Saillat-sur-Vienne, un cratère et une commune de 1928

Un village de 840 habitants au nord-ouest de la Haute-Vienne, en Limousin. Née en 1928 d'un divorce entre paysans et ouvriers, posée sur un cratère météoritique de 207 millions d'années, animée par une papeterie unique en France. Une jeune commune sur de très vieilles roches. À ~2h30 de Bordeaux.

5,0 · 40 avis Google~187 km · 2h30 de Bordeaux22 min de lecture
En bref

Saillat-sur-Vienne en bref

  • Saillat-sur-Vienne (les Saillatois) est une commune de 840 habitants du nord-ouest de la Haute-Vienne (87720), en Limousin, à la frontière de la Charente.
  • C'est la commune la plus récemment créée du département : née le 2 janvier 1928 d'une scission avec Chaillac-sur-Vienne, à la suite d'un conflit entre ouvriers de l'usine et agriculteurs.
  • Son sous-sol porte la cicatrice d'une collision cosmique : Saillat est en bordure de l'astroblème de Rochechouart-Chassenon, un cratère météoritique vieux d'environ 207 millions d'années, le seul astroblème connu de France.
  • La commune vit depuis 1894 autour d'un grand site papetier (aujourd'hui Sylvamo) — la seule usine intégrée de France, du bois brut au papier fini.
  • Sa jeune paroisse n'a eu son église, Notre-Dame-des-Anges, qu'en 1934 — bâtie sur le pré même où l'on disait jusque-là la messe en plein air.
  • Avant 1928, ce territoire dépendait de la vicomté de Rochechouart, dont la maison est la plus ancienne famille noble française subsistante après les Capétiens.
  • Depuis Bordeaux : ~187 km, environ 2h30 par la route — dès 323 € en chauffeur privé. Une gare sur la ligne Limoges-Angoulême (Limoges à ~42 km seulement).

Avant de partir

Avant de partir : ce que Saillat-sur-Vienne est vraiment

Un matin sur les bords de la Vienne, en Limousin occidental. Au premier regard, Saillat-sur-Vienne n'a rien d'un village de carte postale : une rivière, des collines boisées, et surtout une vaste usine dont les cheminées se voient de loin. Pourtant, ce petit territoire de 6 km² concentre trois histoires extraordinaires : celle d'une commune née d'un divorce entre paysans et ouvriers, celle d'un cratère météoritique enfoui sous ses champs, et celle d'une papeterie unique en France. Bienvenue à Saillat-sur-Vienne, un village jeune — moins d'un siècle — posé sur des roches de plus de 200 millions d'années.

Un village jeune sur de très vieilles roches

Saillat-sur-Vienne appartient au Limousin occidental, dans le nord-ouest de la Haute-Vienne, tout contre la Charente. C'est un pays de rivières, de forêts et de bocage, à l'écart des circuits touristiques — mais riche d'une histoire industrielle, géologique et féodale peu commune. On n'y vient pas pour un monument, mais pour comprendre un lieu.

Démêler le vérifié du recopié

Ce guide sépare le vérifié de l'approximatif — et il y a de quoi faire, car les fiches en ligne accumulent les raccourcis. L'usine « fondée en 1894 par Aussedat-Rey » ? En réalité, le site ouvre en 1894… comme tannerie, et ne passe au papier que dans les années 1920 ; le nom Aussedat-Rey est bien plus tardif. Le « cratère de 19 km » ? C'est la zone déformée résiduelle : le cratère d'origine faisait plutôt 40 à 50 km. Et Limoges, souvent donnée « à 85 km », n'est en fait qu'à 42 km par la route. Nous rétablissons tout cela, sources à l'appui.

Côté accès, Saillat dispose d'une gare sur la ligne Limoges-Angoulême — un héritage de 1875 —, mais pour venir de Bordeaux (~2h30) et rayonner alentour, un chauffeur privé depuis Bordeaux reste la formule la plus souple en porte-à-porte.


