Champniers-et-Reilhac, deux villages et un jalon templier

Un bout de Limousin en Périgord : plateau de granite, forêts et étangs, tout au nord de la Dordogne. À Reilhac, une église romane fut une vraie maison des Templiers — un prêtre du lieu comparut devant Clément V en 1310. Château sur oppidum romain, dynastie de cour. À ~2h31 de Bordeaux.

5,0 · 28 avis Google~178 km · 2h31 de Bordeaux22 min de lecture
En bref

Champniers-et-Reilhac en bref

  • Champniers-et-Reilhac (les Champniérois) est une commune rurale de l'extrême nord de la Dordogne, dans le Nontronnais, en plein Périgord vert — à la frontière de la Haute-Vienne (24360).
  • Née de la réunion de deux villages, Reilhac et Champniers, en 1805 ; le nom a été inversé en février 1847 quand le chef-lieu est passé de Reilhac à Champniers.
  • Reilhac garde son église romane Saint-Paul (XIIe siècle), ancienne possession des Templiers et seul Monument historique de la commune (classée en 1965) — sa voûte, effondrée, a été réinaugurée en juillet 2025.
  • Un jalon templier bien réel et daté : le prêtre Élie de Chalistrat, de Reilhac, comparaît devant le pape Clément V en 1310, pendant le procès des Templiers.
  • Champniers possède un château bâti sur un oppidum romain, restanté au fil des siècles, qui reçut Fénelon en 1687.
  • La famille de Reilhac, seigneurs locaux, a donné à la France Jean de Reilhac (1430-1505), secrétaire général des Finances et ambassadeur de trois rois.
  • Une commune du Parc naturel régional Périgord-Limousin, sur un plateau de granite, ponctuée d'étangs — dont le Grolhier, réserve ornithologique.
  • Depuis Bordeaux : ~178 km, environ 2h31 par la route — dès 312 € en chauffeur privé. Aucune gare (Nontron à ~20 km).

Avant de partir

Avant de partir : ce que Champniers-et-Reilhac est vraiment

Fin d'après-midi sur un plateau du Périgord vert. Ici, tout au nord de la Dordogne, la terre change : le calcaire blond du Périgord cède la place au granite gris, les vignes aux forêts de chênes et de châtaigniers, les coteaux aux hauteurs boisées qui culminent à 360 mètres — presque le toit du département. Deux villages se partagent la commune : Champniers, autour de son église-refuge et de son château sur un ancien site romain ; Reilhac, un peu à l'écart, avec sa petite église romane qui fut, pour de bon, une maison des Templiers. Bienvenue à Champniers-et-Reilhac, un bout de Limousin en Périgord, où l'histoire médiévale ne relève pas de la légende, mais des archives.

Champniers-et-Reilhac appartient au Nontronnais, la pointe septentrionale du Périgord vert, contre la Haute-Vienne. C'est un pays de forêts, d'étangs et de granite, à l'écart des grands circuits touristiques — on y vient pour la nature du Parc naturel régional Périgord-Limousin et pour un patrimoine médiéval discret mais authentique.

Ce guide sépare soigneusement le fait vérifié de ce qui se recopie de fiche en fiche. Ici, contrairement à d'autres villages « templiers » du Sud-Ouest, le lien avec l'ordre du Temple est attesté par un document — mais le mot « commanderie » est un abus : au temps des Templiers, Reilhac était une maison du Temple (le terme de commanderie n'apparaît qu'après, sous les Hospitaliers). De même, on lit parfois que le château de Champniers fut « reconstruit au XVIIe siècle » : c'est en réalité le château de Reilhac, un autre bâtiment, qui fut rebâti à cette époque. Nous démêlons tout cela plus bas, sources à l'appui.

Côté accès, la commune est enclavée et sans gare — comptez ~2h31 depuis Bordeaux. Pour découvrir Reilhac, Champniers et les forêts du Périgord-Limousin sans se soucier de l'itinéraire, un chauffeur privé depuis Bordeaux reste la solution la plus simple en porte-à-porte.


