Verteillac, une seigneurie partagée du Ribéracois
Un village du Périgord vert au passé féodal dense : une seigneurie partagée deux siècles durant, une famille — les La Brousse — propulsée jusqu'à la cour de Louis XIV, et un château rayé de la carte à la Révolution. Ancien chef-lieu de canton, aujourd'hui 547 habitants. À ~1h50 de Bordeaux.
Verteillac en bref
- Verteillac (les Verteillacois) est un village du Ribéracois, en Dordogne (24320), dans le Périgord vert — ancien chef-lieu de canton de 1790 à 2015, aujourd'hui rattaché au canton de Ribérac. Code INSEE 24573.
- Un territoire de 18,44 km² sur les collines entre l'Auzonne et la Lizonne, culminant à 187 m ; 547 habitants en 2023, en fort recul (−18,6 % depuis 2017).
- Un nom en « -ac » : un domaine gallo-romain — mais, contrairement à ce qu'on lit parfois, le nom du propriétaire antique reste inconnu des sources.
- Son bourg présente une trame régulière qui évoque une ville neuve ; l'histoire locale parle de « bastide », mais aucune source savante ne le confirme.
- Son église est un ancien prieuré casadéen (dépendant de l'abbaye de La Chaise-Dieu) dont ne subsiste que le chœur roman du XIIe siècle ; la nef a été rebâtie en 1869.
- La seigneurie fut longtemps partagée entre deux lignées (les Salagnac, puis les La Brousse), d'où l'hypothèse locale de deux châteaux, « haut » et « bas ».
- Gloire du village : Nicolas de La Brousse, comte de Verteillac, élève de Vauban, dont Louis XIV aurait dit qu'il était « le meilleur officier d'infanterie » depuis Turenne — son buste figure à Versailles.
- Depuis Bordeaux : ~126 km, environ 1h50 par la route — dès 225 € en chauffeur privé, porte-à-porte. Pas de gare.
Avant de partir : ce que Verteillac est vraiment
Un soir d'été, sur la place de Verteillac. Le bourg est calme, ses maisons de pierre blonde alignées le long de rues qui se coupent à angle droit. Sur la place centrale, un monument aux morts se dresse là où, dit-on, s'élevait autrefois le château des comtes de Verteillac — une forteresse effacée par la Révolution, dont il ne reste rien. Rien, sinon une phrase : celle par laquelle Louis XIV, apprenant la mort de l'un des maîtres du lieu, l'aurait comparé au grand Turenne. Voilà Verteillac : un petit village du Périgord vert dont l'histoire vaut bien plus que sa taille.
Verteillac est un village du Ribéracois, cette région vallonnée du nord-ouest de la Dordogne façonnée par la Dronne et ses affluents. Son histoire est une histoire féodale : une seigneurie partagée pendant deux siècles entre deux familles, une lignée — les La Brousse — propulsée jusqu'à la cour de Louis XIV, et un château seigneurial rayé de la carte à la Révolution. Le tout dans un bourg à la trame géométrique singulière, longtemps chef-lieu de canton et bourg-marché de son secteur.
Séparer le vérifié du raconté
Ce guide sépare le vérifié du raconté — et sur Verteillac, la part du récit local est grande. On lit que le village serait une « bastide », que son nom viendrait d'un « Vertel », qu'il aurait eu deux châteaux, qu'un comte fut « formé à l'école militaire de Vauban »… Aucune de ces affirmations n'est solidement établie (la section « Histoire » de Wikipédia est d'ailleurs vide). Nous les présentons donc avec prudence, en nous appuyant sur ce qui est sûr : le prieuré casadéen, la famille de La Brousse, l'éloge royal et l'épisode révolutionnaire.
Côté accès, Verteillac est un village rural sans gare — la plus proche localité, Ribérac, n'a d'ailleurs plus de desserte voyageurs. On y vient par la route, à ~1h50 de Bordeaux. Pour découvrir ce coin discret du Périgord vert, un chauffeur privé depuis Bordeaux reste la solution la plus simple en porte-à-porte.
