du beau monde : selon le critique Gilles Pudlowski, Henry Miller arriva en kayak pour une nuit… et resta plus d'un mois, avant d'écrire que ce coin de Périgord était « ce qui se rapproche le plus du paradis » ; Pierre Bellemare était un habitué, et Chabrol y logea son équipe en 1969.

La figure du lieu, Bernard Giraudel — « je suis un marchand de bonheur », disait-il — s'est éteinte en janvier 2019 à 93 ans ; sans repreneur familial, le domaine a été transmis à quatre collaborateurs de longue date, puis entièrement rénové (2019-2022) : 25 chambres, piscine chauffée, jardins. Clin d'œil contemporain : les circuits touristiques « Bruno, chef de police » — l'univers de Martin Walker, qui vit au Bugue voisin — incluent volontiers un dîner au Vieux Logis.


Excursions

Autour de Trémolat : Limeuil, Paunat, le canal et les truffes

Trémolat rayonne à cheval sur deux Périgords : le noir en amont, le pourpre en aval. Distances routières vérifiées.

Paunat (5,6 km / 8 min)

La sœur jumelle monastique : l'abbatiale Saint-Martial, héritière d'« une des plus anciennes abbayes du Périgord » (saccagée par les Normands en 849 puis 860), fortifiée elle aussi — une vaste chambre de défense court au-dessus des voûtes du chœur. Sa coupole du clocher-porche, passant du carré au cercle, est unique en Périgord. Les deux églises de 46 m sont comparées ensemble depuis 1851 ; l'été, le festival Musique en Sol y donne ses concerts. La tradition veut que saint Cybard ait fondé l'abbaye — la boucle est bouclée.

Limeuil (6,8 km / 10 min)

L'un des Plus Beaux Villages de France, empilé au-dessus du confluent Dordogne-Vézère et de ses deux ponts en équerre : jardins panoramiques au sommet, église Saint-Martin (1194) bâtie en expiation du meurtre de Thomas Becket. Le cingle de Limeuil, jumeau de celui de Trémolat, est classé depuis 1985 lui aussi.

Mauzac, le barrage et le canal de Lalinde (10-12 km)

En aval, le barrage de Mauzac (bâti 1838-1843, turbiné depuis 1924 — 13,2 MW aujourd'hui) alimente le canal de Lalinde : 15 km et 9 écluses creusés pour contourner les trois rapides — les « malpas » du Grand Thoret, de la Gratusse et du Gratussou — qui terrorisaient les gabariers. La légende y a placé le coulobre, dragon dévoreur de bateliers tué par saint Front (« depuis, les rochers sont teintés de rouge ») ; Louis-Philippe, lui, s'étranglait devant la facture : « Mais le canal de Lalinde, on le pave donc avec des pièces de cent sous ! » Depuis 2020, une passe à poissons de 140 m (22 bassins) laisse passer du gardon de 15 cm au silure de 2 m. Le GR 6 longe le canal ; la véloroute V91 de la vallée passe à Mauzac — avec traversée de la Dordogne… en bac.

Lalinde (12 km / 16 min)

La première bastide anglaise du Périgord (selon l'office de tourisme), fondée en 1267 pour Henri III Plantagenêt — et confiée à un chevalier du Dorset nommé… Jean de La Lynde, homonymie parfaitement fortuite. Chaque printemps, le trail du Périgord y court une épreuve baptisée « la Trace du cingle ».

Sainte-Alvère (11,8 km / 16 min)

L'hiver, c'est l'excursion reine : le marché aux truffes contrôlé de Sainte-Alvère — créé en 1987, pionnier du premier marché électronique de truffes de France — se tient chaque lundi à 10 h, de fin novembre à fin février. Chaque tuber melanosporum est lavée, brossée et examinée par des commissaires qualité dès 8 h ; les cours récents tournent autour de 750-850 €/kg, et la vente est souvent pliée en trente minutes.

Et plus loin

L'abbaye de Cadouin et son cloître gothique flamboyant (UNESCO, 16,3 km), Le Bugue et ses parcs familiaux (14,4 km), Les Eyzies et ses grottes ornées (25,4 km), Sarlat (46,9 km) et Lascaux IV (49,8 km).

