Eymet, la bastide anglaise du Périgord pourpre

Fondée en 1270 comme verrou face aux Anglais, aujourd'hui la plus « anglaise » des bastides : reprise par Du Guesclin en 1377, chère à Henri IV, la petite cité du Dropt referme la boucle de son histoire franco-britannique. Château médiéval, place à arcades, marché du jeudi depuis sept siècles. À ~1h35 de Bordeaux.

5,0 · 40 avis Google~119 km · 1h35 de Bordeaux24 min de lecture
En bref

Eymet en bref

  • Eymet (les Eymétois) est une bastide de Dordogne (24500), dans le Bergeracois — le Périgord pourpre —, bâtie dans une boucle du Dropt, à la frontière du Lot-et-Garonne. Code INSEE 24167.
  • Fondée par une charte octroyée le 28 juin 1270 par Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, comme verrou capétien face au domaine anglo-aquitain des Plantagenêt.
  • Cédée aux Anglais dès 1279, disputée pendant toute la guerre de Cent Ans, elle est reprise par Bertrand du Guesclin en 1377.
  • Son château du XIIIe siècle, avec sa Tour Monseigneur (dite aussi « Tour des Anglais »), est inscrit aux Monuments historiques depuis le 30 décembre 1994.
  • Sa place des Arcades (place Gambetta) accueille un marché le jeudi depuis près de sept siècles et demi.
  • Ironie de l'histoire : cette bastide anti-anglaise est devenue la plus « anglaise » des bastides — environ un habitant sur cinq est britannique, d'où le surnom de « Dordogneshire ».
  • 2 569 habitants (2023), pour une densité de 82 hab/km² : Eymet est un vrai petit bourg, doté d'un aéroport tout proche (Bergerac) avec des liaisons vers le Royaume-Uni.
  • Depuis Bordeaux : ~119 km, environ 1h35 par la route — dès 214 € en chauffeur privé, porte-à-porte. Pas de gare à Eymet.

Avant de partir

Avant de partir : ce qu'Eymet est vraiment

Un jeudi matin, sous les arcades de la place Gambetta. Les étals du marché débordent de fromages, de fraises du Périgord et de vin de Bergerac ; sur les terrasses, l'accent chantant du Sud-Ouest se mêle à celui, plus feutré, des Midlands anglais. À l'angle de la place, une tour carrée du XIIIe siècle veille encore sur le Dropt tout proche. Voilà Eymet : une bastide fondée pour tenir tête aux Anglais, devenue sept siècles plus tard l'un des villages les plus britanniques de France. L'ironie amuse tout le monde, ici — et elle est même revendiquée.

Eymet est une bastide-frontière, l'une de ces villes neuves fondées au XIIIe siècle dans la zone de contact entre le royaume de France et le domaine anglais d'Aquitaine. Son histoire tient en une belle boucle : verrou anti-anglais en 1270, place anglaise dès 1279, terrain disputé pendant tout le XIVe siècle, reprise par Du Guesclin en 1377 — et, huit siècles plus tard, choisie librement comme lieu de vie par des centaines de Britanniques. Le tout dans un décor de carte postale : place à couverts, maisons à colombages, château médiéval au bord de la rivière.

Ce guide sépare le vérifié du raconté. Sur une bastide aussi visitée, quelques jolies légendes circulent — un « suffixe diminutif », une « bataille » d'Eymet, une « maison d'Henri IV » —, que nous présentons pour ce qu'elles sont. Nous nous appuyons sur le solide : la charte de 1270, la reprise de 1377, l'inscription du château aux Monuments historiques, et une communauté britannique bien réelle.

Côté accès, Eymet n'a pas de gare (l'ancienne ligne Eymet-Bordeaux a fermé en 1987) et se rejoint par la route, à ~1h35 de Bordeaux. Pour visiter la bastide, dîner sur la place sans compter les verres de Bergerac ou rayonner vers les vignobles et les villages voisins, un chauffeur privé depuis Bordeaux offre le porte-à-porte le plus simple.