Géographie

Un petit territoire au bord de la Vienne, à la frontière charentaise

Saillat-sur-Vienne occupe le nord-ouest de la Haute-Vienne, en région Nouvelle-Aquitaine (ancien Limousin), dans l'arrondissement de Rochechouart et le canton de Saint-Junien. C'est un territoire minuscule : 6,29 km², soit 629 hectares — l'une des plus petites communes du secteur. Le relief, modeste, oscille entre 153 et 254 mètres d'altitude, typique du Limousin occidental.

Vallée de la Vienne et village de Saillat-sur-Vienne
La vallée de la Vienne, au cœur du Limousin occidental. (Illustration.)

La Vienne et la Gorre, une confluence frontalière

La commune est traversée par la Vienne, cette rivière de 363 km qui naît sur le plateau de Millevaches, au pied du mont Audouze, et rejoint bien plus loin la Loire à Candes-Saint-Martin. À Saillat, la Vienne reçoit les eaux de la Gorre, un petit affluent — et le détail est joli : ce confluent se situe exactement sur la frontière départementale, entre la Haute-Vienne et la Charente. La rivière rejoint le fleuve pile à la limite de deux départements.

Quelques chiffres donnent la mesure de ce cours d'eau qui a tout déterminé ici. La Vienne s'étire précisément sur 363,3 kilomètres et prend sa source à haute altitude, entre 860 et 885 mètres, au mont Audouze, sur le plateau de Millevaches — château d'eau du Limousin. Lorsqu'elle atteint Saillat, elle n'est plus qu'à environ 150 mètres d'altitude : la rivière a déjà dévalé l'essentiel de sa pente, et coule désormais large et régulière, idéale pour les usages industriels qui feront sa fortune locale. Quant à la confluence avec la Gorre, elle se trouve très exactement sur la limite des communes de Saillat et d'Étagnac — laquelle coïncide avec la frontière entre la Haute-Vienne et la Charente. Un point de carte où se rejoignent deux cours d'eau, deux communes et deux départements.

DonnéeValeur
Code postal / INSEE87720 / 87131
Département / RégionHaute-Vienne / Nouvelle-Aquitaine
Arrondissement / CantonRochechouart / Saint-Junien
Superficie6,29 km² (629 ha)
Altitude153 m à 254 m
Population840 habitants (2023) — les Saillatois
Densité~134 hab/km²
À voirAstroblème de Rochechouart, église Notre-Dame-des-Anges, la Vienne

Cinq voisines, deux départements

La commune est limitrophe de cinq voisines : Chaillac-sur-Vienne (son ancienne commune-mère), Rochechouart et Saint-Junien, toutes trois en Haute-Vienne ; ainsi que Chassenon et Étagnac, déjà en Charente. Cette position frontalière, à cheval sur le Limousin et l'Angoumois, a marqué toute son histoire — de la vicomté médiévale à l'industrie contemporaine.


Démographie

Une courbe rythmée par l'usine

La démographie de Saillat est indissociable de son usine. Née en 1928, la commune touche presque aussitôt son minimum historique — 780 habitants en 1936, juste après sa création. Puis, portée par l'essor de la papeterie au XXe siècle, la population grimpe jusqu'à un pic de 1 268 habitants en 1975. C'est le temps des embauches massives et des cités ouvrières.

AnnéePopulation
1931884 habitants
1936780 (minimum historique)
19621 005
19751 268 (pic historique)
1990962
1999905
2006822
2020799 (point bas récent)
2023840 habitants

Un reflux lent, puis un frémissement

Depuis 1975, la tendance s'est inversée, au rythme des mutations industrielles : la population a reculé d'environ un tiers, jusqu'à un point bas récent autour de 799 habitants en 2020. Depuis, un léger rebond se dessine : 813 en 2021, 826 en 2022, 840 en 2023. La densité, d'environ 134 habitants au km², reste élevée pour une commune rurale — signe du poids de l'habitat ouvrier concentré autour du site industriel, sur un territoire si réduit.