Cloître gothique flamboyant aux arcades finement sculptées autour d'un jardin, pierre dorée, abbaye de Cadouin
À 25 minutes : le cloître flamboyant de Cadouin, financé par Louis XI — et son faux suaire fatimide. (Illustration.)
ExcursionRouteL'argument
Belvédère de Rocamadou2,6 km · 5 minLA vue sur la double boucle
Paunat5,6 km · 8 minL'abbatiale jumelle fortifiée
Limeuil6,8 km · 10 minPlus Beau Village, confluent
Mauzac (barrage, canal)9,9 km · 15 minCanal de Lalinde, V91, voile
Sainte-Alvère11,8 km · 16 minMarché aux truffes (lundi, hiver)
Lalinde12 km · 16 minBastide anglaise de 1267
Le Bugue14,4 km · 19 minProumeyssac, Bournat, aquarium
Cadouin16,3 km · 25 minCloître flamboyant UNESCO
Les Eyzies25,4 km · 33 minCapitale de la Préhistoire

Quand venir

Quand venir : eau d'été, truffes d'hiver

PériodeAffluencePourContre
Avril-juinDouceCingle vert tendre, église et belvédère au calmePlan d'eau encore frais
Juillet-aoûtForteBase nautique, marchés gourmands (14 juillet, 11 août), clientèle européenneVieux Logis et gîtes à réserver tôt
Septembre-octobreDouceLumière dorée sur la boucle, vendanges du BergeracoisBase nautique en fin de saison
Novembre-févrierMinimaleTruffes à Sainte-Alvère (lundis), village authentiqueJournées courtes, restaurants au ralenti

Les rendez-vous : marché du mardi matin toute l'année (9h-12h30, place centrale), marchés gourmands nocturnes le 14 juillet (avec feu d'artifice) et le 11 août, l'insolite Fête de la gare (vide-grenier, concours de pêche) et, les bonnes années, le Festival Chabrol en plein air. L'hiver, on vient pour le lundi des truffes à Sainte-Alvère et une église-forteresse pour soi seul.


Venir de Bordeaux

Venir de Bordeaux : la vallée par Bergerac — ou le TER direct

Trémolat est à ~151 km de Bordeaux : A89 jusqu'à Mussidan, D709 vers Bergerac, puis la vallée de la Dordogne rive droite — environ 2h15. Oubliez le « 1h30 » optimiste de certains guides. Et rareté qui mérite d'être dite : le village a une gare desservie par des TER directs depuis Bordeaux.

ModeDuréeCoût indicatifDétail
Voiture~2h1530-40 € (carburant + péages)A89 sortie Mussidan, puis Bergerac et la vallée
Chauffeur privé (VTC)~2h15dès 263 · aller simplePorte-à-porte, arrêts libres en chemin
Train (TER)Variable selon le jour et les travaux~20-25 €Des TER directs peuvent desservir la halte de Trémolat sur la ligne Bordeaux–Bergerac–Sarlat, avec une offre variable selon le jour et les travaux. Consultez la fiche horaire TER Nouvelle-Aquitaine et l'information trafic pour l'aller comme pour le retour.
AvionAéroport de Bergerac à 32,4 km (~40 min)

Le TER direct : vraie option, vraies limites

La ligne TER 33 Bordeaux-Bergerac-Sarlat dessert la halte de Trémolat (ouverte en 1879 — elle encaissait déjà 15 399 francs de recettes en 1881 —, 5 524 voyageurs en 2023, fréquentation multipliée par quatre depuis 2020). La ligne elle-même revient de loin : menacée de fermeture, elle a été sauvée par une rénovation en 2011 puis 84 M€ de travaux en 2019. Des TER directs peuvent desservir la halte de Trémolat sur la ligne Bordeaux–Bergerac–Sarlat, avec une offre variable selon le jour et les travaux. Consultez la fiche horaire TER Nouvelle-Aquitaine et l'information trafic pour l'aller comme pour le retour.