Un village de collines dans le Ribéracois
Verteillac occupe le quart nord-ouest de la Dordogne, en plein Ribéracois — la marche entre le Périgord et l'Angoumois. Le bourg se tient vers 130 mètres d'altitude, sur une hauteur qui domine les alentours. La commune appartient à l'arrondissement de Périgueux et à la Communauté de communes du Périgord Ribéracois.

Le territoire, de 18,44 km² (18,53 selon l'IGN), s'étage de 79 mètres, le long de la Sauvanie à l'ouest, à 187 mètres au lieu-dit le Maine, à l'est. La Sauvanie — un petit affluent de la Lizonne, elle-même tributaire de la Dronne — prend sa source tout près, à Cherval, et borde la commune. Le paysage est résolument agricole : les terres arables et les zones agricoles couvrent près de 81 % du territoire, avec un habitat dispersé en hameaux (le Pontis, les Siguenies, le Repaire, la Gassoulie) autour d'un bourg concentré.
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Code postal / INSEE | 24320 / 24573 |
| Région naturelle | Ribéracois, Périgord vert |
| Arrondissement | Périgueux |
| Superficie | 18,44 km² |
| Altitude | 79 m (Sauvanie) à 187 m (le Maine) |
| Cours d'eau | la Sauvanie (affluent de la Lizonne) |
| Population | 547 habitants (2023) — les Verteillacois |
| Densité | ~30 hab/km² |
| Statut | Chef-lieu de canton 1790-2015 |
La Sauvanie, quatorze kilomètres vers la Dordogne
La Sauvanie mérite qu'on s'y arrête, car les chiffres qui circulent à son sujet mélangent deux choses. La rivière elle-même mesure environ 14,4 kilomètres ; les « 17 km » qu'on lit parfois correspondent en réalité au réseau hydrographique total de la commune (tous ruisseaux confondus), pas au cours d'eau. Née à Cherval, à deux kilomètres à peine au sud du bourg, la Sauvanie borde et traverse le territoire de Verteillac avant de rejoindre la Lizonne vers 50 mètres d'altitude, en limite des communes d'Allemans et de Saint-Paul-Lizonne. De là, ses eaux gagnent la Dronne, puis l'Isle, et finissent dans la Dordogne : le petit ruisseau du Ribéracois appartient bien, de proche en proche, au grand bassin du fleuve. Le point le plus bas de la commune (79 mètres) se trouve d'ailleurs le long de son cours, en aval du bourg.
Se repérer : coordonnées et mesures
Sur la carte, le village se repère à 45°20′53″ nord et 0°22′01″ est — une position qui le place à la marche occidentale du Périgord, tout près de la Charente. Détail qui amuse les amateurs de données : deux mesures de superficie coexistent pour la commune, 18,44 km² selon le cadastre et 18,53 km² selon la BD Topo de l'IGN. Ce n'est pas une contradiction, mais l'écart normal entre deux référentiels de mesure — les deux chiffres sont « vrais », chacun dans son système.
Une population en fort recul
La démographie de Verteillac raconte le déclin des campagnes du Périgord vert. Après un pic de 724 habitants en 1982, la population a reculé sans interruption : 547 habitants en 2023, soit −18,6 % en seulement six ans (par rapport à 2017), et un niveau désormais inférieur à celui de 1962 (683 habitants). Le village est très âgé — plus de la moitié de ses habitants avaient 60 ans ou plus en 2018 —, ce qui entretient un solde naturel négatif, aggravé par la faible attractivité des petits bourgs face à Ribérac ou Périgueux.
Soixante ans de courbe démographique
La série longue de l'Insee permet de dater précisément ce basculement. Fait notable : le déclin n'est pas un lent glissement séculaire, mais un décrochage concentré et récent — la commune comptait encore 673 habitants en 2016, contre 546 en 2022, soit environ −19 % en six ans seulement. Et la structure par âges explique la mécanique : en 2018, 50,8 % des Verteillacois avaient 60 ans ou plus, quand les moins de 30 ans ne représentaient que 18,5 % de la population — un déséquilibre qui nourrit, année après année, le solde naturel négatif.