Géographie

Une bastide dans une boucle du Dropt

Eymet occupe l'extrême sud de la Dordogne, dans le Bergeracois (le Périgord pourpre, celui des vignobles), en limite du Lot-et-Garonne — la commune touche cinq communes du département voisin. Le bourg est bâti dans une boucle du Dropt, cette rivière de 132 km qui prend sa source à Capdrot, en Dordogne, et se jette dans la Garonne à Caudrot, en Gironde (deux quasi-anagrammes). Le Dropt traverse le territoire sur onze kilomètres et lui sert un temps de frontière naturelle.

Rivière Dropt et vieux pont de pierre près d'Eymet
Le Dropt, dans la boucle duquel s'est établie la bastide d'Eymet. (Illustration.)

Relief, eaux et paysages

Le territoire, de 31,25 km², s'étage entre 41 et 133 mètres d'altitude. Outre le Dropt, plusieurs cours d'eau plus modestes (l'Escourou, le Réveillou, le Barbeau, le Boudou) forment un réseau d'une quarantaine de kilomètres, complété par le lac de l'Escourou. C'est un paysage de coteaux viticoles et de terres agricoles, typique de ce sud bergeracois qui touche déjà le vignoble de Duras.

Quelques repères chiffrés complètent le tableau. La bastide se situe à 44°40'07" de latitude nord et 0°23'56" de longitude est, pour une altitude moyenne d'environ 86-88 mètres selon les référentiels. Le réseau hydrographique communal totalise 47 kilomètres de cours d'eau, et le lac de l'Escourou borde le territoire sur près de trois kilomètres — un plan d'eau apprécié des pêcheurs et des promeneurs. Le Dropt lui-même, long de 132,47 kilomètres, rejoint la Garonne en rive droite : cette rivière modeste fut longtemps l'axe vital du pays, portant les gabares chargées de vin et de bois vers l'aval.

DonnéeValeur
Code postal / INSEE24500 / 24167
Région naturelleBergeracois, Périgord pourpre
ArrondissementBergerac
Superficie31,25 km²
Altitude41 m à 133 m
Cours d'eaule Dropt (11 km sur la commune)
Population2 569 habitants (2023) — les Eymétois
Densité82 hab/km²
Fondationcharte du 28 juin 1270 (bastide)

Un bourg de 2 569 Eymétois

Selon l'Insee (population 2023, publiée en juillet 2026), Eymet compte 2 569 habitants, soit 82,2 habitants par km². Ce bourg rural forme à lui seul une petite unité urbaine. Ce qui le distingue de ses voisins reste son importante communauté britannique, présentée plus loin sans lui attribuer de proportion officielle.

Sur le plan administratif, Eymet relève de l'arrondissement de Bergerac. La commune fut chef-lieu du canton d'Eymet de 1790 à 2015 — près de deux siècles et quart —, avant que la réforme territoriale n'en fasse le bureau centralisateur du nouveau canton du Sud-Bergeracois. Petit avertissement aux amateurs de statistiques : le code INSEE d'Eymet est 24167, à ne pas confondre avec 24166, qui désigne Eyliac, une autre commune de Dordogne — deux numéros consécutifs pour deux villages qui n'ont rien à voir, un piège classique des requêtes mal ciblées.


1270

1270 : une bastide-frontière fondée depuis Tunis

Selon la commune d'Eymet, la charte de coutumes fut octroyée le 28 juin 1270 par Alphonse de Poitiers et son épouse Jeanne. Le texte organisait la ville neuve et accordait des libertés destinées à attirer des habitants sur ce site stratégique, notamment des droits de marché et une organisation communale.

Toits de la bastide d'Eymet et donjon au bord du Dropt
Le plan en grille d'une bastide, avec son château au bord du Dropt : la logique urbaine voulue dès 1270. (Illustration.)

