Bergerac, le panache du Périgord pourpre

La ville au double visage : un héros de théâtre qui n'y a jamais vécu, une paix royale signée de la main du futur Henri IV, des gabarres sur la Dordogne et neuf AOC autour des colombages. Tout comprendre avant de venir, à 1 h 31 de Bordeaux.

5,0 · 40 avis Google117 km · 1 h 31 de Bordeaux27 min de lecture
En bref

Bergerac en bref

  • Bergerac (27 110 habitants [INSEE]) est la deuxième ville de Dordogne et la capitale du « Périgord pourpre » — celui de la vigne : 9 AOC autour de la ville, dont le liquoreux Monbazillac.
  • Le 17 septembre 1577, la paix de Bergerac y est signée — Henri de Navarre en personne parapha le texte qui mit fin à la sixième guerre de Religion, brouillon direct de l'édit de Nantes.
  • Ville majoritairement protestante au XVIIᵉ siècle (~6 000 huguenots), surnommée la « petite Genève », puis frappée par les dragonnades et les abjurations forcées de 1685.
  • Cyrano n'a jamais mis les pieds ici : l'écrivain était parisien, son « Bergerac » était un fief de la vallée de Chevreuse. La ville a assumé le malentendu — avec deux statues.
  • Sur la Dordogne, les gabarres reprennent chaque été le chemin des barriques : 50 minutes de navigation au départ du quai Salvette (avril-octobre).
  • La vieille ville aligne maisons à colombages, halle rénovée, cloître des Récollets — devenu Quai Cyrano, l'office de tourisme-Maison des Vins où l'on déguste face aux quais.
  • À 12 minutes, le château de Monbazillac (1550) trône dans ses vignes ; l'étoilé Michelin du coin, La Tour des Vents, regarde le vignoble depuis le moulin de Malfourat.
  • Depuis Bordeaux par la route : 117 km, environ 1 h 31 — dès 203 en chauffeur privé, porte-à-porte.

Avant de partir

Avant de partir : ce que Bergerac est vraiment

18 h, place Pélissière. Le bronze de Cyrano toise l'église Saint-Jacques, nez au vent, panache en bataille — un héros de théâtre qui n'a jamais vu la ville, statufié deux fois par elle. À cent mètres, une rue s'appelle « rue des Conférences » : c'est là, dans une maison à pans de bois, qu'Henri de Navarre négocia en 1577 une paix qui porte le nom de Bergerac dans tous les manuels. La ville du mythe littéraire le plus assumé de France est aussi celle d'une histoire vraie que presque personne ne connaît.

Bergerac est une ville double : côté carte postale, les colombages, les gabarres, le vignoble et le nez de Cyrano ; côté archives, l'une des grandes places protestantes du royaume, une paix nationale signée dans ses murs, un port fluvial qui expédiait ses barriques vers l'Angleterre et la Hollande, et une capitale du tabac qui a gardé son musée « unique en Europe ». Sous-préfecture de 27 110 habitants, deuxième ville de Dordogne, elle est aujourd'hui le cœur d'un vignoble de 9 AOC — et l'aéroport des Britanniques du Périgord.

Ce guide démêle le vérifié du légendaire : la vraie mécanique de la paix de 1577 (qui a signé quoi, et où), les dragonnades et abjurations forcées d'août 1685, la généalogie précise du « de Bergerac » de Cyrano — fief de la vallée de Chevreuse, vendu quand l'écrivain avait 17 ans —, les statues (1977 en pierre claire, 2005 en bronze peint), les tarifs 2026 des gabarres et du château de Monbazillac, et l'état réel de l'aéroport après le retrait hivernal de Ryanair. Avec toutes les distances routières vérifiées.

Côté logistique : le TER Bordeaux-Bergerac est correct (1h10 à 1h30, ligne de Sarlat), mais dès qu'on veut rayonner — Monbazillac, Issigeac, Saint-Émilion par la route des vignes —, la voiture s'impose. Un chauffeur privé depuis Bordeaux (1 h 31 par l'A89) transforme la journée bergeracoise en circuit sans contrainte, dégustations comprises.


La ville

Deuxième ville de Dordogne, capitale du Périgord pourpre

Bergerac s'étire le long de la Dordogne, au cœur de l'appellation touristique inventée dans les années 1980 pour la couleur des feuilles de vigne à l'automne : le Périgord pourpre — aujourd'hui promu sous la marque « Pays de Bergerac, vignoble et bastides » (2013), mais tout le monde continue de dire pourpre. Position de carrefour : ni tout à fait le vignoble bordelais, ni tout à fait le Périgord noir des châteaux — précisément ce qui fit sa fortune commerciale, quand le fleuve était la seule autoroute du Sud-Ouest.

