Saint-Privat-des-Prés, une église-prieuré du Ribéracois
Une ancienne commune devenue déléguée en 2017, une église hors normes : romane, fortifiée, classée Monument historique dès 1854, c'est l'ancienne abbatiale d'un prieuré bénédictin rattaché à Aurillac, par lequel passa le futur pape Clément V. Sa façade saintongeaise porte un portail à huit voussures. À ~1h29 de Bordeaux.
Saint-Privat-des-Prés en bref
Saint-Privat-des-Prés est une commune déléguée de Saint Privat en Périgord, dans le Ribéracois, en Dordogne. Son principal monument est l’église Saint-Privat, ancienne église d’un prieuré bénédictin du XIIe siècle dépendant de l’abbaye Saint-Géraud d’Aurillac. L’édifice est fortifié et sa façade romane saintongeaise possède un portail à huit voussures. L’église est protégée au titre des monuments historiques ; la notice POP mentionne un avis de classement en 1854 et une notice de 1862. En 1304, Bertrand de Got, alors archevêque de Bordeaux et futur pape Clément V, visita le prieuré pendant une tournée pastorale. Depuis Bordeaux, le guide retient environ 97 km et 1 h 29 de route, avec un transfert VTC visible dès 178 € l’aller simple. Le village ne dispose pas de gare voyageurs. Les correspondances routières et les conditions d’ouverture de l’église doivent être vérifiées auprès des services locaux avant le départ.
- Saint-Privat-des-Prés (les Saint-Privatois) est un village du Ribéracois, en Dordogne (24410) — depuis 2017, commune déléguée de la commune nouvelle de Saint Privat en Périgord (code INSEE 24490).
- L'ancien périmètre communal comptait 565 habitants en 2014, dernier millésime INSEE antérieur à la fusion ; les chiffres postérieurs concernent la commune nouvelle de Saint Privat en Périgord (INSEE).
- Son joyau : une église romane fortifiée classée Monument historique dès 1854 — ancienne église d'un prieuré bénédictin du XIIe siècle, rattaché à l'abbaye Saint-Géraud d'Aurillac (à 200 km de là) (notice POP).
- Sa façade de type roman saintongeais présente un portail monumental à huit voussures sculptées, et une épaisseur de 3 mètres aménagée en couloir de défense.
- En 1304, le prieuré reçut la visite de Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux — le futur pape Clément V. Les Archives départementales de la Gironde conservent l'inventaire de cette tournée pastorale de 1304.
- Le nom honore saint Privat, évêque de Mende martyrisé au IIIe siècle ; le complément « des Prés » n'a été ajouté qu'en 1993.
- L'église conserve un mobilier rare, hérité de la commanderie des Antonins — dont une Vierge marquée du tau de l'ordre hospitalier de Saint-Antoine.
- Depuis Bordeaux : ~97 km, environ 1h29 par la route — dès 178 € en chauffeur privé. Pas de gare (Ribérac à ~12 km).
Avant de partir : ce que Saint-Privat-des-Prés est vraiment
Sur la place du village, l'église impose sa masse de pierre blonde. Ses murs épais, son niveau fortifié percé de meurtrières au-dessus des voûtes et sa façade au portail à huit voussures rappellent l'importance de l'ancien prieuré bénédictin. Saint-Privat-des-Prés est aujourd'hui une commune déléguée de Saint Privat en Périgord ; le futur pape Clément V passa par ce prieuré lors de sa tournée de 1304.
Saint-Privat-des-Prés est un village du Ribéracois, aux confins de la Dordogne et de la Charente. Son intérêt tient presque entièrement à un monument : son église romane fortifiée, l'une des plus remarquables du nord du Périgord, vestige d'un prieuré bénédictin puissant. Autour, un village qui fut jadis peuplé (plus de 1 600 habitants au début du XIXe siècle), aujourd'hui paisible, riche d'un patrimoine civil discret — maisons fortes, châteaux, lavoir.