Une charte signée depuis Tunis

Détail savoureux, et bien réel : ni Alphonse ni Jeanne n'ont jamais mis les pieds à Eymet. Le 28 juin 1270, le couple était… à Tunis, embarqué dans la huitième croisade avec Saint Louis (qui devait y mourir). La bastide fut donc fondée et administrée à distance, par les sénéchaux d'Agen. Alphonse lui-même mourra l'année suivante, en 1271, sans jamais avoir vu sa ville neuve.

La charte elle-même n'a rien d'improvisé : c'est une charte de coutumes de type Castelsagrat, du nom d'une bastide modèle dont le texte servit de matrice à plusieurs fondations alphonsines. Les administrateurs du comte disposaient ainsi d'un formulaire éprouvé, qu'ils adaptaient à chaque site : preuve que la colonisation du Sud-Ouest au XIIIe siècle relevait d'une véritable politique d'aménagement, standardisée et méthodique, plus que d'initiatives isolées.

Le verrou capétien du Dropt

Les bastides du Sud-Ouest ne sont pas de simples villages : ce sont des villes neuves à vocation politique et militaire, nées de la rivalité entre les Capétiens (rois de France) et les Plantagenêt (rois d'Angleterre, ducs d'Aquitaine depuis Aliénor). Plantée en bordure du Dropt, dans cette zone de contact, Eymet joue le rôle de verrou défensif : contrôler les voies de passage et affirmer la présence française face aux ambitions anglaises. Comme sa voisine Sainte-Foy-la-Grande, elle adopte un plan régulier avec une place centrale bordée d'arcades.

Aux origines du nom

Le nom même du lieu est ancien. Les toponymistes le rattachent, prudemment, à un personnage d'origine germanique, °Ametus (la forme reconstituée), dont dériveraient les graphies attestées : Aymetum (1308), Bastida Emeti (1360), Aymet au XVIe siècle. En occitan, la ville se dit Aimet.

Les archives permettent de suivre les métamorphoses du nom sur plus de quatre siècles — un petit feuilleton orthographique où la graphie hésite longtemps avant de se fixer :

DateForme attestée
1308Aymetum (forme latinisée)
1360Bastida Emeti (« la bastide d'Eymet »)
XVIe siècleAymet
1714Emez
1751Aymet (de nouveau)
Aujourd'huiEymet — Aimet en occitan

On remarquera que la forme Bastida Emeti de 1360, en pleine guerre de Cent Ans, consacre déjà dans le nom officiel le statut de bastide — et que la graphie Aymet, encore en usage au XVIIIe siècle, est celle-là même qu'emploiera Henri de Navarre dans sa correspondance.


Guerre de Cent Ans

De main anglaise en main française : Du Guesclin, 1377

À peine fondée, la bastide bascule dans le camp adverse. Dès le 23 mai 1279, par le traité d'Amiens, Eymet passe sous la souveraineté du roi d'Angleterre Édouard Ier — illustration de la fragilité de ces places frontalières, qui changeaient de suzerain au gré des traités. À la mort d'Alphonse (1271), le fief était d'abord revenu à la couronne de France, avant d'être cédé à l'Angleterre huit ans plus tard.

Un siècle de guerre sur le Dropt

Le véritable embrasement vient avec la guerre de Cent Ans (à partir de 1337). Pendant plus d'un siècle, Eymet devient l'un de ces points de fixation où s'affrontent partisans du roi de France et du roi d'Angleterre, la ville changeant plusieurs fois de mains au rythme des campagnes qui ravagent le Sud-Ouest.

L'épisode le plus marquant survient le 1ᵉʳ septembre 1377 : alors que la place est tenue par une garnison anglaise, les troupes françaises menées par Bertrand du Guesclinconnétable de France sous Charles V, l'un des plus grands capitaines de son temps — assiègent et prennent le château. La reprise d'Eymet s'inscrit dans la vaste reconquête méthodique que Du Guesclin mène alors sur les places fortes d'Aquitaine. Peu de villages de cette taille peuvent se targuer d'avoir vu passer sous leurs murs le plus célèbre connétable de l'histoire de France.