Le détail de la série révèle un reflux tout en paliers plutôt qu'un effondrement : 962 habitants en 1990, 905 en 1999, 822 en 2006, puis une longue stagnation autour de 832 habitants aux recensements de 2012 et 2017 — deux chiffres identiques à cinq ans d'écart, fait assez rare pour être noté. Au total, la commune a perdu environ 34 % de sa population depuis le pic de 1975, mais la dernière séquence s'inscrit en positif : entre 2017 et 2023, Saillat regagne des habitants, soit une progression d'environ +0,96 % sur la période. Modeste en valeur absolue, ce frémissement tranche avec des décennies de baisse — et avec le sort de bien des communes industrielles comparables.

Le profil est celui d'une commune rurale, hors unité urbaine, à la population un peu vieillissante mais sans excès. Rien d'un village agricole classique : ici, la courbe démographique épouse depuis un siècle celle de l'emploi industriel — montée jusqu'en 1975, reflux ensuite, stabilisation récente. Saillat vit, littéralement, au rythme de son usine.


Histoire

1928 : une commune née d'un conflit social

Voici le fait le plus singulier de Saillat : c'est la commune la plus récemment créée de la Haute-Vienne, officialisée le 2 janvier 1928 par démembrement de sa voisine Chaillac-sur-Vienne. Pour en comprendre la cause, il faut remonter à 1875, année de la création de la ligne de chemin de fer Limoges-Angoulême. Le hameau de Saillat, alors dépendant de Chaillac, se voit doté d'une gare. Cette infrastructure change tout : elle attire l'implantation d'une usine à proximité de la voie, et avec elle une population ouvrière qui s'installe et grandit vite.

Une gare, une usine, deux mondes

En quelques décennies, une véritable fracture se creuse au sein de la commune de Chaillac-sur-Vienne. À l'est, les agriculteurs continuent de vivre au rythme des terres. À l'ouest, autour de la gare et de l'usine, s'est constituée une population ouvrière, aux habitudes urbaines et aux intérêts économiques bien différents. Deux mondes cohabitent, sans se comprendre.

La grève, la facture, la rupture

La crise éclate dans les années 1920. Un mouvement de grève touche les ouvriers de l'usine, et le conflit dégénère : les grévistes détériorent les installations. Les propriétaires présentent alors la facture des réparations à la mairie de Chaillac, autorité communale de référence. C'est là que tout bascule : les agriculteurs de l'est refusent catégoriquement de payer pour des dégâts causés, à l'autre bout du territoire, par un conflit du travail qui ne les concerne en rien. Le désaccord, à la fois financier et identitaire, se révèle irréconciliable.

La seule issue fut radicale : séparer administrativement les deux populations. La commune de Saillat naît ainsi par scission, le 2 janvier 1928. C'est un cas rare au XXe siècle — la plupart des scissions communales sont bien plus anciennes et tiennent à la religion ou à la distance. Ici, la cause est purement socio-économique : la cohabitation devenue impossible entre un monde agricole traditionnel et un monde ouvrier naissant. Le nom, enfin, évoluera : c'est par un décret du 3 août 1953 que Saillat devient officiellement Saillat-sur-Vienne.


Géologie

L'astroblème : une collision cosmique sous les pieds

C'est l'élément le plus spectaculaire, et le moins visible, de l'histoire de Saillat : la commune se situe en bordure d'un authentique cratère météoritique, l'astroblème de Rochechouart-Chassenon. Le mot « astroblème » (littéralement « blessure d'étoile ») désigne la cicatrice laissée dans la croûte terrestre par l'impact d'un objet céleste, une fois l'érosion passée. Ici, il n'y a plus de cratère visible à l'œil nu — mais les roches, elles, en gardent la mémoire.

Brèche d'impact de l'astroblème de Rochechouart-Chassenon
Une brèche d'impact (impactite), roche née de la collision d'il y a 207 millions d'années. (Illustration.)