| Année | Population | Repère |
|---|---|---|
| 1962 | 683 hab. | niveau de l'après-guerre |
| 1968 | 655 hab. | léger tassement |
| 1975 | 652 hab. | quasi-stabilité |
| 1982 | 724 hab. | pic historique |
| 2016 | 673 hab. | veille du décrochage |
| 2022 | 546 hab. | ~−19 % en six ans |
| 2023 | 547 hab. | sous le niveau de 1962 |
Un nom en « -ac », un plan qui intrigue
Comme des centaines de communes du Sud-Ouest, Verteillac porte un nom en « -ac », du suffixe latin -acum qui désigne le « domaine de » quelqu'un — la marque d'une propriété agricole gallo-romaine. Le mécanisme est clair, mais il faut être honnête sur un point : le nom du propriétaire antique reste inconnu. On lit parfois qu'il s'agirait d'un « Vertel » germanique ; aucune source toponymique ne le confirme, et aucune forme latine ancienne de ce type n'a été retrouvée. La forme occitane du village est Vertelhac, et les archives médiévales le notent Verteilhacum (pouillé du XIIIe siècle).
Le bourg présente une autre curiosité : une trame régulière, des rues qui se coupent à angle droit autour d'une place centrale. Cette géométrie évoque les bastides, ces villes neuves fondées dans le Sud-Ouest. L'histoire locale qualifie d'ailleurs volontiers Verteillac de « bastide » née à la fin de la guerre de Cent Ans. Mais la prudence s'impose : aucune source savante ne la classe parmi les bastides, et les vraies bastides se sont fondées entre 1222 et 1373 — bien avant le XVe siècle. Mieux vaut donc parler d'un bourg à plan régulier, sans trancher sur son statut exact.
Ce que disent les archives médiévales
Les plus anciennes graphies conservées viennent des documents d'Église. Un pouillé du XIIIe siècle — ces inventaires de bénéfices ecclésiastiques — note le lieu Verteilhacum en latin ; on trouve aussi « Eccl. de Verteilhaco » au XIIIe siècle, puis « Prior de Verteilhaco » en 1382, mention du prieur du lieu. Quant au rapport entre le français « Verteillac » et l'occitan Vertelhac, il faut le formuler correctement : l'un ne « vient » pas de l'autre — les deux formes sont des graphies parallèles issues d'un même nom gallo-romain, chacune suivant l'évolution propre de sa langue. Autre point acquis : le bourg conserve une trame géométrique restée peu évoluée, ce qui rend sa lecture urbaine encore très claire aujourd'hui.
L'église, un ancien prieuré casadéen
L'histoire religieuse du site est ancienne et mieux documentée que le reste. L'église de Verteillac était un prieuré casadéen — c'est-à-dire dépendant de la puissante abbaye bénédictine de La Chaise-Dieu, en Auvergne. Les archives la citent au XIIIe siècle (« Prior de Verteilhaco » en 1382) ; la tradition locale la fait remonter au XIe siècle, mais cette mention précoce n'est pas confirmée par les notices patrimoniales.

Un édifice à phases multiples
Contrairement à ce qu'on lit parfois, l'édifice n'a pas été « reconstruit en une seule phase » après la guerre de Cent Ans. C'est un bâtiment à phases multiples : il ne subsiste d'ancien que le chœur roman du XIIe siècle. La nef, autrefois voûtée de coupoles (jusqu'en 1811), a été démolie puis réédifiée en 1869 par l'architecte Mandin, l'église étant consacrée en 1872, son chevet restauré en 1894 et son clocher élevé en 1899. L'essentiel de ce que l'on voit aujourd'hui est donc du XIXe siècle.
La mention des coupoles disparues n'est pas une légende, elle : d'après les travaux de de Verneilh et de Secret, la nef en fut couverte jusqu'en 1811, avant sa démolition. Verteillac appartenait donc à cette famille d'églises périgourdines à files de coupoles — dont Ribérac, tout proche, conserve encore des exemples — avant de perdre ce trait au XIXe siècle.
Ni classée ni inscrite
Précision utile pour le visiteur : l'église n'est pas classée ni inscrite aux Monuments historiques (elle figure seulement à l'Inventaire général). Le seul édifice protégé de la commune est en réalité le château de la Meyfrenie, une demeure du XIXe siècle.