En chauffeur privé : la vallée en liberté

Le trajet direct Bordeaux → Trémolat en berline est à 303 € l'aller simple (1-3 passagers, prix fixe confirmé par écrit). L'itinéraire par Bergerac se prête aux arrêts libres — Saint-Émilion, un domaine de Monbazillac, Limeuil — et sur place, le chauffeur enchaîne belvédère, Paunat et Sainte-Alvère sans contrainte d'horaire. Demandez votre devis : réponse écrite sous 30 minutes, van 8 places disponible, chauffeur anglophone.


Infos pratiques

Infos pratiques : séjourner dans la boucle

Combien de temps prévoir ?

Une demi-journée pour l'essentiel : église, place du Boucher, belvédère. Une journée en ajoutant Paunat et Limeuil. En séjour, Trémolat est un camp de base « slow » idéal : 2 à 4 jours entre plan d'eau, vélo sur la V91, marchés — avec Le Bugue et Les Eyzies à moins de 35 minutes pour les excursions préhistoriques.

Dormir, manger

Le sommet : le Vieux Logis (Relais & Châteaux, 25 chambres, table étoilée). Le quotidien : Le Bistrot de la Place, la boulangerie, l'épicerie et le café du village. Autour, chambres d'hôtes dans les fermes du cingle et campings en bord de Dordogne. Réservation impérative l'été — la clientèle néerlandaise, britannique et allemande a ses habitudes.

ProfilBudget/jour (hors transport)Le programme
Petit budget≈ 45-65 €Camping, marché du mardi, église + belvédère + GR 6
Confort≈ 120-170 €Chambre d'hôtes, Bistrot de la Place, base nautique, Limeuil
Premium≈ 280-400 €Vieux Logis, dîner étoilé, journée truffes ou vallée en chauffeur

Bon à savoir

  • Belvédère : Rejoignez uniquement les points de vue accessibles par l'itinéraire balisé sur place, respectez les fermetures et restez derrière les dispositifs de protection. Vérifiez l'accès actuel auprès de la mairie de Trémolat avant la visite.
  • Base nautique : vérifiez l'état du plan d'eau avant de promettre le ski nautique — la retenue de Mauzac est parfois abaissée pour travaux (ce fut le cas en 2024).
  • Mardi matin : jour de marché, la place est piétonne — arrivez tôt.
  • Église Saint-Nicolas : entrée libre ; les chambres de défense ne se visitent pas, mais les peintures du chœur restaurées en 2007 valent le coup d'œil.
  • Trains : Des TER directs peuvent desservir la halte de Trémolat sur la ligne Bordeaux–Bergerac–Sarlat, avec une offre variable selon le jour et les travaux. Consultez la fiche horaire TER Nouvelle-Aquitaine et l'information trafic pour l'aller comme pour le retour.

FAQ

Questions fréquentes

D'où vient le nom « Trémolat » ?

Deux écoles : la tradition locale y voit le peuplier tremble (occitan tremol) des berges ; les toponymistes, s'appuyant sur les formes anciennes sans « r » (Tomolatum, 769), penchent pour le latin tumulus — « le lieu du tombeau », possible écho au culte de saint Cybard. Le « r » n'apparaît qu'au XVIIᵉ siècle.

Où a été tourné « Le Boucher » de Chabrol ?

À Trémolat même, de septembre à octobre 1969 (sortie en février 1970) : l'école du village, la place, la salle du conseil transformée en appartement. Les villageois jouaient les figurants — le maire actuel y apparaît enfant. Seules les scènes de grotte ont été tournées ailleurs (Cougnac, dans le Lot, et une à Proumeyssac).

Pourquoi l'église de Trémolat est-elle fortifiée ?

Parce qu'elle servait de refuge : au-dessus des voûtes, des chambres fortes pouvaient servir de refuge à la population, et le clocher est un donjon de 25,70 m. Détail unique : des meurtrières percées dans les coupoles permettaient de tirer vers l'intérieur de la nef, sur un ennemi déjà entré. Turenne occupa le village du 17 au 21 novembre 1587.

Qu'est-ce que le cingle de Trémolat exactement ?