Un impact vieux d'environ 207 millions d'années

L'impact remonte à environ 207 millions d'années (fin du Trias), bien avant les grands dinosaures. L'objet responsable est généralement estimé à environ 1,5 km de diamètre. La structure résiduelle observée aujourd'hui mesure environ 19 à 23 km, tandis que les reconstitutions du cratère initial avancent environ 40 à 50 km. C'est l'un des plus grands sites d'impact d'Europe, et le seul astroblème connu de France.

La science récente a affiné ces chiffres avec une précision remarquable. La datation la plus fine situe l'impact à 206,9 ± 0,3 millions d'années, au Rhétien, tout dernier étage du Trias — soit environ 5,6 millions d'années avant la limite Trias-Jurassique et sa grande crise d'extinction : les deux événements, longtemps rapprochés, sont donc bien distincts. L'énergie libérée, elle, est estimée à quelque 283 000 mégatonnes de TNT. Selon les classements, Rochechouart-Chassenon figure parmi les cinq ou six plus grandes structures d'impact d'Europe — et sous les pieds des Saillatois, ce ne sont pas des collines ordinaires, mais le plancher déformé de ce cataclysme.

De la note de 1967 aux cônes de 1969

La preuve scientifique s'est construite en deux temps, souvent confondus. En 1967, le géologue français François Kraut rédige la note qui établit l'origine météoritique du site — mais c'est son confrère Jean Orcel qui la lit à l'Académie des sciences. Puis, en 1969, la découverte sur le terrain de « cônes de percussion » (shatter cones) — ces structures rocheuses striées qui ne se forment que sous des ondes de choc extrêmes — vient trancher définitivement le débat. Pour protéger ce patrimoine, la Réserve naturelle nationale de l'astroblème a été créée le 18 septembre 2008, sur une cinquantaine d'hectares répartis en une douzaine de sites, à cheval sur la Haute-Vienne et la Charente. On peut, ici, littéralement marcher sur les vestiges d'une catastrophe vieille de 200 millions d'années — et voir ses roches jusque dans les murs des villages voisins, comme à Chassenon.

L'histoire de cette découverte mérite d'ailleurs ses dates exactes, tant elles sont souvent confondues. La note fondatrice de Kraut est lue à l'Académie des sciences le 8 mai 1967 — et, ironie savoureuse, pas par son auteur : c'est Jean Orcel qui la présente à sa place. Les fameux cônes de percussion, eux, sont repérés sur le terrain le 8 août 1969. Deux ans séparent donc l'hypothèse écrite de sa preuve de terrain — un raccourci que les fiches en ligne fondent souvent en une seule date. Quant au cratère lui-même, il faut se rendre à l'évidence : après 200 millions d'années d'érosion, plus aucun relief ne le trahit. Le paysage l'a entièrement effacé ; seuls subsistent le socle déformé et le plancher de la structure, dont les impactites se lisent dans les pierres de construction des villages.


Patrimoine

Notre-Dame-des-Anges : une paroisse sans église

Conséquence directe et cocasse de cette naissance tardive : en 1928, la toute nouvelle commune de Saillat ne possède aucune église. Un comble pour une paroisse. Avant la scission, et jusqu'en 1919, les fidèles se contentaient d'une salle d'école reconvertie en chapelle ; ensuite, la situation devient plus rustique encore : les messes se tiennent en plein air, dans une prairie mise à disposition, faute de mieux.

Église Notre-Dame-des-Anges de Saillat-sur-Vienne
L'église Notre-Dame-des-Anges (1933-1934), bâtie sur le pré des messes en plein air. (Illustration.)

Dix mois de chantier sur le pré des messes

Il faut attendre le début des années 1930 pour que le problème soit résolu — et le détail est touchant : l'église est bâtie sur le pré même où l'on célébrait la messe à ciel ouvert. La première pierre de Notre-Dame-des-Anges est posée le 18 juin 1933 par Monseigneur Flocart, évêque de Limoges. Le chantier file : l'édifice est achevé en dix mois seulement et béni le 2 avril 1934, jour du lundi de Pâques.