Géographie

Un plateau de granite aux confins du Limousin

Champniers-et-Reilhac occupe l'extrême nord de la Dordogne, dans l'arrondissement de Nontron, tout contre la frontière de la Haute-Vienne — la commune de Marval passe à moins de 200 mètres de son territoire. On est ici dans le Périgord-Limousin, un plateau cristallin aux collines arrondies et aux vallées forestières, dont le point culminant, à 360 mètres, frôle le sommet du département tout entier (le point bas descend à 185 m). Le bourg de Champniers occupe une position de carrefour ; Reilhac se situe à environ 3 km au nord-ouest.

Plateau boisé du Périgord-Limousin à Champniers-et-Reilhac, entre prairies et étang
Le plateau du Périgord-Limousin, aux confins nord de la Dordogne. (Illustration.)

Le dôme granitique de Saint-Mathieu

Ce qui distingue vraiment ce territoire, c'est son socle granitique. Champniers-et-Reilhac repose sur le dôme leucogranitique de Saint-Mathieu, d'âge carbonifère — un contrefort du Massif central qui affleure ici, à l'ultime frange nord-est du Bassin aquitain. Le granite, avec des micaschistes, remplace le calcaire du Périgord central : c'est lui qui donne au bâti local, châteaux et fermes, sa pierre grise caractéristique, et au paysage ses forêts, ses landes et ses étangs.

Les géologues sont plus précis encore : il s'agit d'un leucogranite — un granite clair à muscovite et biotite — mis en place à l'ère carbonifère, avec des pegmatites individualisées au sud-est de la commune, tandis que les micaschistes du groupe de la Dronne complètent le socle. Détail administratif amusant au passage : la commune a même deux superficies officielles, selon qu'on la mesure au cadastre INSEE (20,40 km², la valeur retenue ici) ou sur la carte IGN (21,13 km²) — près de trois quarts de kilomètre carré d'écart, sans qu'aucun champ n'ait bougé.

DonnéeValeur
Code postal24360
Région naturellePérigord vert / Périgord-Limousin (Nontronnais)
ArrondissementNontron
Superficie20,40 km² (cadastrale INSEE)
Altitude185 m à 360 m
Population541 habitants (2023) [1]
Densité~27 hab/km²
ParcPNR Périgord-Limousin
À voirÉglise templière de Reilhac (MH), château de Champniers, étang Grolhier

Un climat déjà limousin, et qui se réchauffe

La commune fait partie du Parc naturel régional Périgord-Limousin, créé pour valoriser ce territoire de transition entre deux régions. Le climat, océanique altéré, s'y fait déjà plus continental et plus arrosé qu'en Périgord central : la normale récente (1991-2020) s'établit à 12,7 °C et près de 970 mm de pluie par an. C'est un pays vert, humide et boisé — le « vert » du Périgord vert n'est pas qu'une image.

Les normales climatiques locales racontent d'ailleurs, en creux, le réchauffement en cours : sur la période 1971-2000, la moyenne annuelle s'établissait à 11,4 °C pour 1 086 mm de précipitations ; sur 1991-2020, elle est passée à 12,7 °C pour 972,4 mm — soit +1,3 °C et environ 114 mm de pluie en moins par an entre les deux normales. Les records locaux donnent l'amplitude du lieu : 40,1 °C le 11 août 2025 côté chaud, −12,9 °C le 9 février 2012 côté froid.

Climat (normales)1971-20001991-2020
Température moyenne annuelle11,4 °C12,7 °C (+1,3 °C)
Précipitations annuelles1 086 mm972,4 mm (−114 mm)
Record de chaleur40,1 °C (11 août 2025)
Record de froid−12,9 °C (9 février 2012)

Démographie

Un demi-siècle de déclin, puis un net rebond

Du pic de 1891 au creux de 2017

Pour mesurer l'ampleur du phénomène, il faut remonter loin : la commune comptait déjà 810 habitants en 1793, au premier recensement révolutionnaire, et atteignit son pic historique en 1891 avec 1 182 habitants — plus du double d'aujourd'hui. Du sommet de 1891 au creux de 2017, la population a été divisée par 2,6 : un siècle et quart d'hémorragie continue, nourrie par l'exode rural qui a vidé tout le haut Périgord. Ce chiffre donne aussi la mesure du paysage actuel : les hameaux, les fermes et les deux bourgs ont été bâtis pour une population deux fois et demie plus nombreuse.