DonnéeValeur
StatutSous-préfecture de la Dordogne (avec Nontron et Sarlat) — 2ᵉ ville du département
Population27 110 habitants (2023) — les Bergeracois
Agglomérationunité urbaine 65 219 hab (22 communes) · aire d'attraction 74 553 hab
Superficie56,10 km² — 11ᵉ commune la plus étendue de Dordogne
Rivièrela Dordogne, régulée par le barrage de 1852 — dernière retenue avant l'estuaire
Vignoble9 AOC autour de la ville (~12 000 ha avec le Duras)
LabelVille d'art et d'histoire (2013)
Distance de Bordeaux117 km (1 h 31 par l'A89, sortie 13, puis D709)

La démographie tient bon là où tant de sous-préfectures se vident : autour de 27 000 habitants depuis un demi-siècle, avec un record à 28 063 en 2013 et une légère reprise récente portée par les arrivées (+0,9 % de solde migratoire annuel). Le fleuve, lui, garde ses monuments : le barrage de Bergerac (1839-1852), bâti pour rehausser l'eau de 2,25 m au profit des gabarres, turbine pour EDF depuis 1966 et s'équipa en 1984 d'une passe à poissons alors la plus longue d'Europe. Au printemps, on voit des aloses mortes sur les berges — 95 % meurent d'épuisement après la fraie, signe spectaculaire du retour des poissons migrateurs.


La petite Genève

La « petite Genève » : quand Bergerac était majoritairement protestante

C'est l'aspect le plus méconnu — et le plus structurant — de l'histoire de la ville. La Réforme s'implante dès les années 1540 : en janvier 1543, croix et reliques sont enlevées des couvents ; en juillet 1544, la statue de Notre-Dame est jetée dans la Dordogne. Des cultes sont attestés dès 1553, l'église réformée s'organise en 1558 avec un pasteur envoyé de Genève, et en 1561, après débat, les bourgeois de la ville adoptent publiquement la Réforme — un choix de la classe dirigeante, celle des marchands du fleuve. Ralliée au camp protestant dès 1562-1563, Bergerac deviendra officiellement place de sûreté huguenote par l'édit de Nantes (1598).

Les guerres de Religion s'y jouent à guichets fermés : en mars 1563, le baron de Piles prend la ville et exécute garnison catholique et curé ; les couvents sont pillés, l'église Sainte-Catherine démolie — le premier temple s'élève sur ses ruines, desservi par un moine apostat écossais. En 1567, les Bergeracois coupent leur propre pont pour empêcher les troupes catholiques de franchir la Dordogne. La ville verra passer Charles IX (1565), Henri de Navarre (1576)… et, à quinze kilomètres, la paix suivante : celle du Fleix (1580) — deux paix royales conclues dans la même vallée en trois ans.

L'ampleur du phénomène est documentée : environ 6 000 protestants au XVIIᵉ siècle — soit la majorité des habitants. Un arrêt royal de 1681 le reconnaît noir sur blanc, excluant les réformés du consulat précisément parce qu'ils étaient « plus nombreux que les catholiques ». La ville a son collège protestant (fondé en 1564, refondé en 1577 grâce à un don d'Henri de Navarre), ses pasteurs, ses imprimeries — qui lui valent le surnom de « petite Genève ». Et ses remparts : le bastion de Bourbarraud, dit bastion des Carmes, bâti entre 1577 et 1621 avec les pierres du couvent qu'il remplaçait, fit de Bergerac « l'une des plus puissantes places fortes bastionnées du Sud-Ouest ». Louis XIII vint personnellement les faire raser en juillet 1621 — par les huguenots eux-mêmes. Un vestige de la pointe de l'éperon des Carmes, exhumé place de la République en 2007-2008, en témoigne encore.


1577

17 septembre 1577 : la paix de France qui porte le nom de Bergerac

Peu de villes françaises ont donné leur nom à une paix nationale. Au printemps 1577, après la sixième guerre de Religion, les négociateurs s'installent à Bergerac — terrain huguenot jugé sûr. Les conférences s'ouvrent dès le 15 mai à la Maison Doublet et durent quatre mois. Côté royal : le duc de Montpensier et le maréchal de Biron — Henri III, lui, n'a jamais mis les pieds à Bergerac. Côté protestant : Henri de Navarre en personne, le futur Henri IV, dont la signature « HENRY DE BOURBON » ouvre la liste des paraphes du 17 septembre 1577. Le texte est ensuite entériné par l'édit royal de Poitiers, enregistré le 8 octobre. La rue des Conférences, dans la vieille ville, en garde le souvenir.