Sur le plan architectural, l'église tranche avec les canons ruraux du Limousin. Sa nef rectangulaire de 25 mètres sur 8 se distingue par une voûte élancée, dessinée en forme de « vaisseau renversé » — image de l'Église comme nef portant les fidèles. L'extérieur, trapu, cache un intérieur baigné de lumière par des vitraux aux tons chauds, loin de la pénombre austère des sanctuaires romans voisins. Un choix moderne, presque audacieux pour une petite commune des années 1930, à la hauteur de son identité toute neuve.


Industrie

La papeterie : 130 ans d'industrie, et une singularité française

Impossible de raconter Saillat sans son industrie : c'est elle qui a fait naître la commune, et qui la fait vivre depuis. Mais là encore, il faut corriger un raccourci répandu. Le site ouvre en 1894 — non pas comme papeterie, mais comme tannerie (industrie du cuir). Ce n'est que dans les années 1920 qu'il se convertit à la pâte à papier. Le choix du lieu n'est pas un hasard : la Vienne fournit l'eau des procédés, et la forêt limousine, le bois.

Forêt limousine près de Saillat-sur-Vienne
La forêt limousine, réservoir de bois de la papeterie. (Illustration.)

De la tannerie au géant du papier

L'usine monte en puissance : sa capacité est décuplée en 1955, et elle « prend son envol » en 1963, ses papiers se vendant dans le monde entier. En 1989, elle est rachetée par le géant nord-américain International Paper, dont elle devient la principale unité européenne ; puis, en 2021, l'activité est transférée à Sylvamo, une entreprise née d'une scission d'International Paper. Sa singularité : c'est la seule usine de France à maîtriser toute la chaîne, du bois brut au papier fini. La plupart des sites papetiers achètent leur pâte ailleurs ; ici, tout se fait sur place — environ 1,4 million de tonnes de bois transformées par an, pour 320 000 tonnes de pâte, 240 000 tonnes de papier blanc et 95 millions de ramettes. Le site alimente une noria de 40 à 50 camions de bois par jour et est classé Seveso seuil bas.

Dans le détail, la production annuelle se répartit entre 240 000 tonnes de papier blanc et 22 000 tonnes de papier couleur, conditionnées notamment en 95 millions de ramettes A4 et A3 — de quoi mesurer combien un simple paquet de papier de bureau a des chances d'être passé par ce coin du Limousin. Le bois, lui, descend en continu du plateau de Millevaches, à l'autre bout du département, dans cette noria quotidienne de camions qui rythme les routes locales.

La papeterie de Saillat en chiffresValeur
Ouverture du site (tannerie)1894
Conversion à la pâte à papierannées 1920
Bois transformé~1,4 million de tonnes/an
Pâte produite~320 000 t/an
Papier blanc / couleur240 000 t / 22 000 t par an
Ramettes A4-A3~95 millions/an
Emplois directs / indirects~600 / ~4 000 (donnée 2019)
Approvisionnement40 à 50 camions de bois/jour

Deux usines, et un pari sur le carburant du futur

Son poids économique est considérable : environ 600 emplois directs et près de 4 000 emplois indirects dans tout le Limousin (sylviculture, transport, maintenance). À noter qu'une seconde usine, distincte, est également implantée à Saillat — celle de Smurfit Kappa, tournée vers le carton ondulé à partir de papiers recyclés. LICHEN est un projet de production d’hydrogène, de e-méthanol et de carburant d’aviation de synthèse à Saillat-sur-Vienne et Étagnac. Au 11 juin 2026, il était encore présenté comme un projet en développement dans une question publiée par le Sénat. Le dernier état procédural officiel identifié est la décision de la CNDP du 1er octobre 2025 : la concertation préalable est close et un garant veille à l’information du public jusqu’à l’ouverture de l’enquête publique.

L'usine Smurfit Kappa, implantée à Saillat depuis 1880 — soit avant même la tannerie de 1894 —, travaille en aval : elle produit du carton ondulé à partir de papiers recyclés, complémentaire de la filière vierge de Sylvamo.