1453, la fin de la Guyenne anglaise

La ville continue de fluctuer jusqu'à la fin du conflit. Le 17 juillet 1453, la bataille de Castillon met un terme à la présence anglaise en Guyenne ; Bordeaux se soumet en octobre. Cette même année, un document — le traité de Bordeaux — grave la mention « Monseigneur d'Aymet », en référence à Bertrand de Pellegrue, seigneur local à qui Louis XI rend ses droits. C'est de là que le donjon tient son nom de Tour Monseigneur ; son autre surnom, « Tour des Anglais », renvoie lui à la reprise de 1377.

La chronologie de cette fin de guerre mérite d'être précisée, tant elle fut progressive. Après la victoire française de Castillon, Bordeaux se soumet le 14 octobre 1453, refermant trois siècles de Guyenne anglaise ; mais aucun traité de paix général n'est alors signé, et il faudra attendre le traité de Picquigny, en 1475, pour que le conflit trouve sa conclusion diplomatique officielle. Pour Eymet, l'essentiel est acquis dès 1453 : le traité de Bordeaux du 12 septembre rétablit Bertrand de Pellegrue — « ci-devant enregistré et baillé Monseigneur d'Aymet », dit le texte — dans ses droits seigneuriaux, et la bastide-frontière cesse enfin d'être une frontière.


Le château

Le château et la Tour Monseigneur

Selon la notice Mérimée PA00132928 du ministère de la Culture, le château d'Eymet date du XIIIe siècle, fut intégré aux fortifications de la bastide fondée en 1270 et est inscrit depuis le 30 décembre 1994. Son emplacement, à proximité du Dropt, explique son rôle défensif dans l'enceinte urbaine.

Donjon médiéval d'Eymet reflété dans le Dropt
Le donjon carré du XIIIe siècle — la Tour Monseigneur — domine le Dropt. (Illustration.)

La Tour Monseigneur, pièce par pièce

Le cœur du château est son donjon carré, la Tour Monseigneur. Il renferme trois salles voûtées d'environ 30 m² chacune, sous des voûtes hautes de près de six mètres :

  • au rez-de-chaussée, un cachot aveugle, sans ouverture, servait de prison ;
  • à l'étage, la salle du seigneur témoigne d'un certain confort : cheminée, évier, latrines, et fenêtres à coussièges (ces sièges de pierre aménagés dans l'embrasure).

L'enceinte conserve les éléments classiques de l'architecture militaire médiévale — mâchicoulis, créneaux, tour d'angle, bretèche (l'ouvrage en surplomb au-dessus d'une porte) et échauguette (la guérite de guet en encorbellement). Au XIVe siècle, dans le contexte tendu de la guerre, les seigneurs de Pellegrue renforcent la muraille. Le logis principal, lui, a été rebâti au XIXe siècle, dans des goûts plus paisibles.

À l'origine, le donjon présentait un profil encore plus imposant qu'aujourd'hui : il comptait trois étages crénelés et un pont-levis. Sa terrasse sommitale culmine à 21 mètres au-dessus du sol — un belvédère militaire d'où le guet embrassait d'un seul regard la bastide, la vallée du Dropt et les coteaux alentour. Le pont-levis a disparu, mais la silhouette carrée de la tour, elle, n'a rien perdu de son autorité.

Du poste de guet au musée

Depuis 1963, le château abrite un musée (collections archéologiques et naturalistes) ; il est inscrit aux Monuments historiques par arrêté du 30 décembre 1994. Bien communal, il accueille aujourd'hui expositions et événements culturels — sa terrasse, à une vingtaine de mètres de haut, offre le meilleur poste d'observation sur toute la bastide.


La place

La place des Arcades, cœur de la bastide

Si le château incarne la fonction militaire, la place des Arcades en incarne la fonction civile et marchande. Officiellement place Gambetta (on l'appelle aussi place des Cornières ou d'Armes), elle est bordée sur ses quatre côtés de galeries couvertes de pierre, les « couverts », qui abritent depuis des siècles marchands et étals — et aujourd'hui commerces, cafés et terrasses.