  • Le culte réformé est autorisé dans les faubourgs d'une seule ville par bailliage — et partout où il se pratiquait au 17 septembre.
  • Les seigneurs hauts justiciers gardent le culte dans leur résidence principale ; les simples gentilshommes, « pour leur famille seulement », dix invités tolérés.
  • Les chambres mi-parties passent de huit à quatre chambres (Bordeaux, Grenoble, Aix, Montpellier), composées d'environ deux tiers de catholiques pour un tiers de protestants.
  • Huit places de sûreté sont laissées six ans aux protestants — dont Périgueux et La Réole… mais pas Bergerac.
  • Le catholicisme est restauré partout, les prisonniers libérés sans rançon, et l'oubli général proclamé — sauf les « cas exécrables ».
  • Clause glaçante : le massacre de la Saint-Barthélemy est déclaré « n'estre acte d'hostilité » — donc exclu de toute réparation.

La paix de Bergerac tient près de deux ans — un record pour l'époque — et surtout, elle sert de matrice : l'édit de Nantes de 1598 cite mot pour mot « l'édit de pacification faict en l'année soixante et dix sept » et en reprend les mécanismes. L'homme qui signa à Bergerac en 1577 est celui qui signera Nantes vingt et un ans plus tard. Le brouillon et l'œuvre, de la même main.


1685

1685 : les dragons, les abjurations forcées et le paradoxe du vin

Un siècle après avoir négocié la paix, Bergerac paie le retournement du royaume — et même en avance : son grand temple octogonal de 1637 est démoli dès novembre 1683, sur arrêt de parlement, deux ans avant la Révocation ; les fidèles se rassemblent sur ses ruines pour prier et chanter. Puis tout s'accélère : les premières compagnies de dragons arrivent en août 1685, l'intendant convoque les notables et les abjurations forcées se multiplient. L'édit de Fontainebleau, le 18 octobre, ne fait qu'officialiser l'écrasement. Suivront l'autodafé des livres protestants, les galères et, pour les assemblées clandestines du Désert, la répression.

Parmi les fuyards : Lucas Bouyssavy, huguenot des environs de Bergerac, qui vend sa part de la propriété familiale de Couze en juillet 1685, fuit par Bordeaux et refait sa vie à Amsterdam sous le nom de Boissevain. Ses descendants deviendront une dynastie de banquiers néerlandais — l'un d'eux financera le Canadian Pacific Railway, et une ville du Manitoba porte aujourd'hui leur nom. De Couze au Canada, via un exil.

La foi, elle, ne meurt pas : c'est le temps du Désert. Le 21 février 1745, une assemblée clandestine près du château du Fauga réunit plus de 6 000 personnes ; avant la Révolution, on compte 25 à 30 granges-lieux de culte secrets autour de Bergerac, et le consistoire se reconstitue dès 1756. La ville protestante renaîtra jusque dans ses grands hommes — tel Samuel Pozzi (1846-1918), chirurgien célèbre portraituré par Sargent, né à Bergerac, dont l'hôpital porte aujourd'hui le nom.

La saignée est réelle — l'exode national emporte 150 000 à 200 000 personnes, et Bergerac perd une part de ses marchands « les plus actifs et les plus lettrés ». Mais l'histoire réserve un paradoxe : la diaspora bergeracoise d'Amsterdam dope le commerce des vins du pays vers la Hollande, marché qui culmine vers 1740-1750 — d'où le surnom du monbazillac, « vin des protestants ». Et la mémoire a son lieu vivant : à la Révolution, le consistoire achète l'ancienne église des Récollets, place du Cayla, inaugurée au culte le 9 novembre 1792 — le grand temple y accueille toujours cultes et concerts, à côté du cloître devenu Maison des Vins. L'histoire, à Bergerac, aime les ironies de voisinage.


Cyrano

La vérité sur Cyrano : le plus beau malentendu de la littérature française

Disons-le net : Savinien de Cyrano de Bergerac n'a jamais mis les pieds en Périgord. Baptisé le 6 mars 1619 à Paris, paroisse Saint-Sauveur, mort en 1655 à Sannois à 36 ans, c'était un Parisien pur sucre — écrivain libertin, duelliste, auteur des États et Empires de la Lune, l'une des premières œuvres de science-fiction. Son « de Bergerac » ? Un fief familial de la vallée de Chevreuse, près de Saint-Forget dans les Yvelines : une maison, une grange, 46 arpents, achetés par son grand-père vers 1582 et revendus par son père en 1636, quand Savinien avait 17 ans. Il ne signa d'ailleurs « de Bergerac » qu'à partir de 1645 — neuf ans après la vente du fief.