Un méandre encaissé de la Dordogne — en réalité une double boucle d'une dizaine de kilomètres — creusé dans le calcaire campanien depuis ~2 millions d'années. Rive concave : falaises de 70 à 100 m. Rive convexe : la plaine agricole. Site inscrit en 1965, classé en 1985.

Comment accéder au belvédère du cingle ?

Rejoignez uniquement les points de vue accessibles par l'itinéraire balisé sur place, respectez les fermetures et restez derrière les dispositifs de protection. Vérifiez l'accès actuel auprès de la mairie de Trémolat avant la visite.

Qu'est-ce que le Vieux Logis ?

L'institution du village : un ancien prieuré des XVIᵉ-XVIIᵉ siècles resté cinq siècles dans la famille Giraudel, hôtel depuis 1952 et membre Relais & Châteaux depuis 1955. Sa table (chef Vincent Arnould, MOF 2007) détient 1 étoile Michelin — dans l'ancien séchoir à tabac. Henry Miller, venu pour une nuit, y serait resté un mois.

Peut-on aller à Trémolat en train depuis Bordeaux ?

Des TER directs peuvent desservir la halte de Trémolat sur la ligne Bordeaux–Bergerac–Sarlat, avec une offre variable selon le jour et les travaux. Consultez la fiche horaire TER Nouvelle-Aquitaine et l'information trafic pour l'aller comme pour le retour.

Quels jours a lieu le marché de Trémolat ?

Le mardi matin (9h-12h30), place centrale, toute l'année : canards, fraises, vins, artisanat. En été s'ajoutent des marchés gourmands nocturnes — le 14 juillet (avec feu d'artifice) et le 11 août. Pour les truffes, direction Sainte-Alvère le lundi matin, de fin novembre à fin février.

Qui était saint Cybard ?

Un ermite du VIᵉ siècle (~504-581) dont la tradition fait un enfant de Trémolat — Grégoire de Tours le dit toutefois « natif de Périgueux ». Reclus 44 ans dans une grotte sous les remparts d'Angoulême, il consacrait ses dons au rachat des captifs (175 esclaves d'un coup en 558, dit-on). C'est son abbaye d'Angoulême qui fonda le prieuré de Trémolat.

La base nautique convient-elle aux enfants ?

Oui — c'est sa spécialité : sur le plan d'eau calme de 250 ha formé par la retenue de Mauzac, l'école de ski nautique accueille dès 3 ans (baby-ski), propose wakeboard et handisport, avec paddle, pédalo et baignade surveillée l'été, plus piscine et tennis à la base.

Combien coûte un chauffeur privé Bordeaux → Trémolat ?

Dès 303 € l'aller simple en berline (1-3 passagers), environ 2h15 porte-à-porte, prix fixe confirmé par écrit avant validation. Van 8 places disponible, arrêts libres en chemin (Saint-Émilion, Monbazillac, Limeuil), journées vallée de la Dordogne sur devis.

Quelle est la meilleure période pour visiter Trémolat ?

Mai-juin et septembre pour la lumière sur le cingle et le calme. L'été pour la base nautique et les marchés gourmands. L'hiver a son atout secret : le marché aux truffes de Sainte-Alvère chaque lundi (fin novembre-fin février), à 16 minutes du village.

Que voir dans les environs immédiats ?

Un rayon de 17 km très dense : Paunat et son abbatiale fortifiée (8 min), Limeuil, Plus Beau Village au confluent (10 min), le canal de Lalinde et son barrage (15 min), la bastide de Lalinde (16 min), les truffes de Sainte-Alvère (16 min) — puis Le Bugue, Cadouin et Les Eyzies à moins de 35 minutes.

Aller plus loin

Pour aller plus loin

Sources

Sources et références

Article mis à jour en juillet 2026.

Réservation 24h/24

En route pour le cingle

Trajet direct depuis Bordeaux (~2h15) par Bergerac et la vallée, arrêts libres en chemin — Saint-Émilion, Monbazillac, Limeuil. Devis fixe par écrit sous 30 minutes, berline ou van 8 places, chauffeur anglophone.

Cingle de Trémolat, double boucle de la Dordogne autour du village
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