Ce guide sépare le vérifié du recopié. On lit parfois que le pic de population fut « 1 317 en 1856 » (c'était déjà le déclin — le vrai sommet est 1800), que la commanderie des Antonins était « à Aubeterre » (elle était en réalité sur la commune voisine de Saint-Antoine-Cumond), ou que le statut de commune déléguée aurait été supprimé (il est toujours en vigueur). Nous nous appuyons sur le solide : le classement MH de 1854, le rattachement à Aurillac, la visite de 1304.
Côté accès, le village est à l'écart et ne possède pas de gare voyageurs. On y vient par la route, à ~1h29 de Bordeaux. Vérifiez les gares et points d'arrêt disponibles dans l'annuaire officiel TER Nouvelle-Aquitaine avant d'organiser une correspondance. Pour découvrir l'église et le Ribéracois roman sans contrainte, ou combiner avec Aubeterre-sur-Dronne toute proche, un chauffeur privé depuis Bordeaux reste la solution la plus simple en porte-à-porte.
Un village du Ribéracois, commune déléguée depuis 2017
Saint-Privat-des-Prés se situe dans le quart nord-ouest de la Dordogne, en Ribéracois, à la frontière de la Charente (l'une de ses communes voisines, Bonnes, est d'ailleurs déjà charentaise). Le territoire, de 19,63 km², présente un relief vallonné typique — entre 35 et 132 mètres —, bordé au sud par la Rizonne et à l'est par son affluent le Pontet, en lisière de la grande forêt de la Double.
Cinq voisines, dont une déjà charentaise
En 2016, dernière année de son existence comme commune indépendante, Saint-Privat-des-Prés comptait cinq communes limitrophes : Saint-Antoine-Cumond, Festalemps, Saint-Vincent-Jalmoutiers, Saint Aulaye-Puymangou — et Bonnes. Cette dernière a une particularité qui dit tout de la position du village : elle est en Charente (département 16), et non en Dordogne. Saint-Privat-des-Prés est donc littéralement une commune de bordure départementale, posée sur l'ancienne route qui reliait le Limousin à Bordeaux. Cette situation de charnière explique bien des choses : les influences architecturales saintongeaises venues de l'ouest, les liens anciens avec Aubeterre-sur-Dronne côté charentais, et ce sentiment, quand on y circule, de passer sans cesse d'un pays à l'autre sans qu'aucun panneau ne le signale vraiment.
Commune déléguée depuis 2017
Un point à clarifier, car il prête à confusion. Saint-Privat-des-Prés a existé comme commune indépendante jusqu'au 31 décembre 2016. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2017, elle est une commune déléguée de la commune nouvelle de Saint Privat en Périgord, née de sa fusion avec Festalemps et Saint-Antoine-Cumond (indicatif du 26 septembre 2016). Saint-Privat-des-Prés en reste le chef-lieu. Attention aux codes : « 24410 » est le code postal ; le code INSEE est 24490 (celui de la commune nouvelle). Le village relève de l'arrondissement de Périgueux, du canton de Montpon-Ménestérol et de la Communauté de communes du Pays de Saint-Aulaye.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Code postal / INSEE | 24410 / 24490 |
| Statut | Commune déléguée de Saint Privat en Périgord (2017) |
| Région naturelle | Ribéracois (Dordogne) |
| Superficie | 19,63 km² |
| Altitude | 35 m à 132 m |
| Population | 565 habitants (2014, ancien périmètre communal) — les Saint-Privatois |
| Pic historique | 1 666 habitants (1800) |
| À voir | Église romane fortifiée classée MH (1854) |
Deux siècles d'exode rural, chiffres en main
La démographie raconte l'exode rural du Périgord. Contrairement à ce qu'on lit parfois, le maximum ne fut pas 1856 (1 317 habitants, déjà en recul) mais 1800, avec 1 666 âmes. L'INSEE recensait 565 habitants en 2014 sur l'ancien périmètre communal, avant la fusion. Les données postérieures portent sur la commune nouvelle et ne doivent pas être comparées directement à cette série locale. C'est le visage d'une France rurale d'avant la mécanisation, où chaque hameau abritait des familles nombreuses vivant de la polyculture.