Arcades de pierre de la place Gambetta à Eymet
Les « couverts » de la place Gambetta, galeries marchandes de la bastide. (Illustration.)

Une place excentrée vers la rivière

Une particularité distingue Eymet des bastides au plan de damier parfait : sa place n'occupe pas le centre géométrique de la ville, mais se trouve excentrée vers l'ouest, tout près du Dropt — là où existait un débarcadère qui servait à expédier le bois et le vin vers Bordeaux par gabares. Sur ce point, Eymet ressemble à sa voisine Sainte-Foy-la-Grande, elle aussi tournée vers sa rivière. La place mesure environ quarante mètres de côté ; sous les arcades s'alignent des maisons à pans de bois dont certaines façades ont été remaniées au XVe siècle.

De la halle de 1270 à la fontaine de 1830

Le centre de la place a changé de visage : une halle centrale sur piliers de bois, qui abritait le marché et l'administration, a disparu en 1793 (ses traces ont été retrouvées lors de fouilles en 1994) ; elle a été remplacée en 1830 par la fontaine qui occupe aujourd'hui le cœur de la place. À l'une des extrémités se dresse le château, réunissant en un seul point de vue les deux fonctions de la bastide, défensive et commerçante.

La place garde un parfum royal. On y montre une maison dite « d'Henri IV » — tradition locale plus que résidence documentée. Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'Henri de Navarre, futur Henri IV, a daté d'Eymet une lettre d'amour : le 15 mars 1588, il écrit à sa maîtresse Diane d'Andouin, « la belle Corisande », depuis « Aymet », lui envoyant « mille millions de baisers ». De ce billet enflammé, un restaurant de la place a tiré son nom : « La Maison d'Amour ».


Le Dordogneshire

La bastide anti-anglaise devenue « la plus anglaise »

Il y a, dans l'histoire récente d'Eymet, un paradoxe que ses habitants relèvent toujours avec le sourire : cette bastide fondée pour tenir tête aux Anglais est devenue, sept siècles plus tard, l'une des communes les plus britanniques de France.

Rue médiévale d'Eymet bordée de maisons à colombages
Les rues à colombages de la bastide, restaurées par des générations d'habitants — dont beaucoup de Britanniques. (Illustration.)

Cinquante ans d'installation britannique

Les premiers arrivants britanniques s'installent dès les années 1970 : des retraités séduits par un climat plus clément que celui des îles, des maisons de pierre à rénover à des prix sans commune mesure avec le marché anglais, et un cadre rural préservé. En rachetant et restaurant des bâtisses parfois laissées à l'abandon, ces pionniers ont, sans toujours le vouloir, contribué à sauver une partie du bâti ancien. Le mouvement s'amplifie dans les années 1980-1990, avec des familles entières qui ouvrent commerces et associations — on y a même fondé un club de cricket.

Aujourd'hui, on estime que les Britanniques représentent environ un habitant sur cinq — un ordre de grandeur médiatique plus qu'un chiffre officiel de l'Insee, mais qui suffit à valoir à Eymet le surnom de petite capitale du « Dordogneshire » (le terme, calqué sur les comtés anglais, désigne en fait tout le département). Sur le marché, l'accent du Sud-Ouest côtoie celui des Midlands ; les rencontres sportives franco-anglaises animent les terrasses. Le Brexit (2020) a introduit une part d'incertitude administrative pour ces résidents installés de longue date, mais la communauté est restée solidement implantée — profondément attachée à ce village qui, pour beaucoup, est bien plus qu'une résidence secondaire.