Comme la plupart des communes du Nontronnais, Champniers-et-Reilhac a connu une longue érosion démographique après-guerre. De 661 habitants en 1968, la population glisse régulièrement — 554 en 1975, 533 en 1999 — jusqu'à un creux réel de 455 habitants en 2017. Un demi-siècle d'exode rural, à l'image de tout ce Périgord du Nord.

AnnéePopulation
1968661 habitants
1982548
1999533
2017455 (creux historique)
2022511
2023541 habitants

Un rebond porté par les nouveaux arrivants

Puis, coup de théâtre : depuis le milieu des années 2010, la tendance s'inverse nettement. La commune a regagné près de 90 habitants, soit une hausse de +18,9 % entre 2017 et 2023 — une progression spectaculaire, très supérieure à la moyenne de la Dordogne (+0,97 %) et même à la moyenne nationale (+2,36 %) sur la même période. Ce regain repose entièrement sur un solde migratoire positif : ce sont de nouveaux arrivants qui repeuplent le village, car le solde naturel, lui, reste négatif (les décès y dépassent les naissances presque chaque année).

Les chiffres fins de l'INSEE le confirment : entre 2017 et 2023, la population a crû de +2,9 % par an en moyenne, résultat d'un solde migratoire de +3,7 % par an qui compense un solde naturel de −0,8 % par an. L'état civil parle de lui-même : 2 naissances pour 13 décès en 2022, 1 pour 9 en 2024. Sans l'arrivée régulière de nouveaux habitants, le village continuerait donc de se dépeupler — c'est bien l'attractivité résidentielle, et elle seule, qui a inversé la courbe.

Ce contraste — une commune âgée qui perd des habitants par le vieillissement, mais en gagne davantage par l'installation de nouveaux venus — est caractéristique des campagnes attractives du Périgord vert : cadre naturel préservé, immobilier abordable, qualité de vie. Avec une densité d'environ 27 habitants au km², Champniers-et-Reilhac reste une commune très rurale, mais qui a, pour l'heure, enrayé son déclin.


Histoire

Deux villages, deux noms — et une bascule en 1847

Champs noirs et domaine de Regulius

Le nom composé de la commune raconte l'histoire de deux villages longtemps distincts. « Champniers » viendrait du bas-latin campus niger, « le champ noir » — une origine que l'on retrouve pour d'autres Champniers, notamment en Charente. « Reilhac », lui, plonge ses racines dans l'Antiquité : il dérive d'un nom d'homme gallo-romain accompagné du suffixe de propriété -acum, soit « le domaine de Regulius » — un propriétaire terrien latin dont le nom s'est fossilisé dans la toponymie.

Détail qui donne le vertige : les deux villages n'apparaissent dans les textes que tardivement — les premières mentions écrites connues, « Champnier » et « Relhacum », datent seulement du XIVe siècle. Or les deux églises sont romanes, du XIIe siècle : elles précèdent de deux cents ans les plus anciennes archives conservées. Preuve que l'occupation du sol est bien antérieure aux documents qui nous sont parvenus — sans doute continue depuis l'Antiquité, si l'on en croit l'étymologie de Reilhac et l'oppidum romain de Champniers.

1805-1847 : la bascule des deux bourgs

L'histoire administrative, elle, tient en deux dates. En 1805, sous le Premier Empire, les communes de Reilhac et de Champniers sont réunies en une seule — et, fait révélateur, la nouvelle entité prend le nom de « Reilhac-et-Champniers », Reilhac en tête. Ce choix traduit le prestige d'alors de Reilhac, riche de son passé templier. Puis, en février 1847, le chef-lieu communal est transféré de Reilhac à Champniers, mieux placé au carrefour des routes : le nom s'inverse aussitôt pour devenir « Champniers-et-Reilhac », tel qu'il est resté.