| Année | Population |
|---|---|
| 1793 | 1 430 habitants |
| 1800 | 1 666 (maximum historique) |
| 1856 | 1 317 |
| 1921 | 693 (creux de l'après-Grande Guerre) |
| 2016 | 530 (dernière année de commune indépendante) |
| 2019 | 565 (2014, ancien périmètre) |
Détail éclairant : la chute la plus brutale n'est pas due aux guerres du XXe siècle. Entre 1800 et 1806, la commune perd déjà plus de 200 habitants — bien avant 1914. C'est le signe d'un peuplement rural qui avait atteint, au début du XIXe siècle, un maximum que les campagnes ne pouvaient plus nourrir durablement. Les chiffres publiés après la fusion concernent la commune nouvelle de Saint Privat en Périgord dans son ensemble ; pour l'ancien périmètre de Saint-Privat-des-Prés, le dernier millésime comparable indiqué par l'INSEE est 2014.
Saint Privat, un évêque martyr — et « des Prés » en 1993
Le nom du village honore saint Privat, premier évêque de Mende, en Gévaudan (l'actuelle Lozère), martyrisé au IIIe siècle. L'histoire, rapportée par Grégoire de Tours, situe les faits vers 255-260 : la Gaule est envahie par les Alamans ; l'évêque Privat, retiré dans une grotte, est capturé et sommé de livrer son peuple réfugié dans la forteresse de Grèzes. Il refuse, est roué de coups et meurt de ses blessures. Sa fête est célébrée le 21 août, et il reste le saint patron du diocèse de Mende. Son culte, diffusé par les réseaux monastiques, explique qu'un prieuré du Périgord, à des centaines de kilomètres de Mende, lui ait été dédié.
Un récit à lire comme une tradition
Il faut ici être honnête avec les sources : ce récit relève de la tradition hagiographique plus que de l'histoire documentée. Les dates elles-mêmes (vers 255-260) sont, de l'aveu des historiens, sujettes à caution, et l'existence du chef alaman Chrocus, qui aurait mené l'invasion, n'a jamais été réellement prouvée. Grégoire de Tours, notre principale source, écrit d'ailleurs simplement que Privat était « évêque du pays des Gabales » — c'est-à-dire du Gévaudan —, sans que le siège de Mende soit formellement établi à cette époque. Ce qui est sûr, en revanche, c'est la fortune du culte : saint Privat, figure du bon pasteur refusant de livrer son peuple, a essaimé dans toute la France méridionale. Sa fête, le 21 août, a même laissé une trace dans la sagesse populaire occitane du village : « Per Sent Privat, las auganhas córron pels valats », dit le proverbe local — un de ces dictons calendaires qui rattachaient chaque saint à un moment de l'année paysanne.
« Des Prés » : un ajout de 1993
Ce qu'on sait moins, c'est que le village s'est appelé simplement « Saint-Privat » pendant des siècles. Ce n'est qu'en 1993 (décret du 7 octobre, publié au Journal officiel du 14 octobre) qu'il devint officiellement « Saint-Privat-des-Prés » — un complément géographique destiné à le distinguer des nombreuses autres communes françaises homonymes (il y a plusieurs Saint-Privat, notamment en Lozère et en Corrèze). En occitan, le village se nomme Sent Privat daus Prats.
Un prieuré bénédictin classé, et la visite d'un futur pape
C'est le monument qui fait la réputation du village bien au-delà du Ribéracois. L'église Saint-Privat est une église romane fortifiée, classée au titre des Monuments historiques dès 1854. À l'origine, ce n'était pas une simple église paroissiale, mais un prieuré conventuel bénédictin, bâti dans la première moitié du XIIe siècle, dont la première mention écrite figure en 1180 dans le cartulaire de l'abbaye de La Sauve-Majeure, près de Bordeaux.