Le « Dordogneshire », du surnom au dictionnaire

Les estimations de cette présence varient d'ailleurs selon les sources : les médias avancent « un sur cinq », quand d'autres, plus prudents, évoquent plutôt 10 % de la population — l'Insee ne publiant pas de décompte par nationalité à cette échelle, la fourchette honnête se situe entre 10 et 20 %. Quant au mot « Dordogneshire », il a fait un chemin remarquable : forgé sur le modèle des comtés anglais (Yorkshire, Devonshire…), il est aujourd'hui lexicalisé, avec sa propre entrée au Wiktionnaire. Peu de plaisanteries locales connaissent pareille consécration. Le phénomène s'explique aussi par la logistique : l'aéroport de Bergerac, à vingt minutes, est desservi par Ryanair, Jet2 et British Airways depuis Londres, Birmingham, Bristol ou Manchester — de quoi rentrer voir la famille aussi facilement que depuis une banlieue anglaise.


Le marché

Le marché du jeudi, une tradition séculaire

Le marché du jeudi matin se tient sous les arcades de la place, et c'est l'un des rendez-vous les plus vivants du sud du Bergeracois. La tradition veut qu'il remonte à la fondation même de la bastide : disposer d'un jour de marché garanti était, au Moyen Âge, un atout décisif pour attirer des habitants et faire prospérer une ville neuve. Si l'on ne peut affirmer avec une source primaire que la charte de 1270 fixa précisément ce jour, la continuité d'un marché sur cette place depuis des siècles, elle, est bien réelle — près de sept siècles et demi au même endroit.

À cette tradition hebdomadaire s'ajoute, en été, une animation plus récente : des marchés nocturnes le mardi soir, en juillet et août, sur la place et le parvis de l'église. Producteurs, tables dressées sous les couverts, ambiance conviviale : la place centrale continue de jouer le rôle que la bastide lui avait assigné dès l'origine, celui de cœur battant de la vie collective.


Les environs

Que voir autour d'Eymet

Eymet est une base idéale pour explorer le Périgord pourpre et le pays du Dropt, à la charnière de la Dordogne et du Lot-et-Garonne. Voici les distances routières réelles depuis la bastide :

Vignoble du Bergeracois en automne près d'Eymet
Le vignoble du Bergerac, tout autour d'Eymet — le Périgord pourpre. (Illustration.)
DestinationDistance / temps depuis EymetIntérêt
Bergerac~25 km · ~27 minCyrano, vieille ville, gabarres, vignoble, aéroport (liaisons UK)
Issigeac~20 km · ~25 minVillage médiéval circulaire, marché du dimanche réputé
Duras (47)~20 km · ~25 minChâteau des ducs, vignoble AOC Côtes de Duras
Monbazillac~25 km · ~30 minChâteau Renaissance, célèbre vin liquoreux
Monpazier~45 km · ~50 minLa plus célèbre bastide du Périgord (1284), place à couverts
Bordeaux~119 km · ~1h35Métropole, Saint-Émilion sur la route

Le pays d'Eymet est un concentré de bastides (Eymet, Monpazier, Villeréal, Castillonnès) et de vignobles (Bergerac, Monbazillac, Saussignac, Duras). Un territoire de marchés, de châteaux et de villages de pierre, encore à l'écart des grandes foules touristiques du Périgord noir.


Venir de Bordeaux

Venir à Eymet depuis Bordeaux

Eymet est à environ 119 km de Bordeaux, soit ~1h35 de route — et non les « 79 km » que l'on lit parfois, qui ne valent qu'à vol d'oiseau. La bastide se rejoint par les départementales du sud bergeracois (RD 18, 25 et 933) ; elle n'a plus de gare depuis la fermeture de la ligne Eymet-Bordeaux aux voyageurs (1987).