Histoire

Avant 1928 : la vicomté de Rochechouart

Avant même d'exister comme commune, le territoire de Saillat dépendait d'un ensemble féodal prestigieux : la vicomté de Rochechouart. Sa maison n'est pas seulement « l'une des plus anciennes seigneuries de France » — elle est la plus ancienne famille noble française subsistante après les Capétiens, capable de prouver sa filiation depuis 980 et ayant fêté son millénaire en 1980.

Château de Rochechouart dominant une vallée boisée
Le château de Rochechouart, berceau de la vicomté (commune voisine). (Illustration.)

Aimery, dit « Ostofrancus », et la dot de 980

Le fondateur, Aimery (surnommé « Ostofrancus »), devient premier vicomte de Rochechouart vers 980, en épousant Ève Taillefer, fille du comte d'Angoulême, qui lui apporte ces terres en dot. Fait notable, la vicomté relevait non du Limousin voisin mais de la province du Poitou : ses vicomtes étaient vassaux du comte de Poitiers, tout en jouissant d'une large autonomie sur cette zone frontière.

Guerres anglaises et charte de 1296

Cette maison est restée globalement fidèle au roi de France pendant les guerres franco-anglaises. L'épisode le plus dramatique : la mort de Jean de Rochechouart, tué en 1356 à la bataille de Poitiers en protégeant le roi Jean II le Bon. Après le traité de Brétigny (1360), la région passe brièvement à l'Angleterre ; mais dès 1372-1373, Louis de Rochechouart, conseiller et chambellan de Charles V, participe activement, aux côtés de Du Guesclin, à la reconquête du Poitou et du Limousin. Autre trait remarquable, plus social : en 1296, le vicomte Aimery XI promulgue une charte d'affranchissement qui abolit impôts directs et corvées — une audace pour l'époque, qui restera en vigueur jusqu'à la Révolution, soit près de cinq siècles.

Quelques précisions valent d'être fixées, car les récits locaux les brouillent volontiers. Le traité de Brétigny est signé le 8 mai 1360 et attribue à l'Angleterre le Poitou et le Limousin — mais Rochechouart elle-même n'est livrée aux Anglais qu'en 1362, deux ans plus tard. Ève Taillefer, l'épouse d'Aimery, est fille de Guillaume II, comte d'Angoulême — d'où la dot de Rochechouart, terre charnière entre Angoumois et Limousin. Le rattachement féodal de la vicomté au comté de Poitou, contesté au fil des siècles, ne sera définitivement tranché que par un jugement de 1468. Et la fameuse charte de 1296 abolissait précisément la taille, la quête et les corvées — les prélèvements seigneuriaux les plus lourds —, ce qui explique sa longévité exceptionnelle dans la mémoire locale.


Nature

La Vienne, le bocage et le nom de Saillat

Au-delà de son usine et de son cratère, Saillat est d'abord un pays de rivière et de bocage. La Vienne, ici, est encore une rivière limousine paisible, bordée de saules et d'aulnes, ponctuée de seuils — un paysage d'eau qui a fixé, dès l'origine, l'implantation du bourg puis de son industrie. Autour, le bocage du Limousin occidental déroule ses petits champs bordés de haies, ses prés à bétail et ses fermes de granite à toit d'ardoise.

La Vienne et ses berges boisées à Saillat-sur-Vienne
La Vienne, rivière qui a fixé le bourg et son industrie. (Illustration.)

Salhac, un nom venu de l'Antiquité

Quant au nom « Saillat », il vient de la forme occitane Salhac, bâtie sur le suffixe -acum, d'origine gauloise puis latinisée — celui-là même qui a donné les innombrables noms en « -ac » du Limousin, du Périgord et de la Charente. Ces toponymes désignent en général le domaine d'un propriétaire gallo-romain ; l'étymologie précise de Salhac n'étant pas documentée pour la commune, on restera prudent : probablement le domaine d'un possesseur antique, dont le nom s'est perdu. Le complément « -sur-Vienne », lui, n'a été ajouté qu'en 1953, pour préciser la localisation.