Une dépendance lointaine d'Aurillac
Fait notable : le prieur de Saint-Privat était à la collation de l'abbé d'Aurillac — c'est-à-dire que c'est l'abbaye Saint-Géraud d'Aurillac, dans le Cantal, à plus de 200 km de là, qui nommait le prieur du lieu. Ce lien est confirmé par une bulle du pape Nicolas IV (vers 1289), attestant que Sanctus Privatus dépend bien de Saint-Géraud. L'historien Jean Secret, grand spécialiste des églises du Périgord, l'a souligné : une église de cette ampleur dans un si petit village ne s'explique que par son appartenance à un ordre monastique puissant. Saint-Privat compte d'ailleurs parmi les rares églises à collatéraux (bas-côtés) du Périgord — toutes, sans exception, d'origine monastique.
Cette bulle de 1289 donne d'ailleurs la mesure du réseau dans lequel s'inscrivait le village : Nicolas IV y confirme à l'abbaye d'Aurillac plus de cent prieurés, répartis dans dix-sept diocèses. Saint-Privat n'était donc qu'une maille — mais une maille solide — d'une toile monastique tendue sur tout le sud de la France, depuis le Cantal jusqu'aux confins de la Saintonge. Pour un voyageur du XIIIe siècle, ce prieuré du Ribéracois était une étape identifiée d'un ensemble bien plus vaste, avec ses circulations de moines, de prieurs nommés depuis Aurillac et de revenus qui remontaient vers l'abbaye mère. C'est ce statut, et non la taille du bourg, qui explique l'ampleur presque déraisonnable de l'église.
1304 : la visite de Bertrand de Got
Un épisode donne au lieu un relief particulier. En 1304, Bertrand de Got, alors archevêque de Bordeaux, visite le prieuré de Saint-Privat lors d'une tournée pastorale du diocèse de Périgueux (le compte-rendu de cette inspection a été publié au Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, en 1885). Or, l'année suivante, en 1305, ce même Bertrand de Got — né près de Villandraut, en Gironde — devient le pape Clément V, celui qui installera la papauté à Avignon. Le futur souverain pontife est donc passé, en simple archevêque, par ce prieuré rural du Ribéracois.
La chronologie mérite d'être précisée, car elle donne à l'épisode toute sa saveur. Bertrand de Got, né vers 1264 près de Villandraut, est élu pape le 5 juin 1305 — un an à peine après son passage à Saint-Privat — et ne s'installera définitivement à Avignon que le 9 mars 1309. C'est donc bien un pape d'origine girondine, familier de ces terres entre Bordelais et Périgord, qui a arpenté le prieuré : sa tournée pastorale de 1304 dans le diocèse de Périgueux n'avait rien d'exceptionnel pour un archevêque de Bordeaux, mais le hasard de l'histoire en a fait, rétrospectivement, la visite d'un futur souverain pontife. Le compte-rendu de cette inspection, exhumé par l'érudit Augustin Charbonnel et publié en 1885 dans le Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, en garde la trace précise.
Trois siècles de pierre et un portail à huit voussures
L'architecture de l'église raconte une construction en trois phases. Du début du XIIe siècle datent le mur sud et le mur nord du transept ; de la fin du XIIe, le reste de l'édifice ; et du début du XIVe siècle, au seuil de la guerre de Cent Ans, la partie supérieure fortifiée — des chambres de défense aménagées au-dessus des voûtes, accessibles par un escalier à vis. C'est cette phase tardive qui donne à l'église son allure de forteresse.
1563 : l'incendie des guerres de Religion
L'église connut des heures sombres. Blaise de Monluc, le fameux capitaine catholique, est signalé à Saint-Privat en 1562 ; l'année suivante, en 1563, l'édifice est incendié pendant les guerres de Religion, et le clocher qui reposait sur la croisée est détruit (on en observe encore la base sous la toiture actuelle). Il faudra attendre le XVIIe siècle pour une reconstruction d'ampleur, menée entre 1632 et 1651 : les voûtes de la nef sont refaites, vraisemblablement dans le même style que celles détruites.