Le vrai Cyrano vaut pourtant le détour : soldat aux Gardes françaises dans la compagnie de Carbon de Castel-Jaloux (Rostand n'a rien inventé là), blessé d'un coup de mousquet à Mouzon puis d'un coup d'épée dans la gorge au siège d'Arras en 1640 ; héros — selon son ami Le Bret — d'un combat seul contre « cent hommes » à la porte de Nesle ; mort mystérieusement après avoir reçu une pièce de bois sur la tête, accident ou attentat, nul ne sait. Et Roxane a existé : Madeleine Robineau, authentique cousine de Cyrano, dont le mari, le baron de Neuvillette, fut réellement tué au siège d'Arras. Quand Edmond Rostand créa sa pièce le 28 décembre 1897 à la Porte-Saint-Martin, persuadé du four au point de s'excuser auprès de son acteur, il déclencha un triomphe — 400 représentations d'affilée — qui souda pour toujours le héros au nom de la ville.

Place Pélissière à Bergerac au petit matin, fontaine de pierre, maisons à colombages et clocher de l'église Saint-Jacques
La place Pélissière, où le Cyrano de bronze (2005) fait face à l'église Saint-Jacques — étape des pèlerins de Compostelle.

Et Bergerac, dans tout ça ? La ville a fait le choix élégant d'assumer le mythe — sans jamais vraiment tromper personne. Deux statues s'y répondent à cent mètres : place de la Myrpe, le Cyrano de pierre claire de 1977 (Varoqueaux/Dorillac), silhouette épurée très années 70 ; place Pélissière, le bronze polychrome de Mauro Corda (2005, 90 000 €), truffé de détails — le sculpteur a travaillé d'après un modèle réel pour le corps, mais inventé le visage : « il ne s'agissait pas de lui coller le nez de Pinocchio ». Commerces baptisés Cyrano ou Roxane, parcours officiel « Les Pas de Cyrano »… La seule ville de France à célébrer deux fois un personnage qui ne l'a jamais visitée — et qui le sait parfaitement.


Vieille ville

La vieille ville : colombages, halle neuve et cloître des Récollets

Le vieux Bergerac se parcourt en triangle entre le port et les places. Les rues Saint-James et Saint-Clar alignent les maisons à colombages des XVᵉ-XVIIᵉ siècles aux encorbellements penchés ; la Grand'Rue piétonne relie la halle à l'église Notre-Dame ; et l'église Saint-Jacques, étape de la via Lemovicensis vers Compostelle, veille sur la place Pélissière. Le tout dans un secteur sauvegardé protégé depuis les années 1970.

Ruelle du vieux Bergerac bordée de maisons à colombages aux poutres de chêne et encorbellements, géraniums aux fenêtres
Rues Saint-James, Saint-Clar : le vieux Bergerac des XVᵉ-XVIIᵉ siècles, à dix minutes du port.

Deux étapes gourmandes et une monumentale. La halle couverte, place Louis-de-la-Bardonnie, a été entièrement rénovée et rouverte en décembre 2023 — sept commerces de bouche, dont une « Crèmerie Cyrano », évidemment. Les marchés occupent le centre les mercredis et samedis matin (7h-13h), avec les vendeurs de truffes de décembre à février. Et le cloître des Récollets, couvent du XVIIᵉ siècle aux galeries de bois, abrite depuis 2019 le Quai Cyrano : office de tourisme et Maison des Vins de Bergerac-Duras réunis, entrée libre — on y revient au chapitre vin. Détail d'histoire à savourer : l'ancienne église du même couvent, juste à côté, est devenue le grand temple protestant. Le cloître catholique et le temple huguenot partagent le même pâté de maisons depuis 1792.

L'été, la fête descend au port : les Tablées du Terroir dressent leurs grandes tables au bord de l'eau six lundis de juillet-août (18h-23h, producteurs et vignerons), le 14 juillet s'y célèbre entre régates, courses de canards et feu d'artifice, et un village italien occupe la place de la République fin août. Bergerac vit dehors — et Bergerac figurait au parcours 2026 du Tour de France, avec l'arrivée de l'étape Périgueux → Bergerac annoncée le 11 juillet.