Ce cadre naturel, longtemps simple décor de l'aventure industrielle, est aussi un atout : sentiers le long de la Vienne, forêts limousines, et la proximité de la Réserve naturelle de l'astroblème, dont plusieurs sites se visitent dans les environs. Un pays discret, où la nature et l'histoire se répondent à chaque détour.


Accès

Venir de Bordeaux : distances et accès

Saillat-sur-Vienne bénéficie d'un atout hérité de son histoire : une gare sur la ligne ferroviaire Limoges-Angoulême, en service depuis 1875 — celle-là même qui fit naître l'usine, puis la commune. Depuis Bordeaux, comptez environ 187 km et 2h30 par la route. Bonne surprise : Limoges n'est qu'à ~42 km (35 min) — bien plus proche que ce qu'indiquent souvent les fiches en ligne, qui confondent distance à vol d'oiseau et distance réelle.

Depuis / versDistanceTemps
Bordeaux → Saillat-sur-Vienne~187 km~2h30
Limoges (préfecture)~42 km~35 min
Rochechouart~5 km~8 min
Saint-Junien~7 km~10 min
Angoulême~71 km~1h00

Sur place, on rayonne facilement : Rochechouart et son château (siège de la vicomté) à ~5 km, Saint-Junien et sa collégiale à ~7 km, et surtout les sites de la Réserve naturelle de l'astroblème, à cheval sur la Haute-Vienne et la Charente — notamment le musée de la météorite à Rochechouart et le site gallo-romain de Chassenon (Cassinomagus), bâti avec les roches d'impact.

Pour une journée de découverte dans ce coin méconnu du Limousin — Saillat, son cratère et son patrimoine industriel, Rochechouart, Saint-Junien, Chassenon — sans se soucier de l'itinéraire ni du stationnement, un chauffeur privé au départ de Bordeaux permet d'enchaîner les étapes en porte-à-porte, à son rythme. Un devis fixe et écrit est fourni avant le départ.


FAQ

Questions fréquentes

Où se trouve Saillat-sur-Vienne ?

Dans le nord-ouest de la Haute-Vienne, en Limousin (Nouvelle-Aquitaine), à la frontière de la Charente, dans l'arrondissement de Rochechouart et le canton de Saint-Junien. Code postal 87720. C'est une petite commune d'environ 840 habitants sur seulement 6,29 km², à quelque 187 km (2h30) de Bordeaux et 42 km de Limoges.

Pourquoi Saillat-sur-Vienne est-elle « la dernière née » des communes de Haute-Vienne ?

Parce qu'elle est la commune la plus récemment créée du département par scission (ex nihilo), officialisée le 2 janvier 1928 par démembrement de Chaillac-sur-Vienne. Depuis, les seules créations sont des communes nouvelles issues de fusions, de nature différente. Saillat conserve donc ce statut singulier de dernière commune née d'une séparation.

Pourquoi Saillat et Chaillac se sont-elles séparées en 1928 ?

À cause d'un conflit social. Dans les années 1920, des ouvriers de l'usine, en grève, détériorent les installations ; les propriétaires présentent la facture des réparations à la mairie de Chaillac-sur-Vienne. Les agriculteurs de la partie est refusent de payer pour un conflit du travail qui ne les concerne pas. Ce désaccord irréconciliable a conduit à séparer administrativement le monde ouvrier (autour de l'usine) du monde agricole.

Qu'est-ce que l'astroblème de Rochechouart-Chassenon ?

C'est la cicatrice géologique laissée par l'impact d'un astéroïde d'environ 1,5 km de diamètre, il y a près de 207 millions d'années. Le cratère d'origine mesurait environ 40 à 50 km (la structure résiduelle visible aujourd'hui, 19 à 23 km). C'est le seul astroblème connu de France, protégé depuis 2008 par une réserve naturelle nationale. Le cratère lui-même a disparu, effacé par l'érosion : seules les roches en gardent la trace.