La façade saintongeaise et ses huit voussures
Le clou de la visite reste la façade occidentale, de type roman saintongeais — ce style né en Saintonge (l'actuelle Charente-Maritime) qui a largement essaimé dans le nord du Périgord et la Charente. Elle est remarquable par son épaisseur : trois mètres, assez pour y ménager un couloir de défense interne. Son portail monumental se compose de huit voussures en plein cintre, ornées tour à tour de tores, de gorges et de motifs en dents de scie — un décor que l'on retrouve à l'abbatiale d'Aulnay-de-Saintonge ou à l'église de Rioux. La pierre, très érodée, avait perdu presque tous ses motifs ; la façade a été entièrement restaurée en 1998 par les Compagnons du Devoir, qui ont resculpté un décor cohérent avec le répertoire régional. L'édifice mesure 34,78 m de long sur 11,80 m de large, avec une nef à trois travées voûtées en berceau brisé, flanquée de deux collatéraux étroits.
Un classement à deux dates
Petite curiosité administrative pour finir : les sources officielles elles-mêmes hésitent sur la date exacte du classement. La base Mérimée du ministère de la Culture mentionne à la fois un avis de classement du 24 juillet 1854 et un classement par la liste de 1862, tandis que l'Inventaire général retient 1854. La lecture la plus cohérente est que 1854 correspond à l'avis initial et 1862 à la liste qui l'a entériné. Quelle que soit la date retenue, l'essentiel demeure : l'église figure parmi les monuments protégés dès les toutes premières campagnes de classement du XIXe siècle, à l'époque où la France de Mérimée découvrait et sauvait son patrimoine roman — un brevet d'importance pour une église de village.
Un mobilier hérité de la commanderie des Antonins
Fait peu connu : une partie du mobilier de l'église ne vient pas du prieuré bénédictin lui-même, mais de la commanderie des Antonins — l'ordre hospitalier de Saint-Antoine, qui soignait notamment le « mal des ardents ». Cette commanderie se trouvait au lieu-dit Mirand, non pas à Aubeterre comme on le lit parfois, mais sur la commune voisine de Saint-Antoine-Cumond (côté Périgord). Vendue comme bien national à la Révolution, son église fut détruite par un incendie en 1830 — ce qui explique le transfert de son mobilier vers Saint-Privat.
Le tau, signature des hospitaliers
On trouve ainsi dans l'église un autel du XVIIe siècle (dans l'absidiole nord, surmonté d'une Vierge à l'Enfant en bois polychrome marquée du tau des Antonins — le « T » symbolisant la béquille des infirmes qu'ils soignaient), un autel du XVIIIe, une cuve baptismale octogonale à feuilles d'acanthe, et un bénitier creusé dans une colonne gallo-romaine. L'église conserve aussi deux tableaux — un Christ en croix et un chemin de croix — du peintre Louis-Jean Beaupuy (1896-1974), installé à Saint-Privat et formé auprès de Fernand Cormon à l'École des beaux-arts de Paris.
Ce Beaupuy mérite qu'on s'y arrête un instant. Né à Elbeuf, en Normandie, en 1896, passé par l'atelier de Fernand Cormon — le maître qui forma toute une génération de peintres à Paris —, il finit sa vie à Saint-Privat, où il meurt en 1974. Son chemin de croix n'est pas un simple tableau mais un ensemble complet de stations qui rythme les murs de l'église, dialoguant curieusement avec le mobilier ancien des Antonins. Quant au tau qui marque la Vierge de l'absidiole nord, il n'est pas un ornement décoratif : ce « T » était l'emblème même de l'ordre de Saint-Antoine, symbolisant la béquille des infirmes que les frères hospitaliers soignaient. C'est lui qui authentifie, mieux qu'aucun document, l'origine hospitalière de cette statue — la signature discrète d'un ordre disparu.
Maisons fortes et châteaux : un patrimoine civil discret
Au-delà de l'église, le village conserve plusieurs demeures qui témoignent de son passé seigneurial. Le château de la Mothe date du XIIIe siècle, remanié au XVIIe. Au cœur du bourg se dresse un château-logis des XVIIIe-XIXe siècles, doté d'un parc paysager remarquable. Un peu plus loin, le château de la Meynardie (début XVIIe) a longtemps abrité un centre hospitalier.