Cloître des Récollets à Bergerac, galerie de bois sur arcades de pierre autour de la cour intérieure baignée de lumière
Le cloître des Récollets (XVIIᵉ) — aujourd'hui Quai Cyrano : office de tourisme, Maison des Vins, bar à vin et terrasse sur les quais.

Les vins

Neuf AOC autour d'une ville : le vignoble de Bergerac

Bergerac est une capitale viticole de plein exercice : neuf AOC l'entourent — bergerac (rouge, rosé, blanc), côtes-de-bergerac, monbazillac, pécharmant, rosette, saussignac et les trois montravel — soit, avec les déclinaisons et le Duras voisin, dix-sept vins d'AOP. Les rouges assemblent merlot et cabernets, les blancs sémillon, sauvignon et muscadelle. Cette diversité d'appellations structure le Périgord pourpre et sa route des vins.

Vignoble de Bergerac aux feuilles pourpres et or en automne, cabanon de pierre au milieu des rangs de vigne dans la brume
Le « Périgord pourpre » doit son nom à la couleur des vignes à l'automne — 9 AOC autour de Bergerac.

L'initiation idéale est en ville : au Quai Cyrano, dans le cloître des Récollets, la Maison des Vins aligne 140 références de Bergerac-Duras, une sélection hebdomadaire de neuf vins au verre, une terrasse panoramique sur les quais — et, de mi-juin à mi-septembre, un vigneron différent chaque jour vient faire déguster sa production. Entrée libre, exposition permanente « Le Vin est Voyage » comprise. De là, la route des vins s'écrit toute seule : Pécharmant au nord-est, Saussignac à l'ouest, et plein sud, la colline dorée du monbazillac.


Monbazillac

Monbazillac : le château dans les vignes et le « vin des protestants »

À 7 km au sud (12 minutes), le château de Monbazillac monte la garde au-dessus de la vallée : un rectangle à quatre tours rondes et mâchicoulis, bâti d'un seul jet vers 1550 pour Charles d'Aydie — mi-forteresse, mi-demeure Renaissance, classé monument historique en 1941. Particularité unique : il appartient depuis 1960 à la cave coopérative de Monbazillac, qui en a fait la vitrine de l'appellation — 50 000 visiteurs par an. En 2026 : entrée 12 € avec une dégustation offerte, atelier accompagné trois vins à 18 €, ouvert tous les jours (jusqu'à 20h en juillet).

Château de Monbazillac, quatre tours rondes et mâchicoulis au milieu des vignes dorées dominant la vallée de la Dordogne
Le château de Monbazillac (1550), propriété de la cave coopérative depuis 1960 — l'un des rares châteaux au monde gérés par ses vignerons.

Le vin, lui, est un miracle météorologique : 2 300 hectares de sémillon, sauvignon et muscadelle exposés aux brumes matinales de la Dordogne, qui favorisent la pourriture noble — le botrytis qui concentre les sucres. Vendanges manuelles par tries successives, machine interdite par le cahier des charges. Et une histoire qui rejoint celle de la ville : exporté massivement vers la Hollande par la diaspora huguenote, le liquoreux doré a gagné son surnom de « vin des protestants ». Pour la table : La Tour des Vents, au moulin de Malfourat tout proche, tient l'étoile Michelin du Bergeracois depuis 2010 (chef Damien Fagette), vue panoramique sur le vignoble — et sept chambres pour ne pas avoir à redescendre.


Gabarres

Les gabarres : l'autoroute fluviale devenue croisière

Avant le rail, la Dordogne était la seule vraie route commerciale du pays : les gabarres — bateaux à fond plat conçus pour les eaux basses — descendaient vins, bois et papier vers Libourne et Bordeaux, d'où les barriques bergeracoises embarquaient pour l'Angleterre et la Hollande. Tout le port vivait de ce trafic : tonneliers, mariniers, négociants. Le barrage de 1852 fut d'ailleurs bâti pour eux, rehaussant le fleuve de 2,25 mètres. Puis le chemin de fer a tué la batellerie — et le tourisme l'a ressuscitée.

Gabarres en bois amarrées au quai Salvette à Bergerac, bancs sous taud de toile, reflets du soir sur la Dordogne
Au quai Salvette, les gabarres reprennent chaque saison (avril-octobre) le fleuve qui fit la fortune de la ville.