Ce changement de nom est même daté au jour près dans les référentiels officiels : la commune s'appelle « Reilhac-et-Champniers » jusqu'au 5 février 1847, et « Champniers-et-Reilhac » à partir du 6 février 1847. L'ordre alphabétique a laissé une autre trace, plus discrète : le code INSEE de la commune est 24100 — à ne pas confondre avec le code postal 24360 —, un numéro hérité du classement alphabétique, « Champniers » figurant en tête du nom. C'est ce code 24100 qu'il faut utiliser pour retrouver la commune dans les données officielles. Deux villages, deux noms, deux codes : la commune cultive décidément le dédoublement.

Cette bascule de préséance, en une quarantaine d'années, en dit long : le poids relatif des deux villages n'était pas figé. Champniers a fini par l'emporter administrativement — mais c'est Reilhac qui conserve, aujourd'hui encore, le monument le plus ancien et le plus singulier de la commune. Les deux villages se sont, en somme, partagé les rôles : l'un a pris le nom en tête et la mairie, l'autre a gardé la mémoire templière.


Templiers

Saint-Paul de Reilhac : un vrai jalon templier

C'est le monument le plus remarquable de la commune, et il mérite d'être présenté avec rigueur, sans céder au mythe. L'église Saint-Paul de Reilhac, romane, du XIIe siècle, est l'unique Monument historique de Champniers-et-Reilhac : elle est classée depuis le 8 septembre 1965. [2] Et son lien avec l'ordre du Temple n'est pas une légende : il est documenté.

Église romane Saint-Paul de Reilhac, ancienne possession templière classée en Dordogne
L'église Saint-Paul de Reilhac, ancienne possession des Templiers, seul MH de la commune. (Illustration.)

« Maison du Temple », pas commanderie

Soyons précis sur les mots, car c'est là que se glissent les erreurs. On lit souvent que Reilhac fut le siège d'une « commanderie templière ». En réalité, au temps des Templiers, l'établissement était une maison du Temple — le terme de « commanderie » n'apparaît pour Reilhac qu'après la disparition de l'ordre, sous les Hospitaliers. Mais la présence templière, elle, est solidement ancrée par un document : en 1310, un prêtre de Reilhac, Élie de Chalistrat, comparaît devant le pape Clément V, à Poitiers puis à Paris, dans le cadre du grand procès des Templiers. Difficile d'avoir preuve plus tangible du rattachement de Reilhac à l'ordre du Temple.

Des Hospitaliers au sauvetage de 2025

L'histoire est connue : l'ordre du Temple est dissous par Clément V en 1312, et ses biens transférés aux Hospitaliers de Saint-Jean. Reilhac suit ce sort commun : la maison passe aux Hospitaliers, rattachée à la commanderie de Milhaguet puis au prieuré de Bourganeuf, en Limousin — car Reilhac relevait, fait notable, du diocèse de Limoges, et non de Périgueux, ce qui rappelle combien on est ici à la lisière du Limousin.

L'église a failli disparaître : sa voûte en berceau s'était effondrée. Après cinq ans de travaux, elle a été réinaugurée fin juillet 2025, en présence de l'évêque de Périgueux et Sarlat — un beau sauvetage pour ce témoin rare. Aujourd'hui, l'office de tourisme du Haut-Périgord entretient le souvenir de ce passé avec la « Boucle des Templiers », un itinéraire de randonnée d'environ 9 km qui passe par Reilhac. Ce qui fait la valeur du lieu, ce n'est pas un mythe gonflé de légendes, mais l'inverse : une petite maison du Temple rurale, modeste, dont l'église romane est parvenue jusqu'à nous — et dont un prêtre a un nom, une date et un procès.