Une seigneurie partagée, deux châteaux ?
La particularité féodale de Verteillac tient en un mot : la coseigneurie. Pendant environ deux cents ans, à partir de la charnière des XIVe-XVe siècles, la seigneurie ne relève pas d'une seule famille mais se trouve partagée entre deux lignées. Ce système, fréquent dans le Périgord médiéval, résultait d'alliances ou d'héritages divisés : deux maisons nobles se partageaient droits, revenus et parfois justice sur un même territoire. À Verteillac, la famille de Salagnac (ou Salignac) apparaît comme coseigneur, alliée à la maison de La Tour. Les répertoires officiels des Archives départementales signalent plusieurs fonds relatifs à la seigneurie et au château de Verteillac (index consulté le 24 juillet 2026), sans transformer pour autant l’hypothèse de deux châteaux en fait établi.
Deux châteaux, une hypothèse
De cette double tutelle, l'histoire locale tire une hypothèse séduisante : Verteillac aurait compté deux châteaux distincts, un « château haut » sur la hauteur du bourg et un « château bas ». L'idée est logique — quand deux familles se partagent une terre, chacune peut vouloir sa propre résidence fortifiée. Mais il faut le dire clairement : c'est une hypothèse, pas un fait établi. Ces châteaux ont disparu, ne figurent pas dans les inventaires de monuments, et la seule trace matérielle de cette seigneurie partagée est une pierre héraldique (un écu écartelé aux armes Salagnac et La Tour, de la seconde moitié du XVe siècle), remployée dans des maisons bâties avec les pierres du château démoli.
La coseigneurie prend fin au fil des XVIe-XVIIe siècles, la seigneurie se recomposant sous une autorité unique. Elle passe à la famille de Gontaut, puis, au milieu du XVIIe siècle, aux La Brousse — qui vont porter le nom de Verteillac jusqu'à son apogée de prestige.
Les La Brousse : du comte à l'éloge de Louis XIV
L'histoire de Verteillac bascule au XVIIe siècle avec l'arrivée d'une famille de noblesse périgourdine, les La Brousse, qui va porter le nom du village jusqu'à la cour de Versailles. Le premier acteur de cette ascension est Thibaud de La Brousse (né en 1610), seigneur de La Pouyade, anobli par lettres patentes en 1644. C'est lui qui acquiert la seigneurie de Verteillac le 13 juillet 1656, en l'achetant à Jean de Gontaut d'Auriole — et non en 1644, comme on le lit souvent (1644 étant la date de son anoblissement). Il réunit alors les deux rameaux de l'ancienne coseigneurie, meurt à Verteillac en 1681, et lègue à la commune sa devise, restée sur ses armes : « oncques ne rebrousse ».
Nicolas de La Brousse, comte et élève de Vauban
Son fils, Nicolas de La Brousse (1645-1693), comte de Verteillac, choisit la carrière des armes. Fait remarquable : Vauban lui enseigne personnellement l'art des fortifications, lors d'un voyage à Lille et Tournai (il n'a jamais existé d'« école militaire de Vauban », contrairement à une formule répandue). Nicolas sert sous Turenne de 1673 à 1675, devient maréchal de camp en 1691, puis gouverneur de la forteresse de Mons et du Hainaut, avant de mourir au combat en 1693.
Les dates de sa carrière, bien documentées, dessinent un cursus exemplaire du Grand Siècle : né le 11 octobre 1645, il est fait maréchal de camp le 26 avril 1691 — au cœur de la guerre de la Ligue d'Augsbourg — et gouverne alors la forteresse de Mons et le Hainaut, place stratégique fraîchement conquise. Il tombe le 4 juillet 1693 à Boussu-lez-Walcourt, dans le Hainaut, aux avant-postes du royaume. C'est cette mort au champ d'honneur, à 47 ans, qui déclenche l'hommage royal.