Pratique 2026 : Les Gabarres de Bergerac embarquent au quai Salvette du 1ᵉʳ avril au 31 octobre — promenade commentée de 50 minutes (12,50 € adulte, 9,50 € enfant), jusqu'à neuf départs par jour en plein été, et des croisières-dégustation de vin les mardis et jeudis de juillet-août (1h30, 15 €). Réservation au 05 53 24 58 80. Pour prolonger côté rivière : la véloroute V91 longe la Dordogne sur 30 km de voie verte via le port, et à 15 minutes en amont, l'ascenseur à poissons du barrage de Tuilières se visite gratuitement l'été — les saumons y montent littéralement en cabine.


Le tabac

Le tabac : la capitale méconnue (et son musée unique en Europe)

L'autre or brun de Bergerac ne se boit pas. Introduit en France par André Thevet (1556) puis par Jean Nicot — qui l'offrit à la cour contre les migraines et laissa son nom à la nicotine —, le tabac trouve dans la vallée de la Dordogne l'une de ses grandes terres : culture officiellement autorisée en Dordogne le 26 décembre 1857, 2 066 planteurs recensés dès 1863. En 1927, Bergerac reçoit l'Institut expérimental du Tabac, centre de recherche unique en Europe avec sa collection de plus de 1 100 espèces de Nicotianées. La page s'est tournée récemment : l'institut a fermé, le dernier laboratoire a suivi en 2022, et la dernière usine française de transformation, à Sarlat, s'est arrêtée à l'automne 2024 — il reste une centaine de producteurs en Dordogne, premier bassin du burley français.

La mémoire, elle, est superbement logée : le musée du Tabac, « musée d'anthropologie du tabac d'intérêt national », occupe la Maison Peyrarède — hôtel particulier de 1604 dit « château Henri IV », où Louis XIII logea en 1621 en venant raser les remparts huguenots. Trois mille ans d'histoire de la plante « tantôt divine, tantôt maudite » : pipes amérindiennes, tabatières du XVIIIᵉ, machine à sculpter les têtes de pipe de 1863, enseignes du monopole d'État, jusqu'à des œuvres prêtées par le Louvre et le Centre Pompidou. Ouvert toute l'année (5,50 €, gratuit −18 ans), avec une exposition temporaire jusqu'au 20 septembre 2026. Unique en Europe — littéralement : aucun autre musée du continent n'est entièrement consacré au sujet.


Le trajet

Bordeaux → Bergerac : 117 km, environ 1 h 31 (et un aéroport à éclipses)

Deux routes s'offrent depuis Bordeaux : la rapide — N89 puis A89 jusqu'à la sortie 13 « Bergerac-Mussidan », puis la D709 (117 km, environ 1 h 31) — et la buissonnière, la D936 par Castillon-la-Bataille et la vallée, sans péage, plus lente mais tentante : elle frôle Saint-Émilion.

OptionDuréeÀ savoir
Chauffeur privé (VTC)1 h 31porte-à-porte, dès 203 — arrêt Saint-Émilion possible à l'aller
Voiture personnelle1 h 31A89 sortie 13 + D709 · ou D936 sans péage, durée variable
TER ligne 331h10 à 1h3016 allers-retours en semaine, gare à 1,2 km du centre — dessert aussi Saint-Émilion
Avion (saison)aéroport à 5 km du centre — mais quasi fermé aux vols réguliers de fin octobre à fin mars

Un mot sur l'aéroport Bergerac-Dordogne-Périgord, porte d'entrée historique des Britanniques du Périgord (240 000 passagers en 2025, dix lignes dont huit vers le Royaume-Uni en saison) : Ryanair a suspendu tous ses vols l'hiver 2025-2026 dans son bras de fer fiscal avec la France, ne revenant que fin mars — et il n'existe aucune navette régulière vers le centre (cars régionaux sur réservation la veille uniquement). D'octobre à mars, la vallée atterrit donc à Bordeaux-Mérignac : le transfert direct en chauffeur (~1h35 depuis l'aéroport) est devenu le maillon manquant du voyage.