Depuis quand existe l'usine papetière de Saillat-sur-Vienne ?

Le site ouvre en 1894 — d'abord comme tannerie (industrie du cuir) —, puis se convertit à la pâte à papier dans les années 1920. Il a été racheté par International Paper en 1989, puis transféré à Sylvamo en 2021. C'est aujourd'hui la seule usine de France à maîtriser toute la chaîne, du bois brut au papier fini, avec environ 600 emplois directs.

Quand l'église de Saillat a-t-elle été construite ?

La première pierre de l'église Notre-Dame-des-Anges a été posée le 18 juin 1933 par Monseigneur Flocart, évêque de Limoges ; l'édifice, achevé en dix mois, a été béni le 2 avril 1934, jour du lundi de Pâques. Fait touchant, elle a été bâtie sur le pré même où, faute d'église, on célébrait jusque-là la messe en plein air.

Combien coûte un trajet Bordeaux → Saillat-sur-Vienne en chauffeur privé ?

À partir de 322 € pour le trajet aller, en porte-à-porte, pour 1 à 3 passagers (véhicule éco) — tarif indicatif pour ~187 km et environ 2h30 de route. Le prix exact dépend de l'horaire, du véhicule (berline ou van jusqu'à 7 passagers) et des arrêts souhaités. Un devis fixe et écrit est fourni avant le départ.

Qui étaient les vicomtes de Rochechouart ?

La maison de Rochechouart est la plus ancienne famille noble française subsistante après les Capétiens, dont la filiation est prouvée depuis 980. Le fondateur, Aimery, devint vicomte en épousant Ève Taillefer, fille du comte d'Angoulême. La vicomté, vassale du comté de Poitou, a régné sur le territoire de l'actuel Saillat pendant près de mille ans, avec des figures comme Jean de Rochechouart, mort à Poitiers en 1356.

Peut-on voir le cratère de la météorite à Saillat-sur-Vienne ?

Non : après environ 200 millions d'années d'érosion, le cratère n'a plus aucun relief visible — le paysage l'a entièrement effacé. Ce qui subsiste, c'est le plancher déformé de la structure et ses roches d'impact (impactites, brèches, cônes de percussion), protégées depuis 2008 par la Réserve naturelle nationale de l'astroblème, répartie sur une douzaine de sites entre Haute-Vienne et Charente. On peut aussi repérer ces roches dans les murs des villages voisins, notamment à Chassenon, et visiter le musée de la météorite à Rochechouart.

Qu'est-ce que le projet e-SAF prévu à Saillat-sur-Vienne ?

LICHEN est un projet de production d’hydrogène, de e-méthanol et de carburant d’aviation de synthèse à Saillat-sur-Vienne et Étagnac. Au 11 juin 2026, il était encore présenté comme un projet en développement dans une question publiée par le Sénat. Le dernier état procédural officiel identifié est la décision de la CNDP du 1er octobre 2025 : la concertation préalable est close et un garant veille à l’information du public jusqu’à l’ouverture de l’enquête publique.

Saillat-sur-Vienne est-elle desservie par le train ?

Oui : la commune dispose d'une gare sur la ligne Limoges-Angoulême, mise en service en 1875. Cette gare est même à l'origine du développement de Saillat, puisqu'elle a permis l'implantation de l'usine, puis, indirectement, la création de la commune en 1928. Limoges n'est qu'à environ 42 km.

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Sources

Sources et références

Article mis à jour en juillet 2026.

Réservation 24h/24

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Trajet direct depuis Bordeaux (~2h30) vers Saillat-sur-Vienne et le pays de Rochechouart, arrêts libres en chemin — Rochechouart, Saint-Junien, le site de Chassenon. Devis fixe par écrit sous 30 minutes, berline ou van 8 places, chauffeur anglophone.

Vallée de la Vienne et village de Saillat-sur-Vienne
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