C'est à sa mort que se place l'épisode le plus célèbre de l'histoire de Verteillac. Louis XIV lui-même aurait dit, à l'adresse de la veuve du comte : « J'ai perdu dans le comte de Verteillac le meilleur officier d'infanterie que j'ai eu depuis le maréchal de Turenne. » Comparer un officier de petite noblesse rurale au plus grand stratège du siècle est un éloge d'une rareté extrême. Une réserve d'honnêteté toutefois : aucune archive royale officielle n'est citée ici. La formule est attribuée à un panégyrique de 1693 ; faute de reproduction officielle vérifiée de ce texte, elle est présentée comme une tradition historiographique, non comme une parole royale établie. Le prestige de Nicolas fut néanmoins bien réel : son buste figure dans la Galerie des Batailles du château de Versailles.
Une carmélite fonde la première école
La famille seigneuriale n'a pas laissé que des faits d'armes. La première école connue de Verteillac est fondée le 15 septembre 1662 — six ans à peine après l'achat de la seigneurie — par Jeanne de Labrousse, carmélite, veuve de Jean de Salignac, comte de Rochefort. Sa dotation est considérable pour un village de cette taille : une grande maison, un jardin et deux métairies, offerts pour faire vivre l'établissement. À une époque où l'instruction rurale relevait du hasard des vocations, cette fondation dotée de revenus fonciers propres constitue un acte remarquable, et l'un des jalons les plus anciens de la vie civile du bourg.
L'ascension continue au XVIIIe siècle
La famille poursuit son ascension au XVIIIe siècle : elle rachète la baronnie de La Tour-Blanche en 1738 et acquiert un château près de Paris. C'est seulement à cette époque que l'un des siens, César-Pierre de La Brousse (1729-1805), commence à se faire appeler marquis de Verteillac — un titre de courtoisie, sans érection officielle, et bien postérieur à Nicolas, qui ne fut jamais que comte.
1791-1830 : le château effacé par la Révolution
Le destin du château de Verteillac bascule à la Révolution. En 1791-1792, César de La Brousse, alors à la tête de la seigneurie, choisit l'émigration, comme des milliers de nobles. La conséquence est immédiate : la loi révolutionnaire place sous séquestre les biens des émigrés, et le vieux château, résidence des seigneurs depuis plus d'un siècle, est ensuite vendu comme bien national.

Où se dressait le château
Où se dressait exactement ce château ? Les sources divergent. La tradition locale, très répandue, le situe « en haut de la place, à l'emplacement de l'actuel monument aux morts » — ce qui ferait passer chaque villageois, en s'y recueillant, là même où vécut Nicolas de La Brousse. Mais la notice patrimoniale officielle le place plutôt sur l'actuel champ de foire (POP/Mérimée IA24000900, consulté le 24 juillet 2026), « environné par la halle publique » en 1793. Faute de vestige, les deux localisations coexistent.
Trente-cinq ans de bataille judiciaire
Ce qui distingue Verteillac, c'est la ténacité de la bataille judiciaire menée pour récupérer le bien. Après la mort de César (1805), son fils François reprend le procès contre la commune. Il obtient gain de cause en 1826, puis la prise de possession effective en 1830 — mais la victoire arrive trop tard : suivent un arrêté de démolition et la liquidation de tous les biens familiaux, à Verteillac comme à La Tour-Blanche. Ainsi s'achève, après près de deux siècles, la présence des La Brousse. Le château, lui, n'a jamais été reconstruit.
Le Ribéracois des fortifications disparues
Le château des La Brousse n'est qu'un maillon d'un système défensif bien plus ancien, dont le Ribéracois conserve des traces discrètes. Le secteur compte des mottes castrales — ces tertres artificiels du haut Moyen Âge qui portaient une tour de bois, précédant de plusieurs siècles les châteaux de pierre.

Grésignac et Bourzac, sentinelles de la Lizonne
Une précision s'impose, car on lit parfois « trois mottes à Verteillac » : les mottes inventoriées du secteur — celle de Grésignac et celle de Bourzac — ne sont en réalité pas sur le territoire de Verteillac, mais sur les communes voisines de La Chapelle-Grésignac et de Nanteuil-Auriac-de-Bourzac. Elles surveillaient la vallée de la Lizonne, frontière entre le Périgord et l'Angoumois — Bourzac fut d'ailleurs fondée par un évêque d'Angoulême au XIe siècle. Un circuit de randonnée, « sur les chemins des mottes castrales », relie ces sites.