SiteRoute depuis BergeracL'essentiel
Monbazillac7 km · 12 minchâteau (12 €) + vignoble liquoreux + étoilé La Tour des Vents
Issigeac19 km · 21 minvillage médiéval circulaire, grand marché du dimanche
Eymet26 km · 28 minbastide de 1270, la plus britannique du Périgord
Monpazier46 km · 51 minbastide anglaise de 1284, place aux arcades parfaite
Saint-Émilion58 km · 1h05par la D936 et les vignes — voir notre guide
Sarlat-la-Canéda73 km · 1h20par la vallée de la Dordogne — voir notre guide
Lascaux (Montignac)~80 km · 1h25la Préhistoire en majesté — voir notre guide

Conseils

Nos conseils pour réussir Bergerac

  • Venez un mercredi ou un samedi : marchés au cœur de la vieille ville (7h-13h), halle rénovée, et les truffes de décembre à février.
  • Faites le circuit Cyrano dans l'ordre : statue de pierre de la Myrpe (1977), bronze de Corda place Pélissière (2005) — et cherchez les détails cachés du second.
  • Commencez le vin au Quai Cyrano (cloître des Récollets, entrée libre) : 140 références, un vigneron par jour l'été — puis filez à Monbazillac pour le château (12 €, dégustation incluse).
  • Embarquez en gabarre en fin de journée (12,50 €, 50 min, quai Salvette) : lumière dorée sur les façades, et l'histoire du port en prime.
  • Réservez La Tour des Vents (étoilé Michelin, moulin de Malfourat) pour un dîner face au vignoble — sept chambres sur place pour les sages.
  • Poussez jusqu'à Issigeac le dimanche matin (21 min) : le marché du village circulaire est l'un des plus charmants du Sud-Ouest.
  • D'octobre à mars, oubliez l'avion : Ryanair hiberne et il n'y a pas de navette. Le chauffeur privé depuis Bordeaux (1 h 31, dès 203 €) reste la porte-à-porte toute saison.

Bergerac est la ville des identités assumées : elle célèbre un héros qui ne l'a jamais visitée, garde le temple à côté du cloître, transforme ses gabarres de commerce en croisières et son passé de capitale du tabac en musée unique. Sous le décor de colombages, l'histoire est dense — une paix royale signée de la main du futur Henri IV, une majorité huguenote brisée en un été, un vignoble qui doit son âge d'or à ses exilés. C'est peut-être la leçon bergeracoise : ce que la ville a perdu en légende, elle l'a toujours regagné en mémoire. Et c'est à 1 h 31 de Bordeaux, vignes comprises.


FAQ

Questions fréquentes

Combien coûte un VTC Bordeaux → Bergerac ?

Le trajet Bordeaux → Bergerac en chauffeur privé démarre à 203 l'aller simple (1 à 3 passagers, berline), porte-à-porte. Le prix est fixe et annoncé à l'avance — pas de compteur ni de majoration surprise. Van 8 places disponible pour les familles et petits groupes. Demandez votre devis : réponse écrite en moins de 30 minutes.

Combien de temps dure le trajet Bordeaux → Bergerac ?

Comptez environ 1 h 31 pour 117 km : N89 puis A89 jusqu'à la sortie 13 « Bergerac-Mussidan », et la D709 pour finir. La variante par la D936 et Castillon-la-Bataille est sans péage et plus jolie — elle frôle Saint-Émilion, arrêt tout trouvé — mais sa durée varie selon les conditions.

Cyrano de Bergerac a-t-il vraiment vécu à Bergerac ?

Non — et c'est vérifié de bout en bout : Savinien de Cyrano de Bergerac, baptisé à Paris en 1619, mort à Sannois en 1655, n'a aucun lien documenté avec la ville. Son « de Bergerac » vient d'un fief familial de la vallée de Chevreuse (Yvelines), vendu en 1636. C'est le triomphe de la pièce d'Edmond Rostand (1897) qui a soudé le héros à la ville — laquelle a assumé le mythe avec deux statues, en 1977 et 2005.

Qu'est-ce que la paix de Bergerac de 1577 ?

Le traité qui mit fin à la sixième guerre de Religion, négocié quatre mois à la Maison Doublet et signé à Bergerac le 17 septembre 1577 — par Henri de Navarre en personne, futur Henri IV. Entériné par l'édit royal de Poitiers, il organisait la coexistence des deux confessions (culte encadré, chambres mi-parties, huit places de sûreté) et servit de matrice directe à l'édit de Nantes de 1598.

Pourquoi dit-on que Bergerac était protestante ?

Parce qu'elle le fut majoritairement : cultes attestés dès 1553, Réforme adoptée publiquement par les bourgeois en 1561, environ 6 000 protestants au XVIIᵉ siècle — un arrêt royal de 1681 reconnaît qu'ils étaient « plus nombreux que les catholiques ». Imprimeries et collège lui valurent le surnom de « petite Genève ». Les dragonnades et les abjurations forcées de 1685 brisèrent cette communauté. Le grand temple, place du Cayla, en perpétue la mémoire depuis 1792.

Que voir dans la vieille ville de Bergerac ?