Deux « prieurés » à ne pas confondre
Il faut ici lever une confusion fréquente. Derrière la mairie se dresse une maison forte du XIIIe siècle, traditionnellement appelée « Prieuré de Saint-Privat », dotée d'une haute tour-pigeonnier caractéristique. Mais le véritable prieuré bénédictin jouxtait l'église elle-même : cette maison forte, malgré son nom, en est distincte (elle était sans doute liée aux dépendances du domaine prioral). Sur la place, un petit musée de la vie du village conserve la mémoire des usages ruraux traditionnels du Ribéracois.
Un médaillé olympique mort au village
Curiosité : le village a vu mourir un champion olympique. Le boxeur Xavier Eluère (1897-1967), décédé à Saint-Privat, fut champion de France des poids lourds et remporta la médaille de bronze aux Jeux olympiques d'Anvers, en 1920 — une gloire sportive inattendue pour un si petit village.
Eluère fut au sommet de la boxe française de l'immédiat après-guerre : champion de France des poids lourds en 1920 puis à nouveau en 1921, il monta sur le podium olympique d'Anvers la même année que son premier titre national. Qu'un tel athlète ait choisi de finir ses jours dans ce village du Ribéracois ajoute une note singulière au patrimoine local — au même titre, d'ailleurs, que le château de la Meynardie, à environ 1,5 km à l'est du bourg, dont la vocation hospitalière prolonge à sa manière, quatre siècles plus tard, la tradition de soin qu'incarnaient jadis les Antonins de la commanderie voisine.
Que voir autour de Saint-Privat-des-Prés
Saint-Privat-des-Prés est une base idéale pour explorer un secteur méconnu, à la charnière du Ribéracois (Périgord) et de la Charente — l'une de ses communes voisines, Bonnes, est d'ailleurs déjà charentaise. La grande forêt de la Double, ses pins, ses châtaigniers et ses étangs, s'étend tout près, tandis que la vallée de la Dronne déroule au sud ses villages de pierre. Voici les distances routières réelles depuis le village :
| Destination | Distance / temps depuis Saint-Privat | Intérêt |
|---|---|---|
| Aubeterre-sur-Dronne | ~8 km · ~10 min | Plus Beaux Villages de France, église monolithe souterraine (la plus grande d'Europe) |
| Saint-Aulaye | ~10 km · ~13 min | Bastide sur la Dronne, siège de l'intercommunalité, base de loisirs |
| Ribérac | ~12 km · ~15 min | Capitale du Ribéracois, grand marché du vendredi, patrie d'Arnaut Daniel |
| Chalais | ~15 km · ~18 min | Château des Talleyrand-Périgord (Charente) |
| Bergerac | ~45 km · ~50 min | Cyrano, vieille ville, vignoble et gabarres |
| Périgueux | ~55 km · ~1 h | Vesunna gallo-romaine, cathédrale Saint-Front |
Le coup de cœur immédiat est Aubeterre-sur-Dronne, à un quart d'heure : ses maisons blanches étagées à flanc de falaise, classées parmi les Plus Beaux Villages de France, et surtout son église monolithe Saint-Jean, entièrement creusée dans le roc — la plus vaste église souterraine d'Europe. Plus largement, le Ribéracois est le pays des églises romanes à coupoles, un ensemble d'édifices du XIIe siècle que l'on découvre de village en village. Une campagne authentique, à l'écart des grands flux touristiques du Périgord noir.
Venir à Saint-Privat-des-Prés depuis Bordeaux
Environ 97 km par la route depuis Bordeaux, soit environ 1 h 29 selon les conditions de circulation. Le village est à l'écart, sans gare : la plus proche est celle de Ribérac, à ~12 km, mais elle n'a plus de desserte voyageurs. L'accès se fait donc par la route.
| Mode | Durée | Coût indicatif | Détail |
|---|---|---|---|
| Chauffeur privé (VTC) | ~1h29 | dès 178 € · aller simple | Porte-à-porte depuis Bordeaux, arrêts libres (Aubeterre, Ribérac) |
| Voiture personnelle | ~1h29 | coût variable selon véhicule, carburant et itinéraire | Par l'A89 ou les routes du Ribéracois |
| Train + relais | 2h30+ | variable | Aucune gare voyageurs proche ; route indispensable |
Pour venir de Bordeaux découvrir l'église et rayonner sur ce coin du Ribéracois — Aubeterre-sur-Dronne, l'un des plus beaux villages de France, est à ~8 km — sans dépendre de la voiture, le chauffeur privé depuis Bordeaux offre le porte-à-porte le plus simple, à tarif fixe, dès 178 € l'aller simple.