Patrimoine

Saint-Paixent de Champniers, une église-refuge fortifiée

Le bourg de Champniers a, lui aussi, son église : Saint-Paixent, du nom du saint patron du village. Bâtie en granite au XIIe siècle puis remaniée aux XVe et XVIe, elle offre un plan roman barlong (allongé) complété d'adjonctions gothiques en croix latine. Mais son trait le plus parlant est ailleurs : c'est une église-refuge fortifiée.

Église fortifiée Saint-Paixent de Champniers, tour carrée en granite percée de meurtrières
Saint-Paixent de Champniers, église-refuge au robuste clocher fortifié. (Illustration.)

Un refuge des temps troublés

Aux XVe et XVIe siècles, dans un Périgord marqué par la guerre de Cent Ans puis les guerres de Religion, de nombreuses églises rurales furent fortifiées pour servir de refuge à la population en cas de danger. Saint-Paixent en est un exemple : son robuste clocher carré est percé d'archères (meurtrières de tir), et l'édifice conserve les traces de ce rôle défensif. C'est un patrimoine typique de ce Périgord des marges, où l'église était aussi le dernier abri du village.

Le vrai et le faux du clocher

Un mot pour lever une confusion fréquente. On lit parfois que Saint-Paixent posséderait un « clocher octogonal de style limousin ». En réalité, son clocher est carré et fortifié ; l'élément octogonal est une coupole intérieure sur trompes, à la croisée du transept — une signature de l'art limousin, mais à l'intérieur de l'édifice, pas au sommet. Et attention : la notice de Monument historique que l'on trouve parfois associée à un « Saint-Paixent » (référence PA00105468, coupole octogonale) concerne en réalité une homonyme de la Vienne, à L'Isle-Jourdain — pas Champniers. Le seul MH de la commune reste l'église de Reilhac.


Histoire

Le château de Champniers : d'un oppidum romain à Fénelon

Le château de Champniers doit son intérêt à une chose : la continuité défensive de son site. Le château médiéval (daté du XIIe ou du XIVe siècle selon les sources) a été bâti sur un oppidum romain — un site déjà fortifié à l'époque gallo-romaine. Les bâtisseurs médiévaux n'ont pas choisi ce point au hasard : ils ont réoccupé une position dominante repérée des siècles plus tôt par les Romains. Un même éperon jugé stratégique de l'Antiquité à l'Ancien Régime.

Château de Champniers en Dordogne, logis médiéval en pierre sur un ancien oppidum
Le château de Champniers, sur son ancien oppidum romain. (Illustration.)

Deux donjons, une châtellenie, un hôte illustre

À l'origine, le château comptait deux donjons carrés. Le temps les a rabaissés : la tour sud a été démolie en 1914 et remplacée par un pavillon, tandis que le donjon nord, coiffé de merlons de béton après la Seconde Guerre mondiale, ne conserve qu'environ le tiers de sa hauteur d'origine. Subsistent aussi un corps de logis, des caves voûtées et deux souterrains. Le château fut le chef-lieu de l'une des plus grandes châtellenies de la baronnie de Nontron — et il reçut, en 1687, un hôte de marque : Fénelon, le futur auteur des Aventures de Télémaque. Le château n'est aujourd'hui pas classé Monument historique.

Château de Champniers, château de Reilhac : deux bâtiments

Ici encore, une confusion mérite d'être levée. On lit souvent que le château de Champniers aurait été « reconstruit au XVIIe siècle ». C'est en réalité le château de Reilhac — un bâtiment distinct, à ne pas confondre — qui fut rebâti entre 1667 et 1673, sur l'emplacement même de l'ancienne maison du Temple. Le fil templier, décidément, court d'un bout à l'autre de la commune.


Histoire

La famille de Reilhac : du village à la cour des rois

L'histoire de la commune ne tient pas qu'à ses pierres : elle passe aussi par une lignée dont le rayonnement a très largement dépassé ce coin du Nontronnais. La famille de Reilhac, qui tire son nom du village, a produit, sur plus d'un siècle, des hommes qui ont gravité au plus près du pouvoir royal français.