Le triangle d'or : la place Pélissière et l'église Saint-Jacques (avec le Cyrano de bronze), la place de la Myrpe (le Cyrano de pierre), les rues Saint-James et Saint-Clar à colombages, la halle couverte rénovée (2023), le cloître des Récollets — devenu Quai Cyrano, office de tourisme et Maison des Vins — et les quais où embarquent les gabarres. Comptez une demi-journée à pied, tout est concentré.

Peut-on faire une promenade en gabarre à Bergerac ?

Oui, du 1ᵉʳ avril au 31 octobre : Les Gabarres de Bergerac proposent au quai Salvette une promenade commentée de 50 minutes (12,50 € adulte, 9,50 € enfant, jusqu'à 9 départs/jour l'été) et des croisières-dégustation de vin les mardis et jeudis de juillet-août (1h30, 15 €). Réservation conseillée au 05 53 24 58 80.

Que visiter au château de Monbazillac ?

À 12 minutes de Bergerac, ce château de 1550 à quatre tours — propriété de la cave coopérative depuis 1960, cas unique — se visite tous les jours (12 € avec une dégustation offerte, atelier trois vins à 18 €). Autour, les 2 300 hectares du vignoble liquoreux : brumes de la Dordogne, pourriture noble, vendanges manuelles obligatoires — le « vin des protestants », qui doit son âge d'or hollandais aux huguenots exilés de Bergerac.

Où bien manger à Bergerac ?

L'étoilé Michelin du Bergeracois est La Tour des Vents à Monbazillac (chef Damien Fagette, une étoile depuis 2010, vue panoramique sur les vignes, sept chambres). En ville : La Table du Marché Couvert (bistronomique face à la halle, menus 39-62 €) et Le Vin'Quatre, tous deux sélectionnés au Guide Michelin, plus les bistrots de la vieille ville. Réservation vivement conseillée l'été.

Le musée du Tabac est-il ouvert ?

Oui — malgré une rumeur de fermeture qui circule en ligne (confusion avec les dates d'une exposition temporaire). Le musée, unique en Europe, occupe la Maison Peyrarède (1604), dite « château Henri IV », place du Feu : 3 000 ans d'histoire du tabac, collections d'intérêt national. Entrée 5,50 € (réduit 3 €, gratuit −18 ans), fermé le lundi, exposition temporaire jusqu'au 20 septembre 2026.

Comment aller à Bergerac sans voiture ?

Le TER ligne 33 Bordeaux ↔ Bergerac (↔ Sarlat) fonctionne bien : 16 allers-retours en semaine, 1h10 à 1h30, gare à 1,2 km de la vieille ville — et il dessert aussi Saint-Émilion en chemin. L'avion est saisonnier (vols surtout britanniques, quasi rien de fin octobre à fin mars, pas de navette aéroport-centre). Pour rayonner vers Monbazillac, Issigeac ou les bastides, le chauffeur privé (1 h 31 depuis Bordeaux, dès 203 €) reste la solution souple.

Quels jours ont lieu les marchés de Bergerac ?

Les mercredis et samedis matin (7h-13h), sur trois pôles du centre : la halle couverte place Louis-de-la-Bardonnie (rénovée en 2023, sept commerces de bouche à l'année), la place de Lattre-de-Tassigny autour de Notre-Dame et la place des Deux-Conils. De décembre à février, les vendeurs de truffes s'y installent. Et le dimanche matin, le marché d'Issigeac (21 min) vaut le détour à lui seul.

Que faire autour de Bergerac ?

Le sud du Périgord en éventail : Monbazillac (12 min, château + vignes), Issigeac le médiéval circulaire (21 min), la bastide anglophile d'Eymet (28 min), la place parfaite de Monpazier (51 min) — et par la D936, Saint-Émilion à 1h05. Sarlat et la vallée de la Dordogne sont à 1h20, Lascaux à 1h25 : Bergerac fait un excellent camp de base œnologique entre Bordelais et Périgord noir.

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Sources

Sources et références

Article publié et mis à jour le .

Réservation 24h/24

En route pour le Périgord pourpre

Trajet direct depuis Bordeaux (1 h 31) par l'A89, ou la route des vignes par Saint-Émilion — arrêts libres, Monbazillac dans la foulée. Devis fixe par écrit sous 30 minutes, berline ou van 8 places, chauffeur anglophone.

Vieille ville de Bergerac au bord de la Dordogne, maisons à colombages et clocher reflétés dans le fleuve, gabarre en bois amarrée au premier plan
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