Infos pratiques et environs
- Durée conseillée : une courte halte — l'église romane fortifiée (le portail, l'intérieur, le mobilier des Antonins) et le musée de la vie du village suffisent à justifier le détour.
- À voir absolument : l'église-prieuré classée MH et sa façade saintongeaise à huit voussures ; le musée de la vie du village ; les maisons fortes du bourg.
- À combiner : avec Aubeterre-sur-Dronne (~8 km, Plus Beaux Villages de France, église monolithe), Ribérac (~12 km, grand marché du vendredi) et le Ribéracois roman.
- Nature : la vallée de la Rizonne et la lisière de la forêt de la Double, massif de pins, de châtaigniers et d'étangs.
- Transports : le village n'a pas de gare voyageurs ; vérifiez les dessertes routières régionales pour la date choisie, puis prévoyez les derniers kilomètres.
- À savoir : pour toute démarche, c'est la mairie de Saint Privat en Périgord (commune nouvelle) qu'il faut contacter ; Saint-Privat-des-Prés en est le chef-lieu.
Questions fréquentes
Saint-Privat-des-Prés est-elle encore une commune à part entière ?
Non. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2017, Saint-Privat-des-Prés est une commune déléguée de la commune nouvelle Saint Privat en Périgord, née de sa fusion avec Festalemps et Saint-Antoine-Cumond. Elle en reste le chef-lieu. Attention aux codes : 24410 est le code postal, mais le code INSEE est 24490.
D'où vient le nom de Saint-Privat-des-Prés ?
Il rend hommage à saint Privat, évêque de Mende martyrisé au IIIe siècle par les Alamans, en Gévaudan. Le village s'est appelé simplement « Saint-Privat » pendant des siècles ; le complément « des Prés » n'a été ajouté qu'en 1993, par décret, pour le distinguer des autres communes françaises homonymes.
Pourquoi l'église de Saint-Privat-des-Prés est-elle classée Monument historique ?
Parce que c'est une exceptionnelle église romane fortifiée, vestige d'un prieuré bénédictin du XIIe siècle rattaché à l'abbaye Saint-Géraud d'Aurillac. Sa façade de type roman saintongeais, son portail à huit voussures et son architecture en trois phases justifient son classement dès 1854.
Qui a visité le prieuré de Saint-Privat en 1304 ?
Bertrand de Got, alors archevêque de Bordeaux, a visité le prieuré en 1304 lors d'une tournée pastorale. Né près de Villandraut, en Gironde, il devient l'année suivante le pape Clément V — celui qui installera la papauté à Avignon. En 1304, il n'était donc encore qu'archevêque.
Combien d'habitants compte Saint-Privat-des-Prés ?
L'ancien périmètre communal comptait 565 habitants en 2014 selon l'INSEE. Depuis la fusion de 2017, les chiffres officiels portent sur la commune nouvelle de Saint Privat en Périgord ; il ne faut donc pas les présenter comme la population de la seule commune déléguée.
Que reste-t-il du prieuré bénédictin d'origine ?
L'institution du prieuré a disparu à la Révolution. Il ne reste que l'église Saint-Privat, son ancienne église conventuelle, devenue église paroissiale. Une maison forte voisine, dite « Prieuré de Saint-Privat », existe toujours près de la mairie — mais le véritable bâtiment prioral jouxtait l'église.
D'où vient le mobilier de la commanderie des Antonins ?