L'histoire de Bourzac se laisse même dater avec une précision rare pour ces ouvrages de terre : la motte est fondée par un évêque d'Angoulême entre 1043 et 1076 environ, et le site apparaît sous le nom de « castellum Bordacum » dès 1100. Détail révélateur : ces mottes sont rattachées historiquement à l'Angoumois, non au Périgord — preuve que la vallée de la Lizonne fut bien, dès le XIe siècle, une frontière militarisée entre les deux provinces, dont Verteillac occupait l'arrière-pays périgourdin.
Coutures, la forteresse debout jusqu'en 1793
Autre forteresse voisine au destin brisé : le château fort de Coutures, à environ 3 km, sur la commune limitrophe, accolé à l'église Saint-Saturnin. Loin d'être une ruine médiévale abandonnée, il était encore debout en 1793 — « deux tours crénelées et percées de canonnières occupaient encore les extrémités du logis » — avant de disparaître, lui aussi, en pleine Révolution. Le Ribéracois offre ainsi un paysage patrimonial singulier : celui d'un territoire riche en fortifications effacées, entre mottes oubliées et châteaux rayés de la carte.
Que voir autour de Verteillac
Verteillac est une base discrète pour explorer le Ribéracois et le Périgord vert. Voici les distances routières réelles depuis le bourg :

| Destination | Distance / temps depuis Verteillac | Intérêt |
|---|---|---|
| La Tour-Blanche | ~10 km · ~12 min | Ancienne baronnie des La Brousse, bourg castral |
| Ribérac | ~13 km · ~15 min | Capitale du Ribéracois, marché, églises romanes à coupoles |
| Nontron | ~30 km · ~35 min | Couteaux, Périgord-Limousin, PNR |
| Brantôme | ~35 km · ~40 min | Abbaye, « Venise du Périgord » sur la Dronne |
| Angoulême | ~40 km · ~45 min | Cité de la BD, remparts, cathédrale |
| Périgueux | ~49 km · ~52 min | Vesunna gallo-romaine, cathédrale Saint-Front |
Une remarque de géographie utile pour planifier : les distances « à vol d'oiseau » qu'on lit dans les notices trompent. Périgueux est donné « à 33 km au nord-ouest » de Verteillac — mais par la route, il faut compter 48,9 km et environ 52 minutes, le relief de collines et l'absence de grand axe direct allongeant nettement les trajets. Autre ordre de grandeur parlant : du temps du canton, le chef-lieu (aujourd'hui ~547 habitants) ne pesait qu'un huitième environ des 4 494 habitants que comptaient ensemble les 17 communes en 2011 — Verteillac a toujours été un petit bourg administrant un territoire bien plus vaste que lui.
Le Ribéracois est le pays des églises romanes à coupoles et des vallées douces (Dronne, Lizonne). À l'écart des grands sites du Périgord noir, c'est une campagne authentique, idéale pour qui cherche le calme et le patrimoine rural.
Venir à Verteillac depuis Bordeaux
Verteillac est à environ 126 km de Bordeaux, soit ~1h50 de route. Le village est à l'écart des grands axes et sans gare : l'accès se fait par la route.
| Mode | Durée | Coût indicatif | Détail |
|---|---|---|---|
| Chauffeur privé (VTC) | ~1h50 | dès 225 € · aller simple | Porte-à-porte depuis Bordeaux, arrêts libres (Ribérac, la Dronne) |
| Voiture personnelle | ~1h50 | ~24-30 € carburant + péage | Carrefour des RD 1, RD 97 et RD 708 au bourg |
| Train + relais | 3h+ | variable | Aucune gare proche desservie voyageurs ; route indispensable |
| Car régional | — | — | Aucune ligne régulière ne dessert Verteillac |
Trois départementales, aucun rail
L'absence de train n'est pas une lacune récente : les lignes ferroviaires desservant le secteur de Ribérac ont été fermées aux voyageurs dès 1939-1940, et n'ont jamais rouvert. Présenter Ribérac (à 12,5 km par la route) comme un « repli ferroviaire » serait donc trompeur : la sous-préfecture du Ribéracois n'a elle-même plus de gare voyageurs depuis plus de quatre-vingts ans. Toute la desserte du pays repose sur la route — un point à intégrer dès la planification du voyage.