Pierre de Reilhac, un homme et deux carrières

Le premier personnage nettement identifié est Pierre de Reilhac, à la fois conseiller du roi Jean le Bon (qui régna de 1350 à 1364) et chanoine séculier de Chartres — un même homme cumulant le service du roi et une charge d'Église, comme souvent dans la noblesse moyenne de la fin du Moyen Âge. Qu'un membre d'une famille rurale du fond du Périgord vert ait pu conseiller le roi de France en dit long sur la capacité de ces lignées provinciales à intégrer, grâce au droit et à l'administration, les cercles du pouvoir.

Jean de Reilhac, ambassadeur de trois rois

Le plus illustre reste Jean de Reilhac (vers 1430-1505). Loin d'un simple notable local, il devint secrétaire général des Finances et maître des comptes, et servit comme ambassadeur de trois rois successifs : Charles VII, Louis XI et Charles VIII. [3] En 1466, il épouse Marguerite de Chanteprime, dame de la Queue-en-Brie, et devient à cette occasion baron de terres d'Île-de-France (la Queue, Pontault, les Bordes, Bonneuil) — une ascension sociale considérable en une génération, par le seul service de l'État.

La tradition familiale se perpétue : son fils Jean II de Reilhac (mort en 1527), baron de la Queue-en-Brie, fut lui aussi conseiller du roi ; puis son frère Guillaume reprend la baronnie en 1538. Trois générations au moins au service de la couronne, entre finances royales, diplomatie et charges de cour. C'est un rappel utile : l'histoire de ces petites communes ne s'arrête pas à leur périmètre — elle rejoint parfois, par une famille, la grande histoire de France.

Si cette lignée est aussi bien connue, c'est qu'elle a eu la chance d'avoir son historiographe : au XIXe siècle, un descendant, A. de Reilhac, publia à Paris, entre 1886 et 1889, un ouvrage de référence en trois volumes consacré à Jean de Reilhac — dont le titre complet rappelle qu'il fut aussi maître des comptes, en plus de ses charges de secrétaire des Finances et d'ambassadeur. Peu de villages de 500 âmes peuvent s'appuyer, pour leur histoire seigneuriale, sur une somme érudite de cette ampleur.


Nature

L'eau, le granite et l'étang Grolhier

Au-delà de son patrimoine bâti, Champniers-et-Reilhac est d'abord un pays de nature. Le socle granitique, imperméable, retient l'eau : d'où les étangs, les ruisseaux et les fonds humides qui rythment le paysage. La commune est traversée par deux petits cours d'eau — le Trieux et, en limite nord, le Nauzon — et par un réseau de ruisseaux qui alimentent prés et forêts.

Les chiffres donnent la mesure de ce maillage : le réseau hydrographique communal totalise 69 km de cours d'eau. Le Trieux, long de 29,55 km au total, en parcourt environ 7,5 km sur la commune ; le Nauzon (11,62 km) en dessine la limite nord ; s'y ajoutent des affluents plus modestes comme les ruisseaux de la Francherie et de l'Étang Neuf. Pour une commune de 20,40 km², c'est une densité de rivières remarquable — le granite imperméable transforme littéralement le plateau en petit château d'eau.

Étang Grolhier à Champniers-et-Reilhac, roselières et forêt dans la brume matinale
L'étang Grolhier, réserve ornithologique au cœur d'un site inscrit. (Illustration.)

L'étang Grolhier, réserve ornithologique

Le joyau naturel de la commune est l'étang Grolhier, un vaste plan d'eau d'une vingtaine d'hectares (dont une partie sur le territoire communal), qui sert de réserve ornithologique. Ses roselières et ses berges boisées accueillent une riche avifaune, et l'ensemble est protégé au titre des sites inscrits depuis 1979, sur quelque 233 hectares. C'est un lieu de quiétude, idéal pour l'observation des oiseaux et la promenade, emblématique de la vocation nature du Parc naturel régional Périgord-Limousin.

Ce territoire n'a rien d'un désert historique : une villa gallo-romaine a été découverte en 1922 près de l'étang des Petits Moulins, alimenté par le Trieux — confirmant, une fois de plus, que l'occupation humaine y remonte à l'Antiquité. Entre granite, forêts et plans d'eau, Champniers-et-Reilhac est autant une destination de patrimoine que de plein air.