L'église abrite un mobilier issu de la commanderie de l'ordre hospitalier de Saint-Antoine, située au lieu-dit Mirand, sur la commune voisine de Saint-Antoine-Cumond (et non à Aubeterre). Vendue à la Révolution puis son église incendiée en 1830, elle a légué à Saint-Privat une Vierge marquée du tau des Antonins.
Quelle est la distance entre Saint-Privat-des-Prés et Bordeaux ?
Environ 97 km par la route depuis Bordeaux, soit environ 1 h 29 selon les conditions de circulation. En chauffeur privé, le trajet porte-à-porte est proposé dès 178 € l'aller simple. Le village n'a pas de gare : la plus proche, Ribérac (~12 km), n'a plus de desserte voyageurs.
Peut-on rejoindre Saint-Privat-des-Prés en train ?
Non directement : le village n'a pas de gare. La solution la plus pratique est un chauffeur privé depuis Bordeaux, qui évite la conduite sur les routes rurales du Ribéracois et permet de combiner la visite avec Aubeterre-sur-Dronne, toute proche.
Que voir autour de Saint-Privat-des-Prés ?
Aubeterre-sur-Dronne (~8 km, Plus Beaux Villages de France, église monolithe souterraine), Ribérac et son grand marché du vendredi (~12 km), les églises romanes à coupoles du Ribéracois, et la forêt de la Double. Un secteur rural authentique, à la charnière du Périgord et de la Charente.
Pourquoi une si grande église dans un si petit village ?
Parce qu'elle n'était pas paroissiale à l'origine, mais l'église d'un puissant prieuré bénédictin dépendant de l'abbaye Saint-Géraud d'Aurillac — dont le réseau comptait plus de cent prieurés répartis dans dix-sept diocèses. L'historien Jean Secret l'a résumé : une église de cette ampleur, à collatéraux, ne s'explique que par l'appartenance à un ordre monastique puissant.
Qu'est-ce que l'ordre hospitalier de Saint-Antoine (les Antonins) ?
Un ordre religieux médiéval spécialisé dans le soin des malades, notamment du « mal des ardents » (ergotisme). Son emblème était le tau, un « T » évoquant la béquille des infirmes. Le mobilier de sa commanderie voisine, à Saint-Antoine-Cumond, a été transféré à Saint-Privat après la Révolution — d'où la Vierge au tau conservée dans l'église.
Un futur pape est-il vraiment passé à Saint-Privat-des-Prés ?
Oui. En 1304, Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux et natif de la Gironde, a visité le prieuré lors d'une tournée pastorale. L'année suivante, en 1305, il fut élu pape sous le nom de Clément V et transféra la papauté à Avignon. En 1304, il n'était donc encore qu'archevêque, pas pape.
Pour aller plus loin
- La capitale du Ribéracois, à ~12 km : voir le Guide de Ribérac (Arnaut Daniel, grand marché du vendredi)
- Un village voisin du Ribéracois : voir le Guide de Verteillac (seigneurie partagée, les La Brousse)
- La motte castrale des confins, tout près : voir le Guide de La Chapelle-Grésignac
- La préfecture aux deux mille ans : voir le Guide de Périgueux (Vesunna, Saint-Front)
- Plus au nord, la capitale limousine : consulter le guide de Limoges, de la gare à la porcelaine
- Organiser le trajet : réserver un chauffeur privé Bordeaux → Saint-Privat-des-Prés ou explorer toutes nos destinations
Sources et références
- Wikipédia — Saint-Privat-des-Prés — géographie, statut, démographie, patrimoine
- Wikipédia — Église Saint-Privat — prieuré, architecture, façade saintongeaise, mobilier
- Base POP / Mérimée — église Saint-Privat — classement MH (liste de 1854, notice 1862)
- Base POP / Mérimée — village de Saint-Privat-des-Prés — inventaire du village, maisons fortes
- Wikipédia — Privat de Mende — saint Privat, évêque martyr du IIIe siècle
- Wikipédia — Clément V — Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, pape en 1305
- Bulletin SHAP (1885) — visite de 1304 — compte-rendu de l'inspection archiépiscopale du prieuré
Article publié le .
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