Le bourg se situe au carrefour de trois routes départementales (RD 1 vers Périgueux, RD 708 vers Ribérac et Angoulême, RD 97 vers Saint-Paul-Lizonne). Il n'y a pas de desserte ferroviaire : même Ribérac, à ~13 km, n'a plus de gare voyageurs. Pour venir de Bordeaux et parcourir ce coin du Périgord vert sans contrainte, le chauffeur privé depuis Bordeaux offre le porte-à-porte le plus simple, à tarif fixe connu d'avance, dès 225 € l'aller simple.
Infos pratiques

- Durée conseillée : une courte halte (place, église, mémoire des La Brousse), à combiner avec Ribérac, La Tour-Blanche ou Brantôme.
- Marché : le samedi matin sous les halles — héritier du rôle de bourg-marché du village.
- À savoir : Verteillac fut chef-lieu de canton de 1790 à 2015 (17 communes) avant d'être rattaché au canton de Ribérac ; l'ancien canton reste jumelé avec une commune italienne.
- Une pépite d'histoire : la première école du village fut fondée le 15 septembre 1662 par Jeanne de Labrousse, carmélite, qui fit don d'une maison, d'un jardin et de deux métairies.
- Commerces & services : quelques commerces de proximité au bourg ; offre plus étoffée à Ribérac (~13 km).
- Transports : pas de gare ni de car régulier. Voiture ou chauffeur privé indispensables.
Questions fréquentes
D'où vient le nom « Verteillac » ?
Le nom se termine en « -ac », du suffixe latin -acum qui désigne un domaine gallo-romain (« le domaine de… »). Mais le nom du propriétaire antique reste inconnu des sources : l'hypothèse d'un « Vertel » germanique n'est pas confirmée. La forme occitane est Vertelhac, et les archives médiévales notent Verteilhacum.
Verteillac est-elle une bastide ?
Son bourg a une trame régulière qui évoque une ville neuve, et l'histoire locale la présente parfois comme une « bastide ». Mais aucune source savante ne la classe ainsi, et les vraies bastides ont été fondées entre 1222 et 1373. Mieux vaut parler d'un bourg à plan régulier, sans trancher sur son statut.
Que reste-t-il du château de Verteillac ?
Rien de visible. Le château seigneurial, résidence des La Brousse, a été séquestré puis vendu comme bien national à la Révolution, après l'émigration de César de La Brousse en 1791-1792. Sa localisation exacte reste discutée : la tradition le place sous le monument aux morts, la notice officielle sur le champ de foire.
Qui était le comte de Verteillac loué par Louis XIV ?
Nicolas de La Brousse (1645-1693), comte de Verteillac, à qui Vauban enseigna personnellement les fortifications. Louis XIV aurait dit de lui avoir perdu « le meilleur officier d'infanterie » depuis Turenne — une citation issue d'une biographie panégyrique de 1693. Son buste figure dans la Galerie des Batailles de Versailles.
Pourquoi Verteillac aurait-elle eu deux châteaux ?
Parce que la seigneurie fut, pendant environ deux siècles, partagée entre deux lignées (coseigneurie), dont les Salagnac. L'histoire locale en déduit l'existence probable de deux résidences fortifiées, un « château haut » et un « château bas ». C'est une hypothèse séduisante mais non prouvée : ces châteaux ont disparu.
Verteillac était-elle chef-lieu de canton ?
Oui, de 1790 à 2015. Le canton de Verteillac comptait 17 communes (4 494 habitants en 2011). La réforme territoriale de 2015 l'a supprimé et a rattaché la commune au canton de Ribérac, mettant fin à plus de deux siècles de statut cantonal.
Combien d'habitants compte Verteillac ?