Accès

Venir de Bordeaux et rayonner aux alentours

Champniers-et-Reilhac est une commune enclavée, sans gare ni transport en commun structurant. Depuis Bordeaux, comptez environ 178 km et 2h31 par la route (un peu plus par certains itinéraires). La sous-préfecture de Nontron, repère urbain le plus proche, est à environ 20 km. Limoges et Angoulême sont à une cinquantaine de kilomètres à vol d'oiseau, de part et d'autre.

Depuis / versDistanceTemps
Bordeaux → Champniers-et-Reilhac~178 km~2h31
Nontron (sous-préfecture)~20 km~22 min
Piégut-Pluviers~7 km~10 min
Limoges (Haute-Vienne)~50 km~50 min
Périgueux (préfecture)~66 km~1h05

Sans desserte ferroviaire et avec un habitat très dispersé, la voiture est indispensable. Pour une journée dans le Périgord vert nontronnais — l'église templière de Reilhac, le château de Champniers, l'étang Grolhier, les forêts de la Boucle des Templiers — sans se soucier de l'itinéraire ni du stationnement, un chauffeur privé au départ de Bordeaux permet d'enchaîner les étapes en porte-à-porte, à son rythme.

Aux alentours, on prolonge volontiers la découverte : la bastide et le couteau de Nontron (~20 km), les tours de Piégut-Pluviers tout près, le bourg médiéval de Montbron en Charente (~10 km à l'ouest), et plus au sud les incontournables du Périgord vert — Brantôme, la « Venise du Périgord », ou Bourdeilles. Champniers-et-Reilhac fait une base tranquille et forestière pour explorer ce Périgord-Limousin encore préservé.


FAQ

Questions fréquentes

Où se trouve Champniers-et-Reilhac ?

À l'extrême nord de la Dordogne, dans le Nontronnais, en Périgord vert, tout contre la frontière de la Haute-Vienne. La commune fait partie du Parc naturel régional Périgord-Limousin. Code postal 24360. C'est un plateau de granite d'environ 541 habitants, à quelque 178 km (2h31) de Bordeaux et 20 km de Nontron.

Champniers-et-Reilhac a-t-elle un vrai lien avec les Templiers ?

Oui, un lien documenté — contrairement à bien des « sites templiers » légendaires. L'église Saint-Paul de Reilhac était une possession de l'ordre du Temple (une « maison du Temple »), et un prêtre de Reilhac, Élie de Chalistrat, comparaît devant le pape Clément V en 1310 lors du procès des Templiers. Après 1312, les biens passèrent aux Hospitaliers. Le mot « commanderie », lui, n'apparaît qu'à l'époque hospitalière.

L'église de Reilhac est-elle un Monument historique ?

Oui : l'église romane Saint-Paul de Reilhac (XIIe siècle) est classée au titre des Monuments historiques depuis le 8 septembre 1965. C'est le seul monument classé de la commune. Sa voûte en berceau, qui s'était effondrée, a été restaurée puis l'église réinaugurée fin juillet 2025 après cinq ans de travaux.

Pourquoi la commune s'appelle-t-elle « Champniers-et-Reilhac » ?

Parce qu'elle réunit deux anciens villages. Réunis en 1805, ils formèrent d'abord la commune de « Reilhac-et-Champniers ». En février 1847, le chef-lieu fut transféré de Reilhac à Champniers, mieux placé au carrefour des routes, et le nom fut inversé pour devenir « Champniers-et-Reilhac ». « Champniers » vient de « champ noir » (campus niger), « Reilhac » du domaine gallo-romain de Regulius.

Que voir au château de Champniers ?

Le château, bâti sur un ancien oppidum romain, conserve un corps de logis et la souche d'un donjon carré médiéval réduit au tiers de sa hauteur, ainsi que des caves voûtées et deux souterrains. Il fut le chef-lieu d'une grande châtellenie de la baronnie de Nontron et reçut Fénelon en 1687. Il n'est pas classé Monument historique. À ne pas confondre avec le château de Reilhac, rebâti au XVIIe siècle sur l'ancienne maison du Temple.