ModeDuréeCoût indicatifDétail
Chauffeur privé (VTC)~1h35dès 214 · aller simplePorte-à-porte depuis Bordeaux, arrêts libres (Saint-Émilion, vignobles)
Voiture personnelle~1h35~20-26 € carburant + péagePar l'A89 ou la N21 puis les départementales vers le Dropt
Train + relais2h-2h30~15-25 € (TER) + routeTER jusqu'à Bergerac, puis ~25 km sans transport direct
Avion (contexte UK)Aéroport de Bergerac (~25 km) : liaisons Londres, Bristol, Manchester…

Par la route, le train et l'air

Le train a pourtant existé : une ligne Eymet-Bordeaux a fonctionné de 1899 à 1987, soit près de neuf décennies de desserte ferroviaire directe entre la bastide et la capitale girondine, avant que le rail ne se retire des campagnes du Dropt. Il n'en reste que le souvenir — et l'obligation, désormais, de passer par la route.

En voiture, on rejoint le sud du Bergeracois depuis Bordeaux via l'A89 ou la N21. La gare la plus proche est celle de Bergerac (~25 km), sur la ligne Bordeaux-Sarlat, mais il reste ensuite la route jusqu'à Eymet. Curiosité liée à la communauté britannique : l'aéroport de Bergerac-Dordogne-Périgord, à une vingtaine de minutes, propose des liaisons directes vers le Royaume-Uni (Londres, Birmingham, Bristol, Manchester).

En chauffeur privé

Pour venir de Bordeaux sans dépendre d'un changement à Bergerac, et pour rayonner ensuite vers les bastides et les vignobles, le chauffeur privé depuis Bordeaux est la formule la plus simple : un trajet direct de ~1h35, porte-à-porte, avec arrêts libres (Saint-Émilion est sur la route) et tarif fixe connu d'avance, dès 214 € l'aller simple.


Infos pratiques

Infos pratiques

  • Durée conseillée : une demi-journée à Eymet (place des Arcades, château, ruelles à colombages), à prolonger vers Issigeac, Monbazillac ou le vignoble de Duras.
  • Le grand rendez-vous : le marché du jeudi matin sous les arcades ; en été, les marchés nocturnes du mardi soir.
  • À voir : le donjon du XIIIe siècle (Tour Monseigneur, inscrit MH), la place Gambetta et ses couverts, les maisons à pans de bois. La bastide bénéficie d'un statut de site inscrit protégeant son ensemble médiéval.
  • Commerces & services : Eymet est un vrai bourg animé, bien pourvu en commerces, cafés et restaurants — une partie tenue par la communauté britannique.
  • Transports : pas de gare. Voiture ou chauffeur privé conseillés. Gare et aéroport (liaisons UK) à Bergerac (~25 km).
  • Quand venir : le jeudi pour le marché ; le printemps et l'été pour les terrasses, les vignobles et les marchés nocturnes.

FAQ

Questions fréquentes

Quand et par qui Eymet a-t-elle été fondée ?

Par une charte de coutumes octroyée le 28 juin 1270 par Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse et de Poitiers et frère de Saint Louis, avec son épouse Jeanne. Fait savoureux : le couple n'a jamais mis les pieds à Eymet — il était alors à Tunis, engagé dans la huitième croisade. La bastide fut fondée et administrée à distance.

Pourquoi Eymet a-t-elle changé plusieurs fois de mains ?

Parce qu'elle occupait une position frontalière entre les possessions du roi de France (Capétiens) et le domaine anglo-aquitain des Plantagenêt. Dès 1279, elle passe sous la couronne d'Angleterre. Pendant toute la guerre de Cent Ans (1337-1453), elle est prise et reprise au gré des campagnes militaires.

Quel est le lien entre Du Guesclin et Eymet ?

Bertrand du Guesclin, connétable de France sous Charles V et l'un des plus grands capitaines de la guerre de Cent Ans, a assiégé et repris le château d'Eymet aux Anglais le 1ᵉʳ septembre 1377. C'est de cette reprise que le donjon tient l'un de ses surnoms, la « Tour des Anglais ».

Que peut-on voir du château d'Eymet ?

Le château conserve son donjon carré du XIIIe siècle, la Tour Monseigneur, ainsi que des éléments d'enceinte : mâchicoulis, créneaux, tour d'angle, bretèche et échauguette. Inscrit aux Monuments historiques depuis le 30 décembre 1994, il abrite un musée (depuis 1963) et accueille des expositions.