547 habitants en 2023, en fort recul (−18,6 % depuis 2017) — un niveau désormais inférieur à celui de 1962. Le village est très âgé (plus de la moitié des habitants ont 60 ans ou plus), avec une densité d'environ 30 hab/km².
Qu'est-ce que la motte de Grésignac ?
C'est une motte castrale médiévale (fortification de terre) inventoriée près de Verteillac — mais, contrairement à ce qu'on lit, elle se trouve sur la commune de La Chapelle-Grésignac, pas sur Verteillac. Avec la motte de Bourzac, elle surveillait la vallée de la Lizonne, à la frontière du Périgord et de l'Angoumois.
L'église de Verteillac est-elle classée Monument historique ?
Non. Elle figure seulement à l'Inventaire général du patrimoine, sans protection au titre des Monuments historiques. Le seul édifice inscrit MH de la commune est le château de la Meyfrenie, une demeure du XIXe siècle. L'église elle-même est un édifice à phases multiples : seul le chœur roman du XIIe siècle est médiéval, la nef — autrefois voûtée de coupoles, jusqu'en 1811 — ayant été réédifiée en 1869 par l'architecte Mandin (consécration 1872, chevet restauré 1894, clocher 1899).
Quand a été fondée la première école de Verteillac ?
Le 15 septembre 1662, par Jeanne de Labrousse, carmélite, veuve de Jean de Salignac, comte de Rochefort. Elle dota l'établissement d'une grande maison, d'un jardin et de deux métairies — des revenus fonciers propres, chose rare pour une école rurale du XVIIe siècle. C'est la plus ancienne école connue du village, fondée six ans à peine après l'achat de la seigneurie par les La Brousse.
À combien de temps Verteillac est-elle de Bordeaux ?
Environ 126 km, soit ~1h50 de route. En chauffeur privé, le trajet porte-à-porte est proposé dès 225 € l'aller simple. Le village n'a pas de gare : l'accès se fait par la route.
Que voir autour de Verteillac ?
La Tour-Blanche (ancienne baronnie des La Brousse, ~12 min), Ribérac et ses églises romanes à coupoles (~15 min), Brantôme et son abbaye (~40 min), Nontron, et Périgueux (~52 min). Le Ribéracois est un pays de campagne douce, d'églises à coupoles et de patrimoine rural discret.
Pour aller plus loin
- La perle du Périgord vert, sur la Dronne : voir le Guide de Brantôme (abbaye, grottes, « Venise du Périgord »)
- Un village voisin du Ribéracois, raconté avec exactitude : voir le Guide de Bertric-Burée (if millénaire, ruelle Gary Gygax)
- La préfecture aux deux mille ans : voir le Guide de Périgueux (Vesunna, Saint-Front)
- La capitale du Périgord pourpre : voir le Guide de Bergerac (Cyrano, gabarres, Monbazillac)
- Organiser le trajet : réserver un chauffeur privé Bordeaux → Verteillac ou explorer toutes nos destinations
Sources et références
- Wikipédia — Verteillac — géographie, démographie, La Brousse, canton
- Insee — dossier complet Verteillac (24573) — population, densité, âges
- Wikidata — Verteillac — superficie, altitudes, séries de population
- Base POP / Mérimée — église de Verteillac — prieuré casadéen, chœur roman XIIe, reconstruction 1869
- Wikipédia — Famille de La Brousse de Verteillac — Thibaud 1656, Nicolas comte, César-Pierre marquis
- Wikipédia — Nicolas de La Brousse — Vauban, Turenne, éloge de Louis XIV, buste à Versailles
- Base POP / Mérimée — château de Coutures — château fort détruit à la Révolution, encore debout en 1793
- Wikipédia — Canton de Verteillac — 17 communes, 1790-2015, rattachement à Ribérac
Article mis à jour en juillet 2026.
En route pour le Ribéracois
Trajet direct depuis Bordeaux (~1h50) vers le Périgord vert, arrêts libres en chemin — Ribérac, la vallée de la Dronne, Brantôme. Devis fixe par écrit sous 30 minutes, berline ou van 7 places, chauffeur anglophone.