Qui était Jean de Reilhac ?

Jean de Reilhac (vers 1430-1505), issu de la famille seigneuriale du village, fut secrétaire général des Finances et ambassadeur de trois rois de France : Charles VII, Louis XI et Charles VIII. En 1466, il épousa Marguerite de Chanteprime et devint baron de la Queue-en-Brie, en Île-de-France. Sa famille servit la couronne sur au moins trois générations.

Combien coûte un trajet Bordeaux → Champniers-et-Reilhac en chauffeur privé ?

À partir de 312 € pour le trajet aller, en porte-à-porte, pour 1 à 3 passagers (berline) — tarif indicatif pour ~178 km et environ 2h31 de route. Le prix exact dépend de l'horaire, du véhicule (berline ou van jusqu'à 8 places) et des arrêts souhaités. Un devis fixe et écrit est fourni avant le départ.

Qu'est-ce que la « Boucle des Templiers » ?

C'est un itinéraire de randonnée d'environ 9 km proposé par l'office de tourisme du Haut-Périgord, qui passe par Reilhac. Son nom rend hommage au passé templier local — la maison du Temple et son église romane. C'est la façon la plus agréable de découvrir à pied ce coin de forêt et de granite du Périgord-Limousin.

Y a-t-il une gare à Champniers-et-Reilhac ?

Non. La commune n'a pas de gare et n'est pas desservie par les transports en commun. La sous-préfecture de Nontron, à environ 20 km, est le point de repère le plus proche. L'accès se fait donc en voiture ou en chauffeur privé, depuis Bordeaux (~2h31), Périgueux (~1h05) ou Limoges (~50 min).

Champniers-et-Reilhac a-t-elle toujours été si peu peuplée ?

Non, loin de là. La commune comptait 810 habitants dès 1793 et atteignit son pic historique en 1891 avec 1 182 habitants — plus du double d'aujourd'hui. L'exode rural a ensuite divisé la population par 2,6, jusqu'au creux de 455 habitants en 2017. Depuis, la tendance s'est inversée grâce aux nouveaux arrivants : 541 habitants en 2023, soit +18,9 % en six ans, une des plus fortes progressions du secteur — portée entièrement par le solde migratoire, car les décès y dépassent toujours les naissances.

Quel climat trouve-t-on à Champniers-et-Reilhac ?

Un climat océanique altéré, déjà limousin : plus frais et nettement plus arrosé que le Périgord central. La normale 1991-2020 s'établit à 12,7 °C de moyenne annuelle pour 972,4 mm de précipitations — contre 11,4 °C et 1 086 mm sur 1971-2000, signe d'un réchauffement local de +1,3 °C entre les deux normales. Les records vont de 40,1 °C (11 août 2025) à −12,9 °C (9 février 2012). Prévoyez une couche de plus qu'à Bordeaux, surtout le soir sur le plateau.

Que voir autour de Champniers-et-Reilhac ?

Nontron et sa coutellerie (~20 km), les tours de Piégut-Pluviers tout près, Montbron en Charente (~10 km), et plus au sud les fleurons du Périgord vert : Brantôme, la « Venise du Périgord », et Bourdeilles. Sur place, l'étang Grolhier et les sentiers du Parc naturel régional Périgord-Limousin invitent à la marche et à l'observation de la nature.

Aller plus loin

Pour aller plus loin

Sources

Sources et références

Article mis à jour en juillet 2026.

Réservation 24h/24

En route pour le Périgord vert nontronnais

Trajet direct depuis Bordeaux (~2h31) vers Champniers-et-Reilhac et le Périgord-Limousin, arrêts libres en chemin — Nontron, Brantôme, la vallée de la Dronne. Devis fixe par écrit sous 30 minutes, berline ou van 8 places, chauffeur anglophone.

Plateau boisé du Périgord-Limousin à Champniers-et-Reilhac, entre prairies et étang
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