Pourquoi Eymet compte-t-elle une importante communauté britannique ?

L'installation britannique remonte aux années 1970 (retraités attirés par le climat, les maisons à rénover et le coût de la vie), amplifiée dans les années 1980-1990 par des familles entières. On estime qu'environ un habitant sur cinq est britannique, ce qui vaut à Eymet le surnom de capitale du « Dordogneshire ».

Combien d'habitants compte Eymet ?

Eymet comptait 2 569 habitants au recensement de 2023, en léger repli (−2,32 %) par rapport à 2017, pour une densité de 82 hab/km². C'est un vrai petit bourg rural, animé et bien pourvu en commerces.

Qu'est-ce que la place des Arcades ?

C'est la place centrale de la bastide, officiellement place Gambetta. Bordée sur ses quatre côtés de galeries de pierre couvertes (les « couverts ») et de maisons à pans de bois, elle mesure environ quarante mètres de côté. Fait rare, elle est excentrée vers le Dropt, près de l'ancien débarcadère fluvial.

Depuis quand existe le marché du jeudi d'Eymet ?

Le marché du jeudi se tient sous les arcades depuis des siècles — la tradition le fait remonter à la fondation de la bastide en 1270. Cette continuité de près de sept siècles et demi au même endroit en fait l'un des marchés les plus anciens du secteur.

Henri IV a-t-il un lien avec Eymet ?

Oui, un lien romantique et bien réel : le 15 mars 1588, Henri de Navarre (futur Henri IV) a daté d'Eymet une lettre à sa maîtresse Diane d'Andouin, « la belle Corisande », lui envoyant « mille millions de baisers d'Aymet ». Un restaurant de la place, « La Maison d'Amour », en perpétue le souvenir.

À combien de temps Eymet est-elle de Bordeaux ?

Environ 119 km, soit ~1h35 de route. En chauffeur privé, le trajet porte-à-porte est proposé dès 214 € l'aller simple. Attention aux « 79 km » parfois indiqués : ils ne correspondent qu'au vol d'oiseau, pas à la route réelle.

Comment venir à Eymet sans voiture ?

Eymet n'a plus de gare (ligne fermée aux voyageurs en 1987). La gare la plus proche est celle de Bergerac (~25 km), sur la ligne Bordeaux-Sarlat, ainsi que l'aéroport de Bergerac (liaisons vers le Royaume-Uni). De Bergerac à Eymet, un taxi ou un chauffeur privé reste nécessaire.

Pourquoi le donjon d'Eymet s'appelle-t-il la « Tour Monseigneur » ?

Le nom vient du traité de Bordeaux du 12 septembre 1453 : Louis XI y rend ses droits au seigneur local Bertrand de Pellegrue, désigné dans le texte comme « ci-devant enregistré et baillé Monseigneur d'Aymet ». Le donjon carré du XIIIe siècle a pris ce titre. Son second surnom, « Tour des Anglais », rappelle quant à lui la reprise de la place par Du Guesclin en 1377 — deux noms, deux moments-clés de la guerre de Cent Ans.

Que voir autour d'Eymet ?

Bergerac et son vignoble (~27 min), le village médiéval d'Issigeac, le château de Monbazillac, la bastide de Monpazier, le vignoble et le château de Duras. Un territoire de bastides et de vignobles, à la charnière de la Dordogne et du Lot-et-Garonne.

Aller plus loin

Pour aller plus loin

Sources

Sources et références

Article mis à jour en juillet 2026.

Réservation 24h/24

En route pour le pays des bastides

Trajet direct depuis Bordeaux (~1h35) vers le sud du Bergeracois, arrêts libres en chemin — Saint-Émilion, les vignobles, les bastides voisines. Devis fixe par écrit sous 30 minutes, berline ou van 8 places, chauffeur anglophone.

Place des Arcades d'Eymet bordée de maisons à colombages
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